Georges Rousse pose ses paravents à la Conciergerie

Jamais des panneaux de bois peints ne m’ont autant fait cogiter. L’œuvre de Georges Rousse peut laisser très dubitatif dans un premier temps, mais il serait réducteur de s’arrêter à cette première impression. Anamorphose et cohabitation des médiums artistiques, telles sont les promesses de Paravents, une proposition de Georges Rousse très audacieuse abritée à la Conciergerie, et qui mérite plus qu’une simple observation.

Saint-Louis s’en est allé, et après huit mois de répit, la salle des Gens d’Armes se voit de nouveau investie d’une exposition, ou plutôt d’une œuvre contemporaine. Nous ne vous ferons pas l’affront de vous présenter une énième fois la Conciergerie et son histoire, vous avez tous émis un frisson devant cette silhouette de la reine Marie-Antoinette à genoux dans son cachot, dans une présentation qui aurait bien besoin d’un belle remise au goût du jour. Sous ces voûtes médiévales bâties sous Philippe le Bel, huit siècles vous contemplent. Avec le Collège des Bernardins, la salle des Gens d’Armes est l’une des seules subsistance de l’architecture médiévale civile à Paris, et les amoureux de la perspective et des voûtes d’ogives de ce lieu seront dans un premier temps fort surpris de constater que l’œuvre de Georges Rousse est intrusive et rompt totalement avec l’harmonie du lieu. Aux courbes des voûtes s’opposent les panneaux de bois peints scandés de rayures blanches et rouges, qui s’opposent aux tons beiges de la pierre. La fragilité du lieu fut la contrainte première pour l’artiste qui ne put appliquer directement ses couleurs sur les colonnes et sur le sol, comme le fit Felice Varini à la Villette. Déambuler au sein de l’espace n’apporte rien : isolés, ces panneaux de bois peints ne suscitent pas l’admiration et pour cause, le véritable cœur de l’œuvre est ailleurs.

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L’anamorphose

Paravents est une œuvre qui ne se dévoile pas du premier coup d’œil. Mieux, elle ne se dévoile jamais à l’œil. Toute la force du travail de Georges Rousse est de faire vivre l’anamorphose à travers l’objectif d’un appareil photo. La bande rouge, cette sorte de sens interdit qui n’abrite aucun interdit, ne se dévoilera jamais comme se dévoile le crâne des Ambassadeurs de Holbein. C’est à travers l’obturateur de l’artiste déclenché, et celui des milliers de visiteurs qui suivront, que vivra l’œuvre. L’anamorphose et l’œuvre existent par la photographie, et l’œuvre éphémère devient durable à travers le médium. Une œuvre extrêmement audacieuse qui réclame un certain investissement de la part du visiteur : ne pas photographier l’œuvre, c’est passer à côté d’elle.

Des anamorphoses, Georges Rousse n’en n’est pas à son premier essai. L’artiste filma ses interventions aux quatre coins du monde comme celle du Café Loin à Miyagi au Japon (vidéo ci-dessous), où une étoile bleue ne se dévoile dans l’espace qu’a travers un point précis, capturé par l’objectif de l’artiste. Cinq courts films sont présentés et permettent de mieux appréhender le travail du photographe/peintre/architecte. À l’heure où la question de la photographie au musée reste un dossier brûlant, Georges Rousse semble apporter sa réponse avec ses anamorphoses photographiques en ne faisant exister l’œuvre qu’a travers la photographie, là où elle pourrait détourner l’attention du contemplateur/photographe dans une autre exposition.

Paravents ne cache malheureusement pas quelques faiblesses : l’œuvre ne questionne pas, ne répond pas à l’histoire de ce lieu qui fut l’amphithéâtre d’une des périodes les plus sanglantes de l’histoire de notre pays. La Conciergerie fut l’antichambre de la guillotine : faut-il voir dans cette bande rouge évoquant un stop, une barrière franchissable pour le visiteur mais qui fut pour d’autres à la fin du XVIIIe siècle, l’impasse d’une vie ?

Une proposition audacieuse que ces Paravents au cœur de la Conciergerie. Le travail de Georges Rousse n’est pas le plus accessible et s’il est certain que de nombreux visiteurs passeront à côté de cette anamorphose photographique, d’autres se prêteront au jeu de la recherche et de la découverte de l’œuvre véritable, le point clé n’étant pas clairement indiqué pour avoir le point de vue stratégique. On regrettera par contre, l’absence totale d’évocation du lieu, qui n’est pas sans histoire et abrite des symboliques fortes.

Georges Rousse
Paravents
Conciergerie
11 septembre – 10 Janvier 2015

Nicolas

tweet@

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