Restaurée, la Nef des fous se dévoile sous un nouveau jour au Louvre

Un travail d’orfèvrerie, c’est ainsi que pourrait être considérée la minutieuse restauration de douze mois menée par Agnès Malpel au Centre de recherche et de restauration des musées de France sur l’Allégorie de la gourmandise, dite La Nef des fous de Jérôme Bosch qui rejoint aujourd’hui la salle 10 des peintures des écoles du Nord du musée du Louvre.

Donnée au Louvre en 1918 par le conservateur Camille Benoit, jamais l’unique Bosch du Louvre n’était véritablement passé par l’atelier de restauration du musée. On ignore tout de l’histoire de cette œuvre dont la datation établie entre 1490 et 1510, reste controversée. L’examen approfondi de l’œuvre a permis néanmoins de faire une découverte fondamentale : La Nef des fous n’est pas une œuvre autonome, mais le fragment supérieur d’un volet de triptyque, qui communique parfaitement avec la partie inférieure conservée à la Yale University Art Gallery de New Heaven, dont l’extrémité des éléments supérieurs du volet se retrouvent dans la partie inférieure de celle du Louvre.

La peinture de chevalet devient fragment, et la restauration confère à l’œuvre sa portée originelle. L’œuvre a considérablement gagnée en clarté, le ciel, jauni avant restauration, retrouve sa lumière, ses teintes claires et sa perspective atmosphérique qui allège la composition. Les études scientifiques ont permis de comparer le dessin sous-jacent aux nombreux repeints ajoutés au XIXe siècle, pour dévoiler que de nombreux éléments avaient été ajoutés par la suite, afin de probablement correspondre au goût du XIXe siècle et conférer au panneau un aspect autonome qu’il n’a  pas. Le feuillage massif fut réduit, redonnant au ciel clair toute son importance, et la montagne ajoutée dans la partie droite du tableau au XIXe siècle, fut effacée pour dévoiler la silhouette d’une architecture, probablement une église.

À sa clarté retrouvée s’ajoute une nouvelle lecture iconographique. Dialoguant avec La Gloutonnerie de Yale et La mort de l’avare de Washington, le fragment représente avant tout l’allégorie de l’ivresse et de la luxure, formant avec les deux autres fragments et le panneau central malheureusement disparu, un retable consacré au péchés capitaux.

La restauration permit au fragment, qui était devenu tableau, de retrouver sa clarté originelle, son sens initial et de retrouver par la même occasion, son statut de fragment. L’œuvre retrouve désormais le calme des petits cabinets dédiés aux Pays-Bas du XVIe siècle, en attendant son prêt aux expositions « Jheronimus Bosch – Visions of Genius » au musée Noordbrabants de Bois-le-Duc (Pays-Bas) du 13 février au 8 mai 2016, puis « Bosch. The Centenaire Exhibition » au musée du Prado à Madrid du 31 mai au 11 septembre 2016.

Nicolas Alpach

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