Stéphane Thidet immerge le Collège des Bernardins

Stéphane Thidet plongeait en 2014 Le Refuge de l’exposition collective Inside du Palais de Tokyo, sous une pluie torrentielle. L’eau ne coule plus aujourd’hui, mais elle reste une composante essentielle de sa création. Elle immerge désormais la sacristie du Collège des Bernardins.

Transfiguration

Solitaire, le visiteur l’est un peu dès qu’il pénètre dans la sacristie du Collège des Bernardins, investie par l’artiste. L’obscurité la plus totale, contraste fortement avec la blancheur des voûtes et des pierres de la nef de l’un des seuls vestiges de l’architecture gothique cistercienne de la capitale, bâtie au XIIIè siècle. Elle appelle un court temps d’adaptation de la rétine pour s’habituer au changement brutal de luminosité, avant de poursuivre la visite . S’il est difficile de compter sur la vue pour ces premières secondes dans la sacristie, les autres sens sont très vite sollicités. Une odeur d’humidité et une atmosphère beaucoup plus fraiche se font ressentir. Les premières marches passées, l’installation s’esquisse progressivement. La pièce, n’est pas seulement plongée dans l’obscurité, elle est également en partie immergée, créant selon les mots de l’artiste «une surface perturbable, un miroir mouvant.»

Sur ce lac artificiel, aucune barque de Céleste Boursier-Mougenot, mais des pièces de bois, des troncs centenaires en lévitation, comme arrachés de leur milieu naturel, qui trouvent un nouveau refuge : la sacristie, au sein de laquelle, dans un mouvement perpétuel, ils tournent sans fin. Visuellement, l’installation est superbe. Le seul éclairage de la salle est fourni par deux spots lumineux dirigées vers ces troncs et branches sans feuilles, saturés par la lumière, dont les ombres portées sur le mur de pierre, dansent continuellement.

Stéphane Thidey, Solitaire, Collège des Bernardins, 2016
Stéphane Thidey, Solitaire, Collège des Bernardins, 2016

Sacristie minérale

Dans sa chorégraphie, le bois effleure l’eau, dessine des ondulations qui se reflètent à leur tour sur les pierres centenaires de l’édifice. L’eau est encre, le bois est pinceau, la pierre est feuille. Visuellement, cette danse et ses ombres portées sont à la fois sublimes, envoûtantes et hypnotiques.

Solitaire entre en jeu. L’imaginaire de chacun est stimulé, nombreuses sont les interprétations possibles. Pour certains, ces ombres prennent l’apparence d’une chimère, d’une animal fantastique tout droit issu de l’imaginaire médiéval, d’un visage, projetés sur la pierre. D’autres se perdent dans ces cercles concentriques aqueux, ces dessins éphémères qui brisent la fausse intemporalité de cette installation, en mouvement perpétuel. Les amateurs d’art contemporain y voient les vestiges du Refuge de l’artiste, installé au Palais de Tokyo en 2014. Les plus oniriques y verront un paysage nocturne du XIIIè siècle, où les vestiges de bois aériens cohabitent avec ceux de cette architecture de pierre ancrée dans le sol parisien. La sacristie se transforme en un espace purement minéral, où cohabitent en parfaite harmonie l’eau, le bois et la pierre. Si le visiteur ne peut déambuler sur ce lac artificiel, les formes et courbent dessinées à la surface de l’eau et sur la pierre, créent un répertoire de forme qui n’a de limite que l’imagination de chacun. Dans un silence total, les limites entre la contemplation et le recueillement se brouillent. La délectation artistique elle, est totale.

Stéphane Thidey, Solitaire, Collège des Bernardins, 2016
Stéphane Thidey, Solitaire, Collège des Bernardins, 2016

Si elle ne se limite qu’à une seule pièce, penser que l’on consacrera quelques brefs instants à l’installation de Stéphane Thidet serait un tort. Passé le temps d’adaptation et la surprenante découverte de cette architecture médiévale partiellement immergée, la danse des matériaux sur l’eau et celle des ombres sur les murs, se révèlent hypnotiques, les angles de vues multiples offrent une véritable palette de motifs, et un tel silence, appréciable dans une ville aussi bruyante que Paris, confère à nouveau au lieu toute sa dimension spirituelle.

Solitaire de Stéphane Thidet, est une nouvelle réussite dans la programmation de qualité d’art contemporain offerte par le Collège des Bernardins. La production contemporaine ici, sort de l’isolement dans laquelle est est injustement enfermée dans l’imaginaire collectif, pour dialoguer habilement avec la création contemporaine d’une autre époque, qui se faisait dans la pierre.

Stéphane Thidet
solitaire
Collège des Bernardins
01 Avril – 10 juillet 2016
Entrée libre

Nicolas Alpach

twittermail

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s