Le musée du Louvre continue d’enterrer la gratuité du premier dimanche du mois

Capture d’écran 2015-11-02 à 13.49.26Le musée du Louvre ne résista pas à l’appel du combo dimanche/jour férié. Ce dimanche 1er novembre 2015, l’accès aux collections du musée du Louvre resta « exceptionnellement » payant. Un exceptionnellement qui n’a plus lieu d’être depuis l’année dernière, le musée ayant supprimé la gratuité du premier dimanche des mois de haute saison. Les occasions de pouvoir découvrir le musée gratuitement s’amenuisent et cette journée propice à la démocratisation culturelle, voit un nouveau clou planté dans son cercueil. L’information est volontairement passée inaperçue, je ne manque donc pas l’occasion donc d’y consacrer un édito afin de mettre en lumière cette triste nouvelle. Sur la page Twitter et Facebook du musée, silence complet, pas un seul tweet et statut dédiés à cette « exception », qui aurait pourtant été la bienvenue pour les visiteurs et internautes, jetant un voile pudique sur cette gratuité supprimée dont même le musée semble avoir honte. Il fallait simplement se contenter d’une petite annonce postée sur la page des informations pratiques du site du Louvre. Après tout, qu’importe. La grande majorité des visiteurs, étrangers, ayant parcouru des centaines voire milliers de kilomètres pour une visite, ne rebrousseront pas chemin. Le public local par contre, ne pourra peut-être pas toujours avoir le luxe de débourser 30 € pour deux billets adultes. Le premier dimanche gratuit du mois est avant tout une institution. Si il n’offre pas les meilleures conditions de visite, encore que de nombreux endroits du musée vides à toute heure de la journée, demandent à être explorés, il a le mérite d’ouvrir les portes du musée à toutes les classes sociales. En supprimant la gratuité le premier dimanche du mois, c’est à un principe fondateur même du musée que la direction s’attaque. À son ouverture en 1793, le Muséum était avant tout un lieu de formation pour les artistes, le public y était admis gratuitement… le dimanche ! L’argument de pallier la sur-fréquentation du musée n’est plus recevable et fait même figure d’hypocrisie : à aucun moment le Louvre n’évoque ce problème dans ses rapports d’activités, préférant mettre en valeur l’indice de satisfaction globale. Faire débourser plus aux visiteurs est-il le meilleur moyen pour combattre la sur-fréquentation ? Les files d’attentes à n’en plus finir qui entourent la pyramides de Pei chaque matin, prouvent le contraire.

Supprimer un jour de gratuité au Louvre, c’est supprimer un accès à la culture pour tous. Il suffit de se rendre dans les salles ces premiers dimanches du mois ou lors de la nuit des musées où l’accès aux collections est lui aussi gratuit, pour se rendre compte de la diversité des visiteurs qui contemplent parfois pour la premières fois, des œuvres qu’ils n’avaient vu que dans des livres. Le public local ou les plus modestes visiteurs se retrouvent donc, une fois de plus, privés des collections nationales, et à défaut de se rendre à la billetterie, ces derniers auraient pu consacrer un plus petit budget dans les boutiques du musée, de plus en plus nombreuses puisqu’elles gagnent maintenant les salles (voir édito février 2015 : Le Radeau de la Méduse, à gauche après la boutique.) Une décision regrettable qui priva de nombreuses familles franciliennes d’une sortie gratuite au musée pour ce dernier jour des vacances de la Toussaint.

Malgré les restrictions budgétaires liées à ces temps de crises, cette suppression s’apparente plus à une facilité opportuniste qu’a une réelle décision prise dans l’optique d’offrir aux visiteurs des conditions de visites optimales. Il n’y à rien de pire pour une institution aussi prestigieuse que le musée du Louvre de devenir avec ce genre de décisions mercantiles, la caricature de lui-même privilégiant avant tout les rentrées d’argent à travers un prix en constante hausse, des gratuités supprimées et des boutiques estampillées dans les salles, déclinant la figure de motif de Monna Lisa à toutes les sauces possibles.

À titre d’exemple, ces premiers dimanches gratuits me permirent de découvrir le musée du Louvre avec ma famille il y a maintenant quelques années de cela. Je ne devins pas un amoureux du Louvre tout de suite, trop jeune pour comprendre toutes les subtilités de la peinture et de la sculpture, mais ces visites plantèrent chez moi une graine qui germa quelques années plus tard. Sans ces journées-là, je n’aurais peut-être jamais entamé des études d’histoire de l’art et je ne serais probablement pas en train de signer cet édito du mois de novembre sur pointculture.


Bernard Hasquenoph, administrateur du site Louvre pour tous consacra un dossier sur la question de la suppression de la gratuité le premier dimanche du mois, à lire ici.

Nicolas Alpach

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3 thoughts on “Le musée du Louvre continue d’enterrer la gratuité du premier dimanche du mois

  1. Quelle est la « norme » ? C’est pas les entrées payantes, c’est bien la « gratuité quotidienne » que, dès lors, l’on peut considérer comme un droit du public. En effet, depuis de nombreuses années, les 5 ou 6 musées les plus visités dans le monde sont gratuits tous les jours (à l’exception du Louvre à Paris).

  2. Non seulement il faut soutenir la gratuité du 1er dimanche des musées à un niveau européen, mais il faut aussi exiger une promotion régulière, chaque mois, de celle-ci auprès du vaste public, ceci étant le moyen le moins cher pour favoriser à moyen terme un repeuplement des fonds permanents des musées grands, moyens et petits.
    Ce samedi, en Belgique, dans notre « Monde », le quotidien « Le Soir » a inséré un supplément de 48 pages axé sur les 140 musées gratuits le 1er dimanche en Belgique, et les fêtes qu’ils organiseront durant 2015-2016.
    Voilà non pas du blabla habituel sur la démocratisation culturelle fait par des intellectuels ou des intellectuels avec des financements publics… mais une évidente action de démocratisation culturelle, concrète et possible. Dans un petit pays qui, proportionnellement, a bien moins de moyens financiers que la France.

  3. La gratuité permet aussi de « consommer » à petites doses, de se dire qu’ on reviendra, on peut passer admirer une oeuvre, une amie en Belgique me racontait qu’elle faisait regulierement un tour au musée en revenant du marché.

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