Aux Arts, citoyens !

Rarement deux visites au musée d’Orsay se ressemblent. Le temple de la peinture française du XIXe siècle renouvelle régulièrement l’accrochage de ses collections permanentes, et réserve parfois de belles surprises. La salle Équivoques est un de ces lieux qui se redécouvre au fil des visites. Et qui doit plus que jamais être arpentée en ce moment.

Difficilement, mais en continuant d’aller de l’avant, nous poussons tous les jours les portes des musées, bien calmes ces temps-ci. Tous au musée ! Une vie ne suffirait pas pour explorer toutes leurs richesses, il serait dommage de s’en priver. Rien ne vous oblige de ne pas aller tous au bistrot après votre visite (bien au contraire). La salle Équivoques du musée d’Orsay, réinvente constamment son accrochage, soucieuse de représenter tous les styles et les supports artistiques du musée à travers un thème bien précis. Il est question depuis quelques mois des images républicaines de 1848 à 1914. Pendant ces 66 années de régime républicain, entrecoupé par le règne de Napoléon III de 1852 à 1870, les institutions républicaines se sont longtemps cherchées. L’iconographie de Marianne aussi.

À cette République très tôt, il fallut mettre un visage. Si notre Marianne portant un bonnet phrygien est représentée très tôt, sous la Révolution française, ce n’est qu’en 1877 que son buste se multiplia dans les mairies, remplaçant ceux de Napoléon III. L’iconographie de la Marianne ne fût pas clairement définie au XIXe siècle. Elle se munie de son bonnet phrygien et apparaît parfois belliqueuse, parfois gracieuse et triomphante quand elle porte une couronne ou un diadème. Chez Alfred Roll, la République paraît jeune et insouciante. Muni d’un grand drapé rouge laissant dévoiler un sein, elle avance d’un pas léger, les bras dressés comme un balancier qui accompagne ses pas sur les ruines de l’Ancien Régime, ne trouvant pas un pas sûr, mais ayant un regard qui lui, est déjà porté vers le lointain. Elle apparaît chez Daumier comme mère nourricière des enfants de la République. Le caricaturiste démontre tous ses talents de peintre pour présenter une République forte, à l’image de ses enfants, s’appuyant sur un drapeau tricolore qui lui est désormais indissociable. À cette République jeune et mère nourricière s’oppose la République belliqueuse chez Rodin. Ornée d’un casque, son expression affiche autant de détermination que de menace pour quiconque voudrait mettre en péril toutes les valeurs qu’elle incarne. L’ambiguité du titre ne fait aucun doute sur les valeurs incarnées par la figure : Bellone ou La République Française se réfère ici aussi bien à la déesse romaine de la guerre qu’a la figure allégorique de la République française. L’iconographie de la Marianne continue de se présenter dans toute sa diversité sur la vingtaine de médailles exposées non loin de ces toiles.

À cette diversité des représentations se joint celle des oeuvres exposées : toiles, sculptures, dessins (ne pas manquer le dessin d’Henri Paul Nénot, Projet d’un monument à Gambetta sur le pont de la Concorde), médailles, la représentation de la République est plurielle dès le XIXe siècle et l’accrochage de la salle Équivoque réussit parfaitement à le montrer. Très tôt, les républicains ont cherché à définir la figure symbolique de la République, en témoignent les multiples concours pour des statues, bustes pour les mairies… Marianne se doit d’incarner les valeurs de la République, mais également d’être abstraite afin d’effacer les souvenirs de la représentation de la figure royale. À l’émergence de cette figure nouvelle, impersonnelle se joint néanmoins celles de ceux qui ont fait la République, et s’ouvre alors une autre degré de lecture de l’accrochage, plus orienté gender studies. La salle Équivoque confronte la Marianne néoclassique et baroque aux grands portraits officiels des figures républicaines, qui s’incarnent dans les représentations de Jules Grévy, Armand Fallières, Léon Gambetta et Georges Clémenceau, représenté par Manet.

La représentation des figures fondatrices de la République est aux antipodes de l’allégorie qui incarne leur modèle politique. Austères, habillés de noir, se détachant sur un fond uni, s’il n’est pas lui-même noir également, les grands républicains dans la grande sobriété de représentation, tendent à incarner l’assurance et la fermeté d’un régime qui est censé représenter l’utopie politique républicaine, opposée à l’Ancien Régime. À moins que derrière cette sobriété et ces compositions sombres et austères, les hommes politiques cherchent eux-aussi à s’effacer derrière cette République jeune qui, par sa devise Liberté, Égalité, Fraternité, à autant de visages que de citoyens. La République au service des arts ou les arts au service de la République : Aux arts citoyens ! Images républicaines (1848-1914) nous présente avec brio cette Marianne aux représentations plurielles mais qui incarne des valeurs qui elles, se doivent d’être inébranlables.

Aux Arts citoyens ! Images républicaines (1848-1914)
Musée d’Orsay, Paris
Rez-de-chaussée, salle 9

Nicolas Alpach

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