Guerre et Paix à Bayonne

Cet été, pointculture part sur les routes de France pour vous proposer une sélection de musées et expositions à voir le temps d’un week-end improvisé. Avant de rejoindre Rennes et Lens, nous nous arrêtons à Bayonne pour une visite exclusive du musée Bonnat-Helleu, couplée avec celle de l’exposition du moment  : 1660 – La Paix des Pyrénées : politique et famille – L’esprit de Velázquez.

Derrière les portes closes du musée Bonnat-Helleu

Le patio du musée Bonnat-Helleu, avant sa fermeture au public. / ⓒ bayonne.fr
Le patio du musée Bonnat-Helleu, avant sa fermeture au public en 2011/ © bayonne.fr

Un dimanche d’été, le musée Bonnat-Helleu est plongé dans un silence absolu. Tandis que le petit Bayonne se réveille, les portes de l’établissement nous sont exceptionnellement ouvertes. Fermé depuis 2011, le musée des Beaux-Arts de Bayonne, temple de plus de 7000 œuvres dont un cabinet d’arts graphiques à faire jalouser les plus grands musées de France, vit sa plus importante extension depuis son ouverture en 1901.

Dans les couloirs, des chariots recouverts de draps, qui dissimulent à peine les dorures des cadres et les toiles qui ont désertés les cimaises depuis des années maintenant. On aimerait y apercevoir la Baigneuse d’Ingres, La Charité Romaine de Simon Vouet ou encore l’Oublié d’Emile Betsellère. Oublié, le musée ne l’est pas pour autant des Bayonnais. Il multiplie les activités et petites présentations temporaires, en témoignent les manifestations organisées dans le cadre de la nuit des musées ou des journées d’archéologie, où étaient présentées les œuvres du musée faisant écho à ses collections artistiques. Derrière les portes closes, toute l’activité scientifique est également en pleine effervescence. La restauration du fonds d’arts graphiques est toujours en cours, tandis que les équipes du musée du Louvre œuvrent au récolement de cet ensemble de dessins – plus de 1500 – allant des primitifs italiens aux peintres français du XIXe siècle.

Henri Zo, Triptyque Bayonnais, huile sur toile, 1913
Henri Zo, Triptyque Bayonnais, huile sur toile, 1913

Le patio, cœur de l’établissement, est surplombé par le Triptyque Bayonnais d’Henri Zo, trois huiles sur toile monumentales peintes en 1913, où figure Léon Bonnat, peintre qui légua à la ville son œuvre et son importante collection, entouré de ses élèves, dominant sa ville natale que l’on traverse avant de parvenir au musée. Au milieu de cet espace où chaque bruit se prolonge dans un long écho, deux meubles dont les tiroirs renferment des trésors de l’histoire de l’art. Marie-Laurence Clarac, attaché de conservation au musée, nous présente quelques uns des plus précieux dessins du musée.

Sur une des feuilles, un corps inerte pendu par le cou, les mains liées, les orbites creusées, des drapés rapidement esquissés, suspendus dans le vide. L’écriture spéculaire qui accompagne le supplicié ne laisse aucune place au doute. ll s’agit d’un dessin de Léonard de Vinci, représentant Bernardo di Bandino Baronocelli, l’assassin de Guiliano de’Medici (ci-dessus) qu’il blessa mortellement lors la messe du 24 avril 1478 dans la cathédrale de Florence. Capturé et pendu aux fenêtre du palazzo Vecchio, Léonard assista à cette macabre scène, et compléta son dessin d’annotations relatives aux matières et aux couleurs du vêtement porté par le supplicié.

Deux corps dessinés à la sanguine répondent à ce pendu, sur une autre feuille qui fait face à celle de Léonard. Deux puissants corps en torsion, entremêlés, un couple qui n’est d’autre qu’Adam et Ève de Michel-Ange (ci-dessus), la première feuille acquise par Léon Bonnat.

Les siècles avancent au fur et à mesure des feuilles qui nous sont présentées, certaines surprennent par leur contraste avec la production peinte de leur auteur. Un multitude de traits et de courbes rapidement exécutés, dessinent une étude pour une bacchanale (ci-dessus). L’unité indivisible de l’ensemble de la composition, offre une composition dynamique, en mouvement, bien loin de ce que l’on a l’habitude de voir chez son auteur qui n’est d’autre que Nicolas Poussin.

Inversement, les figures d’un dessin préparatoire pour La mort de Sardanapale de Delacroix, présentent des figures individualisées par de larges aplats d’encre. Graphiques, presque stylisées, les silhouettes n’ont rien de celles présentées sur les cimaises de la salle Mollien du Louvre. Loin de cette vague humaine mouvementée, de cette touche colorée et rapide, ce dessin témoigne des réflexions méthodiques du peintre dans la conception de sa toile, dont il reprenait maintes fois la composition.

Si le musée reste flou sur sa date de réouverture, il ne cache pas son ambition : le rattachement de l’édifice avec l’école primaire adjacente, permettra de doubler la surface d’exposition des collections permanentes. Son site internet vient de rouvrir après avoir subi une refonte intégrale. Il entrouvre les portes du musée aux internautes en présentant une importante sélection de ses fonds, et les tient informés des différentes activités qui prennent place dans le musée, qui ouvre occasionnellement ses portes aux chercheurs et aux amateurs.

Une Histoire et des Arts

Non loin de là, sur les bords de la Nive, le musée Basque et de l’histoire de Bayonne présente son exposition de l’été « 1660 – La Paix des Pyrénées : politique et famille – L’esprit de Velázquez ». Une exposition d’histoire, avec comme toile de fond le pays basque puisque la manifestation se tient dans le cadre cadre de l’opération « San Sebastien capitale européenne de la culture 2016 ». Son propos se focalise très exactement sur la fin de la guerre de Trente Ans qui opposa la monarchie française et espagnole de 1635 à 1659, ainsi que sur la paix scellée par le traité des Pyrénées et le mariage de Louis XIV avec l’infante Marie-Thérèse. Accompagnant les imprimés et médailles, les nombreuses toiles réunies pour l’exposition, témoignent de l’importance des Beaux-Arts comme instruments diplomatiques dans la construction de l’Histoire.

Mariage de Louis XIV, roi de France, avec Marie-Thérèse d'Autriche, infante d'Espagne, le 9 juin 1660, à Saint-Jean-de-Luz, par Laumosnier
Jacques Laumosnier, Mariage de Louis XIV, roi de France, avec Marie-Thérèse d’Autriche, infante d’Espagne, le 9 juin 1660, à Saint-Jean-de-Luz

L’enjeu, d’une importance capitale, nécessitait les meilleurs peintres qui se mirent aux services des souverains. Pour la première fois se retrouvent donc réunies les toiles de Philippe de Champaigne, Jean Nocret, Charles Beaubrun et Vélázquez (et son atelier). Ces portraits de famille, véritables cadeaux diplomatiques dont le but premier était le rapprochement des familles, permettaient aussi aux futurs souverains de voir la représentation de leurs promis(e)s pour la première fois. À côté de ces portraits, dont celui de Louis XIII par Philippe de Champaigne vole incontestablement la vedette, estampes et toile de Lausmosnier reproduisent L’entrevue des deux Rois et Le mariage, reproduisant les cartons de tapisseries exécutées sous les ordres de Charles Le Brun, la représentation la plus célèbre du mariage de Louis XIV et de l’infante Marie-Thérèse, scellant la paix franco-espagnole.

L’art au service de la paix, contribue aussi à célébrer en grande pompe les noces royales. On découvre ainsi les projets d’architecture qui devaient suivre les célébrations, dont un arc de triomphe richement orné pour l’entrée de Paris de Theodoor Van Thulden, qui ne vit jamais le jour. Charles Le Brun lui, conçu un arc de triomphe éphémère sur le même thème, place Dauphine à Paris.

« 1660 – La Paix des Pyrénées : politique et famille » se présente comme une solide exposition d’histoire, richement documentée et illustrée par différents médiums artistiques. Quand les arts se mettent au service de l’histoire, où l’histoire au service des arts, un traité de paix entre deux monarchies couplées aux noces du Roi-Soleil constituent un épisode court, mais extrêmement riche de l’histoire, que l’exposition du musée basque et de l’histoire de Bayonne présente jusqu’au 25 septembre 2016.


1808. L’Abdication à Bayonne, ornement et délit

Conçue comme un diptyque, cette saison culturelle estivale présente au centre d’art DIDAM, une vision contemporaine de l’abdication des rois espagnols par Napoléon, qui installa son frère Joseph sur le trône d’Espagne. Une réécriture végétale de cet épisode historique, qui crée un parallèle entre les plantes et les figures clés de cette abdication. Parfait négatif de la paix franco-espagnole de 1660, scellée par des noces, l’abdication engendra une sanglante guerre d’indépendance, immortalisée à jamais par Goya et son célèbre Tres de Mayo. Visite avec médiateurs, indispensable pour cerner le propos complexe de cette exposition, dont la présence de certaines œuvres, comme le Tomaco de Federico Guzmán, laisse perplexe.

Nicolas Alpach

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1660 – La Paix des Pyrénées : politique et famille
Musée basque et de l’histoire de Bayonne
1808. L’Abdication à Bayonne, ornement et délit
Centre d’art DIDAM
Du 3 juin au 25 septembre 2016

 

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