Le Radeau de la Méduse : à gauche après la boutique

nicolasMon premier édito s’intitulait Le musée, lieu intemporel. Ce lieu nous arrache le temps de quelques heures du XXIe siècle (excepté le collections d’art contemporain) pour nous plonger dans une production artistique qui a traversé les siècles, et inviter notre imaginaire et notre contemplation à parcourir des œuvres d’un autre temps. Cet aspect intemporel se retrouve à merveille au musée du Louvre, qui est un livre ouvert sur l’histoire de France et dont chaque pièce, chaque galerie, chaque escalier semblent vouloir nous raconter quelque chose. Néanmoins un élément désormais titillera votre contemplation et réduira à néant cet aspect intemporel qui semblait nous envahir lorsque l’on parcourt le Louvre : l’implantation de boutiques dans les salles du musée. La chose n’est pas nouvelle et vous pouviez obtenir contre quelques deniers, votre guide du musée, votre carte postale ou votre petite réplique d’hippopotame bleu au sein des salles égyptiennes autour de l’escalier Mollien, avec en prime une cafétéria dont l’appel de la rentabilité semble avoir rendu son emplacement indispensable et immuable. Mais dernièrement, les boutiques se sont installées au cœur de l’ancien palais des rois, dans des salles qui sont adaptées à tout sauf à y vendre de la marchandise.

En quittant le regard de Mona Lisa, vous ne tomberez plus seulement dans le salon Denon, l’antichambre des plus grandes salles du musée consacrées aux peintures française de grands formats du XIXe siècle, vous ne tomberez plus seulement sur les Enfants d’Édouard ou La Jeune Martyre de Paul Delaroche, vous tomberez bel et bien sur une boutique. La salon Denon se retrouve ainsi travesti en salle de musée munie d’une boutique, où les peintures cohabitent avec les souvenirs, où le parquet et les plafonds peints cohabitent avec une moquette et des meubles en kit. Si l’on ne peut blâmer le musée du Louvre de vendre souvenirs et catalogues, il est difficile de ne pas être consterné de voir que cet aspect mercantile qui était autrefois discret dans l’enceinte du musée et réservé aux espaces entourant la pyramide, devienne envahissant au point de nuire aux conditions de visite. Le choix de l’emplacement de la boutique ne fait aucun doute possible. Situé derrière la Joconde, entre le Radeau de la Méduse et le Sacre, on peut difficilement chercher plus rentable comme espace. À moins que… Non loin de la Vénus de Milo et de la Victoire de Samothrace, la rotonde de Mars, conçue par Louis le Vau, abrite désormais elle aussi une boutique. Lieu très prisé par les visiteurs, situé non loin des œuvres phares du musée, l’empiètement de cette boutique, en plus de ruiner la pleine appréciation de cette salle XVIIe siècle, rend désormais la circulation plus que pénible. Le seul souhait que nous pouvons avoir est de considérer ces aménagements comme temporaires en attendant le déroulement du projet grande pyramide. Mais en constatant que les objets vendus dans ces nouveaux espaces de ventes sont identiques et ne sont en rien un déplacement de ce que l’on peut trouver dans la librairie du musée en travaux, il faut bien craindre que ces installations soient pérennes. Si le Louvre est l’objet de cet édito, notons que ce cas n’est pas isolé et se retrouve dans de nombreux musées de la capitale : la galerie des Impressionnistes au musée d’Orsay par exemple, ne peut se parcourir sans passer par une boutique ou une cafétéria, tandis que la chapelle basse de la Sainte-Chapelle est elle, complètement au service d’une boutique (même si à terme, le CMN souhaite définitivement déplacer cette boutique). Laissons les salles du musée du Louvre faire ce qu’elle font de mieux, nous éblouir par leur architecture et les œuvres qu’elles abritent, et laissons la vente de souvenirs en dehors des salles, ce n’est pas l’espace qui manque autour de la pyramide et dans les galeries du Carrousel.

10 thoughts on “Le Radeau de la Méduse : à gauche après la boutique

  1. Un article vraiment brillant, merci de nous alerter de cette dérive !

    Pour le reste, implémentation est un beau anglicisme qui peut avantageusement être remplacé par installation tout simplement (ce premier ne s’utilise qu’en langage informatique) !

    Merci à vous,

  2. Vous avez oublié d’évoquer le conteneur rouge avec des écritures notamment en chinois… situé à côté de la statue équestre de Louis XIV et qui fait office de boutique…Comme si on en avait pas assez à l’intérieur! Je serai presque contente de ne plus avoir ma carte du Louvre…. :/ ca me fait de la peine tout ça!

    1. Si l’on fait abstraction de ce conteneur rouge, la chose qui m’inquiète le plus est la fermeture des salles dédiées à l’Histoire du Louvre qui je l’espère, sera temporaire…

  3. La dérive est cependant toute relative et si 1000 m² de boutique vous empêche de profiter des 60 000m² d’exposition, qui sont effectivement un voyage, eh bien n’hésitez pas à être force de propositions.

    1. Il faut concevoir le Musée du Louvre comme un tout, impossible de fermer les yeux sur certains endroits, surtout quand ils se trouvent au coeur du musée au sein du salon Denon. Le problème n’est pas la boutique, il y a plein d’autres endroits où elle pourrait prendre place, mais bien le fait que des toiles aient été déplacées pour laisser place à ces rayons et qu’une des plus prestigieuses salles du musée ait été transformée en une simple boutique de souvenirs.

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