1000 Singapours à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine

© Darren Soh
© Darren Soh

Dans le cadre du festival France-Singapore et en écho aux 50 ans d’indépendance de la cité-État, la Cité de l’Architecture et du Patrimoine présente une mise à jour de l’exposition 1000 Singapores : 1000 points of the compact city. L’occasion de multiplier les comparaisons entre l’urbanisme  de Paris et Singapour, qui comme deux aimants à polarité inversée, semblent s’éloigner quand on cherche à les rapprocher.

1000 Singapours tend à examiner l’urbanisme de la deuxième ville la plus densément peuplée au monde, et n’hésite pas à aborder la question avec une projection démesurée : multiplier par 1000 la ville de Singapour permettrait de loger tous les habitants de la planète. Avec ces 6,9 millions d’habitants, multiplier la population de la ville par 1000 correspondrait à 6,9 milliards d’habitants, soit la quasi-totalité de la population mondiale (7,3 milliards en 2015). 1000 Singapours pourraient ainsi loger la totalité de la planète sur une étendue dérisoire : 0,5% de la superficie mondiale. Mais cela au prix d’une densité extrêmement forte, d’un urbanisme condensé et d’une architecture s’inscrivant toujours plus dans la verticalité. Se pencher sur Singapour, l’un des quatre « dragons » d’Asie, pays en pleine croissance depuis les années 1980, c’est réfléchir à l’urbanisme de demain, qui doit répondre à la croissance démographique toujours plus importante sans sacrifier le bien-être de la population.

Khoo Peng Beng, Eric G. L’Heureux et Florian Schätz, les trois commissaires de l’exposition, ont décidé de mener cette analyse autour de huit angles bien distincts, de l’architecture à l’urbanisme de la nature aux infrastructures sans oublier les faces politiques et économiques, indissociables à la mutation d’une ville. Les données présentées relèvent d’une analyse poussée de la ville, et s’appuient sur de nombreux schémas, graphiques, chiffres et maquettes représentant huit sections de la ville. L’ensemble est cependant loin d’être austère, et bénéficie d’une scénographie élégante, à dominance de blanc et de rouge, les couleurs de la ville. Les photographies d’architecture de Darren Soh enfin, accompagnent chaque section de ces deux couloirs qui s’étirent sur plus de 42 mètres.

Mise à jour pour sa présentation à Paris, l’exposition pousse plus loin cette analyse de la ville en multipliant les comparaisons avec Paris. À la verticalité de Singapour s’oppose l’horizontalité de Paris. Singapour est une ville de grande hauteur et de forte densité, Paris est une ville de faible hauteur mais à haute densité. Ces deux villes se rejoignent néanmoins sur un point, celui de l’architecture reproductible. Si les tours semblent s’élever et se multiplier à Singapour avec une certaine unité, voire en copies conformes, il ne faudrait pas oublier les grands îlots urbains parisiens de l’architecture haussmannienne, et les grands boulevards rectilignes où un même ensemble architectural est reproduit sur des centaines de mètres, tout comme l’architecte du roi Louis XIV, Mansart exportait ses places royales en dehors de Paris. Rapprocher ces deux villes sur le plan de l’urbanisme n’est pas une mince affaire : Paris ne peut répondre à la pression de la croissance démographique en bouleversant les infrastructures historiques de la ville de la paysage et tissu urbain qui définissent son identité.

Là où Singapour s’appuie sur sa tabula rasa architecturale pour développer des infrastructures modernes, à la pointe de la technologie, Paris doit concevoir son nouvel urbanisme en prenant en compte ses 2000 ans d’histoire, et se doit d’écrire son avenir sans effacer son passé.

Non loin de ces tours de verres qui s’élèvent à Singapour et de ces immeubles en pierre de taille caractéristiques de la ville lumière, la nature se fait présente. Poumon de la ville, verdure nécessaire pour poser un temps de respiration dans ce tissus ininterrompu d’immeubles, elle diffère encore radicalement entre les deux villes. Ce n’est pas pour rien que Singapour est nommée la ville jardin, qui cohabite dans un climat tropical à une nature luxuriante qui s’entrelace à l’architecture, mais reste contrôlée par le paysage urbain. Loin de cette nature tropicale, sauvage mais cohabitant avec un espace urbain fort, Paris semble être une fois encore le parfait négatif de Singapour. Le jardin n’est pas un, ils sont dans la ville, entièrement cultivés, maîtrisés et parfois même purement artificiels. La nature doit répondre à l’urbanisme et s’adapter aux besoins de la population, sans être simplement une pastille de verdure sans utilité dans un milieu urbanisé. La nature, un des huit angles présentés dans cette exposition.

Au fil des huit section et de la quarantaine de mètres arpentés, les photos de Darren Soh traduisent cette densité explosive de Singapour à travers cette skyline peuplée d’architectures cubiques, où la moindre parcelle est utilisée pour imbriquer un nouvel édifice relevant les défis de la croissance démographique. Aucun doute, Soh possède l’œil pour capturer les architectures, joue avec les angles, les couleurs, les arêtes des bâtiments, fait jouer la lumière avec la vitesse d’ouverture de son objectif pour conférer une esthétique graphique à ses clichés, sans jamais franchir la limite de l’abstraction. Le tissu urbain devient un ensemble de masses géométriques colorées, qui habitent ces 6.9 millions d’habitants de cette ville jardin.

1000 Singapores pose la question sur notre avenir urbain à travers l’exemple de la cité-État d’Asie du sud-est,  à travers huit angles d’observation qui mettent en lumière les enjeux indispensables pour assurer à la croissance démographique constante, la ville qu’elle mérite. Au-delà de cette analyse, c’est aussi la comparaison avec Paris qui pose une vraie réflexion. Singapour s’inscrit dans la hauteur, dans cette verticalité marquée par les tours de verres et de béton reproductibles, tandis que Paris s’affirme dans le bossage de la pierre de taille de son tissu urbain, lui aussi reproductible comme en témoignent ses rues rectilignes dessinées par la pointe de la hache du baron Haussmann. Les réponses à cette augmentation de la population constante devront ainsi être propres à chaque ville.

1000 Singapours – Huit points de la ville compacte
Cité de l’Architecture et du Patrimoine – Paris
17 Juin – 14 Septembre 2015
Entrée Libre

Nicolas Alpach

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