L’esprit et la main – Olivier Roller, aux Gobelins

C’est sous le règne d’Henri IV que fut créée la manufacture des Gobelins. 400 ans plus tard, cette institution d’Ancien Régime conserve des procédés de restauration et de conservation du mobilier semblables à celles prodiguées lors de sa création. À l’occasion des Journées Européennes des Métiers d’Art, la discrète Galerie des Gobelins organise une exposition qui s’achèvera le 17 janvier 2016. Plus qu’une exposition, c’est une invitation à la découverte des ateliers du Mobilier national qui est proposée aux amateurs. En plus de l’exposition, une carte blanche a été donnée à Olivier Roller, photographe des « puissants » dans le Salon carré de la galerie. 

L’esprit et la main : héritage et savoir-faire des ateliers du Mobilier national 

Cette manufacture compte près de 80 000 pièces disséminées de partout : de ses propres réserves, des institutions de l’État (de l’hôtel Matignon au bureau Cressent du Président de la République) et enfin de certaines collections de musées ; tout le mobilier du Louvre n’est pas au musée mais au Mobilier national. L’exposition est une invitation à entrer dans les ateliers de restauration mais aussi dans ses réserves. Être restaurateur d’œuvres d’art requiert deux qualités essentielles : la passion et la minutie, qualités qui sont évoquées dans ce titre, « l’esprit et la main ». La galerie sur deux étages a oublié les expositions scindées en différentes sections des discours muraux, viennent ensuite la contemplation des œuvres. Là, ce sont plutôt des ateliers de confection qui se répartissent ici et là.

Les restaurateurs sont sortis des bâtiments annexes pour s’installer dans la Galerie des Gobelins. Ils ont emporté avec eux tout le matériel de restauration habituel et des œuvres en cours de restauration. Œuvres qui sont sorties des réserves pour être restaurées sous les yeux du public. Ce sont de petits ateliers où, comme L’Atelier du peintre de Gustave Courbet actuellement en restauration au musée d’Orsay, on observe la restauration en cours à travers une cabine de verre. À une différence près, les restaurateurs sont là pour nous expliquer leur travail (qu’ils exécutent devant nous), la déontologie d’une restauration, les différents procédés qu’il peuvent mener, mais aussi les matériaux qui vont les aider… L’expérience est d’autant plus enrichissante, qu’ils sont très ouverts au dialogue, aux questions, à l’échange et on ressort de « l’exposition » avec de nombreuses clarifications sur certains points de la restauration qui restaient obscurs.

Dans les très nombreuses vitrines – toutes les œuvres sont protégées – on trouve des meubles, des objets d’art et documents d’archives, des outils dans ; le tout dans différentes sections montrant soit la structure d’un meuble, un détail sculpté, le meuble dans différentes étapes d’une restauration ou soit l’œuvre restaurée. Vitrines qui sont appuyées par des écrans disposés un peu partout et montrant des explications des restaurateurs du Mobilier national sur leur spécialité (le bronze, le bois, la tapisserie…). Mais l’exposition ne s’arrête pas là, elle présente aussi le Mobilier comme une institution : la provenance de ses collections et leur diversité, car y est conservé aussi du mobilier contemporain lui aussi exposé. Enfin, sont donnés à toucher de nombreux échantillons de tissus, de bois, et d’autres matériaux pour apprécier des textures des œuvres qui sont si sacralisées dans les musées.

Carte blanche à Olivier Roller : L’État du monde, la tapisserie comme allégorie du pouvoir

Installation contemporaine : un terme qui peut faire peur à certains, en attirer d’autres. Les deux galeries superposées de l’exposition sont séparées par un escalier et par un Salon carré, où une « carte blanche » a été donnée au photographe portraitiste Olivier Roller. On a tous déjà vu ses portraits de personnes qui illustrent « le pouvoir et l’influence ». Dans la Galerie des Gobelins, dans cette pièce si sombre et haute, Olivier Roller a repris sa thématique du pouvoir comme pour valoriser la tapisserie, un art du pouvoir qui est pourtant si peu apprécié aujourd’hui : les couleurs disparaissent, manque de netteté dû au vieillissement… Son installation prend la forme d’une spirale évoquant une tapisserie qui aurait été enroulée, ou bien comme un de ces fils de tapisserie qui s’enroule sur lui-même. Comme un négatif de pellicule, elle présente différents détails choisis et photographiés par l’artiste qui sont comme des échantillons. Le visiteur pouvant tourner autour voire entrer dans l’œuvre, il peut apprécier tous les détails d’une tapisserie, les tissages qui sont vus comme des exemples d’un art à visée politique du fait de la complexité de la technique.

L’œuvre cohérente d’Olivier Roller invite à réfléchir sur la tapisserie. Ne plus la voir comme ce vieil élément de décoration que l’on trouve sur les murs, mais en apprécier des détails qui n’auraient pas été vus d’ordinaire. En plus, réfléchir sur ses qualités d’illustration du pouvoir : c’est un art complexe qui magnifie son commanditaire. Cette œuvre est prise dans le circuit d’une exposition bien plus grande Qu remplace justement les collections de tapisseries et qui entend faire connaître le Mobilier national du côté des coulisses.

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Damien

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