Peinture fraîche au musée du Louvre : Acte II

Quelques semaines après les salles consacrées à la peinture française de la première moitié du XVIIIe siècle, c’est au tour de sa seconde moitié et au XIXe  d’ouvrir à nouveau leurs portes aux visiteurs du musée du Louvre. De nouvelles couleurs et un nouvel accrochage une fois encore réussis !

De la Vue imaginaire de la Grande Galerie du Louvre de Hubert Robert en ruines à La Tentation du Christ de Ary Scheffer en passant par Greuze, Vigée Le Brun, David et ses élèves, Géricault et Delacroix, les deux enfilades abritant la peinture française du XIXe siècle au Louvre font peau neuve. Les nouvelles couleurs s’inscrivent dans la continuité de celles présentes dans les salles première moitié XVIIIe, et instaurent une cohérence visuelle dans le parcours tout en brisant la monotonie qu’il pourrait engendrer. Sans mauvais jeu de mot, les nuances de gris choisies pour cette première enfilade sont un plaisir pour la rétine. De plus en plus coloré au fil du parcours, le gris choisi se met au service d’une nouvelle appréciation des œuvres, et ne fait en rien regretter le vert clair et le gris précédent qui évoquaient plus les salles d’un hôpital que celles d’un musée. Le changement le plus flagrant se trouve au niveau de la salle 60, consacrée à Ingres, qui se pare d’un bleu prusse, marquant la fin de la première perspective parcourue par un gris bleuté de plus en plus soutenu. Un habile choix de couleur qui ne brise en rien le cheminement établi depuis les premières salles consacrées à la première moitié du XVIIIe siècle, mais qui offre une diversité et des changements d’atmosphère discrets entre chaque salle.

Vient Géricault, qui ne pouvait pas rêver mieux que des cimaises et des murs gris prunes introduisant des couleurs chaudes dans le parcours et instaurant une cohérence une fois encore, mais entre les œuvres et l’espace. Le rouge reste présent dans les salles Delacroix et Chassériau, tout en intégrant des nuances de bleu et de gris. C’est un rouge plus profond qui habille les salles, moins vif que le précédent. Il donne une profondeur, un relief aux murs et offre une atmosphère différente selon les heures de la journée. En plein soleil, le rouge semble s’effacer au profit des nuances bleues, au service d’une ambiance intimiste et plus sombre. Lors des nocturnes, l’éclairage modéré fait ressortir le rouge nous renvoyant d’avantage à l’ambiance du Salon du XIXe siècle, plus institutionnel, moins intimiste. Ce choix de couleurs s’accorde à un désir de sobriété, les plaintes sont désormais entièrement peintes aux couleurs des murs, et s’effacent pour un ensemble uniforme. Les couleurs chaudes de ces salles, contenant des nuances de bleu et de gris, s’inscrivent une fois encore dans la cohérence visuelle qui lie toutes ces salles, depuis le Gilles de Watteau jusqu’au Christ de Scheffer. Un gris qui se trouve ensuite dans la seconde partie du XIXe siècle et dans les salles consacrées à Corot, repeintes en 2012. Les œuvres ne sont pas en reste, une grande opération de conservation préventive accompagne la réouverture de ces salles : en plus des constats d’état effectués sur plus de 400 tableaux, les cadres ont été restaurés et retrouvent leur éclat.

Un changement qui n’est pas uniquement cosmétique, l’accrochage fut également complètement revu. Il s’agit peut-être de l’apport le plus important et le plus judicieux de réouverture de ces salles, celui de conjuguer salle monographique avec salle thématique. La salle consacrée à David et ses élèves par exemple, aborde les œuvres à travers le prisme du portrait peint, et confronte le Marat assassiné de David, christique, aux tons funèbres, à la touche dynamique et colorée du Pont d’Arcole d’Antoine-Jean Gros. En confrontant les artistes, ce raccrochage montre au visiteur que la peinture du XIXe n’est pas une et que de nombreuses variantes peuvent exister entre deux peintres contemporains. À travers la confrontation entre Delacroix et Chassériau, c’est avant tout celle du traitement de la couleur chez deux artistes qui est mise en évidence. En guise de récompense pour le visiteur qui aura parcouru l’intégralité de ces salles, Les Deux Soeurs de Chassériau quittent la salle Mollien, et sortent de l’anonymat que confèrent aux toiles ces grands espaces prisés par les visiteurs, pour gagner ces salles aux dimensions beaucoup plus modestes, mais au plaisir de contemplation infiniment plus grand. Elle gagnent ainsi les cimaises de la Salle 63, pour rejoindre une galerie de portrait du XIXe siècle confrontant habilement Delaroche, Vernet et Chassériau. Définitivement une réussite.

Le musée du Louvre opte pour une cohérence visuelle dans son parcours dédié aux peintures françaises, tout en proposant des subtiles nuances dans les couleurs des salles pour chasser tout sentiment de monotomie. Loin d’être uniquement cosmétique, ces nouvelles couleurs s’accompagnent d’un nouvel accrochage judicieux, misant sur la confrontation des artistes autour d’une thématique et met en valeur la diversité de la création artistique au sein du même siècle. Une réussite qui laisse présager le meilleur pour les salles XVIIe, qui s’inscriront elle aussi dans la continuité de ce parcours et dont le chantier débutera cet automne.


Nicolas

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