L’art contemporain s’invite au Palais Jacques Cœur à Bourges

Claude Lévêque, qui transperce actuellement la pyramide du Louvre de son éclair rouge vif, investit avec une trentaine d’artistes le Palais Jacques Coeur à Bourges, qui ouvre la quasi totalité de ses salles à l’art contemporain. « Genre Humain », une exposition qui coïncide avec les 30 ans de l’association Emmetrop, qui fait part belle à la création artistique sur le territoire de Bourges. Loin des remous versaillais, la création contemporaine pousse les portes de l’édifice pour s’imposer discrètement aux yeux des visiteurs, sans jamais devenir envahissante.

pointarchitecture

Avant de s’intéresser aux œuvres qui investissent les lieux, un point histoire de l’architecture médiévale pour ceux qui n’auraient pas encore franchi les portes de l’édifice. Le Palais Jacques Coeur est un lieu singulier, et l’histoire autour de sa conception l’est tout autant puisque son commanditaire, dont le palais tient le nom, n’y vécut jamais. Véritable Nicolas Fouquet de l’ère médiévale, Jacques Coeur devint l’un des hommes les plus puissants du Royaume de France sous le règne de Charles VII, en se constituant une richesse considérable acquise par son sens des affaires ; il fut l’un des premiers Français à établir des relations commerciales avec l’Asie. Nommé grand argentier par le roi, sa puissance grandissante inquiéta ses rivaux dont Charles VII lui-même, qui le poussa en disgrâce jusqu’à sa chûte en 1451. Cristallisation dans la pierre de cette puissance, le Palais de Jacques Cœur est l’une des rares architectures civiles gothiques qui nous soit parvenus aujourd’hui. Et c’est dans ce cadre unique que Claude Lévêque invite plus de 30 artistes à exposer dessins, peintures, vidéos et installations sonores.

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Trente ans de l’association Emmetrop, trente artistes exposés (un petit peu plus en réalité), tel est le cahier des charges de « Genre Humain » qui parvient à introduire l’art contemporain de manière non intrusive dans le Palais Jacques Cœur. Sans se cacher, Claude Lévêque et les membres de l’association optent pour une absence de thème général autour de l’exposition, dont le but premier est avant tout le plaisir de la contemplation, et non le développement d’un discours ou d’une narration qui se construiraient de pièces en pièces. Une constellation d’œuvres (inégales), de Boltanski à Pierre Huygue en passant par Mona Hatoum et François Pétrovitch : les néophytes apprécieront l’introduction à l’art contemporain à travers ces œuvres qui s’imposent sans jamais devenir envahissantes dans les salles du palais, accompagnées de courts cartels se penchant uniquement sur l’artiste et les recherches de son travail. Les amateurs d’art contemporains eux, déploreront l’absence totale de thème et de lien entre les œuvres. Mais y chercher un quelconque discours trahirait la volonté de Claude Lévêque d’ouvrir simplement les portes du palais à son « carnet d’adresses ».

Parmi eux, Bertrand Lavier, appose Sombernon, panneau de signalisation routière recouvert de peinture acrylique, Bérénice Merlet lie taxidermie et néons avec Le Renard tandis que Boltanski se prête au jeu du ballet d’ombres dans les combles du palais. Les amateurs de peintures et de dessins ne sont pas délaissés, et pourront admirer le Corbeau n° 2 de Fabien Boitard, les brillants dessins de Françoise Pétrovitch, aussi mystérieux que poétiques, Kusnir de Carlos Kusnir, une des œuvres les plus réussies nous dévoilant un impressionnant paravent peint, pleinement inspiré de La Grande Vague de Kanagawa de Hokusai. Des lieux habituellement fermés au publics ouvrent leurs portes pour l’occasion : combles, volières, ainsi que les caves qui ont été investies par Claude Lévêque, et qui constituent le clou de la visite. Chiens de Diamants crée un dialogue entre objets tirés du quotidien (un trait du travail de l’artiste) avec des vestiges d’éléments architecturaux et sculptés entreposés dans la cave : l’ambiance qui y règne y est presque mystique, l’on est immédiatement séduit par ce discours entre œuvres et objets qui deviennent œuvres, au sein du premier niveau des souterrains du palais.

Voir de l’art contemporain en dehors du white cube traditionnel, l’idée est séduisante sur le papier, mais pas seulement. La proposition de Claude Lévêque avec « Genre Humain » s’avère assez séduisante pour faire le voyage à Bourges et redécouvrir ce palais médiéval à travers le prisme de l’art contemporain qui ne se révèle jamais instrusif, et cohabite à merveille avec l’espace. Le plaisir de contemplation s’accompagne du plaisir de découverte des lieux, constamment renouvelé par la variété des œuvres présentées. Une belle réponse à tous les détracteurs de l’art contemporain, cherchant constamment à créer une dichotomie entre l’art d’hier et d’aujourd’hui.

Genre Humain
Palais Jacques Cœeur – Bourges
Du 12 juin au 4 octobre 2015


Nicolas Alpach

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