Les ateliers de restauration des vitraux de la Sainte-Chapelle

La campagne de restauration des vitraux de la Sainte-Chapelle touche à sa fin. Si quelques échafaudages persistent, l’architecture de verre de l’édifice se dévoile désormais à nouveau aux yeux des visiteurs. Nous nous sommes rendus dans les ateliers de Vitrail France pour voir de plus près ces verrières en restauration. Et nous avions envie de partager avec vous cette visite. Au programme : mode d’emploi de la restauration d’un vitrail, la Sainte-Chapelle en 5 chiffres et un bref retour historique sur cet édifice qui attira en 2013, plus d’un million de visiteurs.

■ Restaurer un vitrail : mode d’emploi

Cette campagne de restauration des vitraux remonte à 2008, lorsque les premières verrières dédiées à saint Jean l’Évangéliste et l’enfance du Christ furent détachées pour y être restaurées. Suivirent huit autres baies ainsi que la rose occidentale. Datant du XIIe siècle ou du XIXe siècle, les verres se sont avérés être d’excellente qualité, même si le temps a altéré leur état notamment au cours de la Seconde Guerre mondiale où une gomme laque fut appliquée sur la face interne du verre, probablement pour le protéger des bombardements. Une gomme laque qui complexifia la tâche de restauration, puisqu’il fut absolument nécessaire de la retirer, sans pour autant enlever par la même occasion les grisailles, qui déterminent les couleurs des vitraux. Un travail minutieux qui exigea un nettoyage pièce par pièce. Autre élément fondamental d’une verrière : les réseaux de plombs, qui maintiennent les morceaux de verre ensemble au sein du panneau. Là encore, le temps et le climat ont fait leur œuvre et il fut indispensable de traiter ces plombs, véritables squelettes des vitraux. Mais que faire ? Les conserver ou effectuer une remise en plomb complète ? Les très rares plombs du XIIIe ont été conservés, à l’inverse de ceux qui ont fait l’objet d’une grande intervention au XIXe siècle, qui ont été entièrement refait. Ce n’est pas le cas des barlotières ; structures métalliques qui épousent la forme des panneaux, qui sont ici d’origine.

Les pièces les plus endommagées furent desserties de leurs plombs par un maître verrier, et après une lecture infrarouge des dessins, elles furent individuellement nettoyées avec une extrême minutie, avant une remise en plomb qui s’apparenta à un gigantesque et prestigieux puzzle. Enfin, et il s’agit-là du dernier aspect important de cette restauration, une verrière de doublage fut apposée sur l’ancienne. Conçues comme les anciennes, elles épousent les déformations d’origine et offrent un effet esthétique similaire, et une protection accrue pour les années à venir.

De nombreuses questions furent soulevées par ces restaurations, notamment sur la disposition des verrières à travers la nef de l’édifice. S’ils racontent les divers événements de la Bible tels que nous les connaissons, ils sont alors disposés comme au XIXe siècle. Mais si l’ordre des panneaux suivait initialement celui de la Bible de Saint Louis, il est fort probable que la disposition de ces derniers était tout autre. Mais les inconnus quant à la disposition des vitraux du XIIIe siècles étant trop importants, il a finalement été décidé de conserver la dernière disposition, établie au XIXe siècle. Des restaurations aujourd’hui qui permettront aux générations futures d’admirer ce joyau de l’architecture gothique, magnifiée par ses vitraux qui nous plongent dans une atmosphère quasi-mystique. L’enthousiasme des collaborateurs et artistes verriers de l’atelier Vitrail France qui ont travaillé sur cette restauration fut unanimement partagée par l’ensemble de l’équipe. Tous s’inscrivirent dans la lignée des maîtres verriers qui œuvrèrent à travers les siècles pour nous transmettre ces chefs-d’œuvre qui confèrent à la Sainte-Chapelle, ce prestige unique. Une patience liée à une passion sans faille qui exigent une grande minutie pour restaurer chaque vitrail dont la tâche s’apparenta à un puzzle de prestige.

■ La Sainte-Chapelle en cinq chiffres :

7 : C’est le nombre d’années qui furent nécessaires pour bâtir la Sainte-Chapelle. Un record pour l’époque, pour un résultat aussi prestigieux qu’innovant sur le plan purement technique.
42,50 : C’est la hauteur en mètres, de l’édifice, sans la flèche.
750 m2 : Cette superficie correspond à la surface vitrée de la chapelle haute, sans la rosace.
1113 :
C’est le nombre de panneaux figurés présents dans tout l’édifice. À noter que deux tiers sont en verre d’origine.
40.000 et 135.000 :
Le premier chiffre correspond au coût du chantier de la Sainte-Chapelle, le second à celui des reliques de la Passion du Christ. Le terme « prix d’or » prend tout son sens.

■ Si saint que cela ?

Véritable architecture de verre, d’une légèreté sans précédent dans l’histoire de l’art français, l’édifice est une véritable prouesse architecturale qui parvient à s’élever facilement grâce à un réseau de câbles en fer forgé qui arpentent toute la structure de l’édifice, des fondations aux combles. Un véritable squelette qui traverse chaque vitrail et assure à l’édifice, cette hauteur, cette tenue et cette légèreté incomparable. Consacrée par Saint-Louis en 1248, la Sainte-Chapelle fut destinée à abriter les reliques de la Passion du Christ dont un morceau de la Vraie Croix et la Couronne d’épines, achetées à prix d’or à l’empereur de Constantinople. Mais faut-il voir uniquement la Sainte-Chapelle comme un édifice purement religieux, dénué de toute symbolique politique ? S’il est évident que le rayonnement de ces reliques contribuèrent à celle de son possesseur, la Sainte-Chapelle pourrait bien véhiculer d’autres messages. Au XIIIe siècle, l’essentiel de la partie est de l’Île de la Cité était un haut lieu religieux, abritant Notre-Dame ainsi que le palais épiscopal. À l’ouest, le Palais de la Cité, siège de la royauté et haut lieu administratif et judiciaire, qui abrite désormais la Sainte-Chapelle, qui fait face à Notre-Dame. Ne pourrait-on pas y voir le désir de la part de Saint-Louis, de déplacer le centre religieux de la capitale et d’affirmer sa supériorité sur l’Église ? Si la Sainte-Chapelle est aujourd’hui noyée dans l’enceinte du Palais de la Cité et des constructions du XIXe siècle, la hauteur de l’édifice sans sa flèche avoisine les 43 mètres, soit la hauteur de la façade de Notre-Dame de Paris sans les tours. Saint-Louis, un roi pas si saint que cela ?

Se trouver si près des vitraux de la Sainte-Chapelle est aussi fascinant qu’émouvant. Cette proximité nous permet d’observer avec quel soucis du détail chaque figure, chaque motif qui ornent ces vitraux ont été réalisés, si bien que chaque panneau semble être une œuvre individuelle qui se suffit à elle-même. Invisibles aux yeux des fidèles et des visiteurs, ces détails contribuent à magnifier ce trésor architectural fait de pierre et de verre, dédié à Dieu et aux reliques de la Passion autrefois abritées dans son enceinte. Dans son habit de verre, la Sainte-Chapelle élève le regard des visiteurs vers les cieux, innonde l’édifice d’une lumière qui fait briller les murs, à l’image de ceux de la Jérusalem céleste, et transmet par la lumière, la manifestation de Dieu « Comme la splendeur du soleil traverse le verre sans le briser (…) le verbe de Dieu, lumière du Père, pénètre l’habitacle de la Vierge et sort de son sein indemne ». Une restauration qui, plus que jamais, donnera un sens et une force à ces propos de Bernard de Clairvaux.


Nicolas Alpach

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