À nos fantômes

Il règne une ambiance émouvante dans un minuscule coin du Centre Pompidou ces jours derniers. Dans la galerie 3 où sont exposés les finalistes du Prix Marcel Duchamp 2016, beaucoup de visiteurs se pressent devant le film du lauréat, Kader Attia. L’artiste propose une vidéo d’une trentaine de minutes sur le thème du « membre fantôme ». Le spectateur écoute des dizaines d’intervenants divers – chirurgiens, psychanalystes (Boris Cyrulnik par exemple), philosophes, artistes, handicapés. Chacun esquisse une réflexion autour de cette notion troublante. Certaines personnes qui perdent un membre le sentent encore, comme s’il était toujours là. C’est ce qu’on appelle le « membre fantôme ». Bien sûr, par extension, il désigne nos vides existentiels, notre demande affective, nos propres manques. A un moment, dans le film, un chirurgien évoque le cas d’une patiente qui a perdu sa jambe. Elle a été soufflée dans une bombe au cours d’un attentat qui a eu lieu dans un café. A ce moment, quand le chirurgien parle de cette femme, il y a une tension immense dans toute la petite salle du Centre Pompidou. Tout le monde se parle en silence, tout le monde s’écoute, tout le monde retient son souffle. C’est l’une des forces de l’art : réunir dans une heure commune, rassembler au-delà des mots échangés.

Dédions cette minute-là aux blessés et disparus des attentats.

Jean-Baptiste Gauvin


Image de couverture : extrait du film-essai « Réfléchir la mémoire » 2016

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