Bernard Hasquenoph lève le voile sur Ahae, mécène gangster

Intrigué par les expositions gratuites de « l’artiste » coréen Ahae au château de Versailles et au musée du Louvre, Bernard Hasquenoph, créateur du site louvrepourtous, a mené une cyber-enquête afin de lever le voile sur ce mystérieux photographe milliardaire. Après des mois de recherches, les révélations semblent dépasser la réalité…

Bernard Hasquenoph / © Denis Garnier
Bernard Hasquenoph / © Denis Garnier

Tout est parti d’une visite dans les jardins du château de Versailles un après-midi d’été. À cette époque, l’orangerie accueillait une « exposition » d’un dénommé Ahae, intitulée Fenêtre sur l’extraordinaire. Prises depuis un point de vue unique, la fenêtre de l’atelier de l’artiste, ces photographies interpellèrent très vite Bernard Hasquenoph. Les propositions artistiques bien plates de ces clichés ayant davantage leurs places dans une revue National Geographic (et encore), ne furent pas les seuls éléments à retenir l’attention de l’auteur. Produits dérivés surtarifés, commentaires négatifs arrachés du livre d’or, publicité omniprésente dans les couloirs du métro parisien, mais surtout le logo d’Ahae présent sur le panneau explicatif dédié à la restauration du bosquet du théâtre d’eau. Le lien entre une location d’espace et d’un don de mécénat devint évident, trompant le public sur la production d’un homme qui cherche sa légitimité et la reconnaissance dans la construction de son propre mythe à travers la location d’espace et les dons, et non sur la qualité plastique de sa production.

Une histoire d’argent entachant cette « histoire d’amour », vision du mécénat selon la directrice du château de Versailles Catherine Pégard, l’histoire aurait pu s’arrêter là. Mais la curiosité de Bernard Hasquenoph le poussa à découvrir l’identité de ce mystérieux mécène. C’est à ce moment que le « Ahae Gate » prend tout son ampleur, et que de révélations en révélations, le titre de mécène photographe s’efface au profit de celui de mécène gansgter. Ahae – Mécène Gangster dévoile la véritable enquête menée méthodiquement par Bernard Hasquenoph, les dérives du mécénat financé par de l’argent sale, les doutes et les peurs rencontrés au cours de ces mois de recherches, jusqu’a la révélation de l’identité d’Ahae : gourou, escroc, gangster mais certainement pas artiste, les qualificatifs manquent pour définir Yoo Byung-eun, qui fut en grande partie responsable d’une des plus grands drames que connut dernièrement la Corée du Sud : le naufrage du Sewol, faisant plus de 300 victimes, dont une majorité d’adolescents.

Cette histoire entache aujourd’hui fortement la réputation d’institutions aussi respectables que le musée du Louvre, le château de Versailles ou encore la Philharmonie de Paris. Bernard Hasquenoph trouva porte close à chaque tentative de contact auprès desdits établissements pour y voir plus clair dans cette affaire. C’est avec la presse coréenne, sous le choc de ce lien entre le responsable principal du naufrage du ferry, et cet « artiste » adulé par les directeurs de ces institutions, que l’auteur correspondra le plus.

Capture d’écran 2015-12-05 à 00.36.16Bernard Hasquenoph dénonce depuis la création de son site louvrepourtous, les dérives marchandes de ces institutions ouvertes au public et sans but lucratif, mais qui brouillent de plus en plus les frontières entre expositions scientifiques et publi-expositions, sacrifient la gratuité sur l’autel de la rentabilité au prix des conditions de visites parfois dégradées. Ces révélations et alertes multiples ne traduisent pas une volonté de nuire gratuitement aux institutions, elles révèlent au contraire un amour pour les musées qui ne doivent pas s’éloigner de leur fonction première.

« Accident culturel, signe d’une dérive ou d’un système corrompu. Par ce refus de faire la lumière, l’affaire Ahae restera comme une tache indélébile sur la noble cause du mécénat. » Une tâche indélébile toujours gravée de lettres d’or sur les murs de la rotonde de Mars du musée du Louvre. À travers cet ouvrage qui fait la lumière sur cette triste affaire, Bernard Hasquenoph nous livre peut-être là le plus bel hommage que pouvaient recevoir les victimes et leurs familles du naufrage du ferry, en rétablissant la vérité sur ce naufrage humain et culturel que la presse française a passé en grande partie sous silence.

Ahae – Mécène Gangster
Bernard Hasquenoph
Max Milo Éditions – 22€

Nicolas Alpach

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