Une brève histoire de l’avenir : trois questions à Jacques Attali

Une exposition audacieuse s’ouvre le 24 septembre au musée du Louvre : Une brève histoire de l’avenir. Inspirée par l’ouvrage de Jacques Attali, elle présente un musée imaginaire, un voyage dans le temps et l’espace où se confrontent des œuvres issues de toutes les civilisations et de toutes les époques, du Proche-Orient ancien à la création contemporaine afin de tenter de saisir les enjeux du futur à travers une observation du passé. Une exposition d’art mais un projet politique avant tout selon Jacques Attali, qui doit nous faire prendre conscience de la fragilité de notre monde. Trois (brèves) questions au conseiller scientifique de l’exposition, qui travailla avec Dominique de Font-Réaulx, directrice du musée national Eugène-Delacroix et Jean de Loisy, président du Palais de Tokyo.

Jacques Attali lors de la présentation presse de l'exposition
Jacques Attali lors de la présentation presse de l’exposition

Nicolas Alpach : Vous affirmez que « pour comprendre ce que peut être l’avenir, il faut raconter à grands traits l’histoire du passé. » Mais peut-on parler d’un avenir au singulier ? N’y a t-il pas autant d’avenirs qu’il y a de civilisations et de croyances ?

Jacques Attali : Toute la difficulté de la prévision consiste à choisir. J’ai fait un choix très précis pour l’avenir : cinq étapes dans lesquelles je choisis différents avenirs possibles. Naturellement, il est possible de faire d’autres choix, mais celui que je fais n’est pas un choix de caprice, c’est pour moi la traduction des tendances longues de l’histoire qui m’amène à penser que l’avenir sera celui-là. J’espère cependant me tromper parce que les étapes sont catastrophiques.

Les cinq vagues d’avenir selon Jacques Attali : 

Première vague : L’Empire américain, qui succéda à l’Empire britannique à la fin du XIXe siècle, s’effacera dorénavant progressivement, comme le fit en son temps l’Empire romain […]

Deuxième vague : Aucune nation, ni la Chine ni une autre, n’abritera un nouveau cœur. Douze nations, plus puissantes que les deux cents autres, tenteront avec les États-Unis déclinants, d’organiser et de maintenir un semblant d’ordre mondial […]

Troisième vague : Le marché prendra le pouvoir contre tous les États, même les plus puissants. Il établira ses propres règles de droit et assurera l’ordre par des outils privés de surveillances, puis d’autosurveillance et d’autosanction […]

Quatrième vague : De nouvelles idéologies triompheront, laïques ou religieuses, soucieuses d’instaurer par la force un nouveau sens du long terme, en niant la démocratie, la mondialisation, le marché et toutes les formes de liberté […]

Cinquième vague : Après l’hyperconflit (si l’humanité y survit) ou sa place (si on réussit à l’éviter) s’imposeront les forces du bien (les « hyperhumains » : quelques entrepreneurs, responsables d’ONG, artistes, enseignants, ou autres) qui, dès aujourd’hui, combattent pour créer « une société positive », c’est-à-dire conciliant l’intérêt des générations futures avec le marché et la démocratie […]

N.A : Le cinéma est une véritable fabrique à imaginer l’avenir, de Méliès à Spielberg en passant par Fritz Lang. Était-ce un choix de peu exploiter le septième art dans l’exposition ?

J.A : J’ai réservé le cinéma à la conférence performée qui aura lieu le 7 novembre où je mêle un exposé avec de nombreux extraits de films, Méliès, Lantz entre autres, avec la participation du musicien Yaron Herman. Se tiendra également fin septembre (le 26 et le 27) Autour de Métropolis, qui offre une formidable vision de la ville du futur. J’invite également tous les visiteurs à s’asseoir sur les bases des colonnes d’Ai Weiwei pour regarder le film de Laurent Perreau, les Cing Vagues de l’Avenir.

N.A : Les œuvres d’art offrent un livre ouvert sur notre passé, qui nous permet selon vous de comprendre ce que peut être l’avenir. Du point de vue de l’œuvre même, appartient-elle pour vous au passé une fois terminée, où prend-elle tout son sens une fois élaborée ?

J.A : Les deux, je ne peux choisir. Elle est à la fois une trace, un moment de ce qui s’est dit à l’époque, qui vit avec son temps. Mais elle change au fil des années : prenez n’importe quelle œuvre classique, elle dit aujourd’hui autre chose que ce qu’elle disait à l’époque de son élaboration.

Une brève histoire de l’avenir
24 septembre 2015 – 4 janvier 2016
Musée du Louvre

Nicolas

tweet@

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