Icônes américaines au Grand Palais : la déception

Une affiche aux couleurs chatoyantes de la Liz Taylor de Warhol (Liz #6) titrée Icônes américaines, un teaser rock ‘n’ roll présentant à côté des œuvres les multiples facettes de l’Amérique, du défilé des soldats américains sur les Champs-Élysées aux meetings de Barack Obama en incluant de nombreuses références à la sous-culture américaine comme des publicités pour des fast-food : le Grand Palais semble vouloir dresser un panorama de l’art américain au lendemain de la Seconde Guerre mondiale jusqu’à aujourd’hui, à travers les chefs-d’œuvre de la collection du Museum of Modern Art de San Francisco et de la collection Fisher. Une bien belle promesse qui est loin d’être tenue.

Profitant de sa fermeture pour faire voyager quelques œuvres, le San Francisco Museum of Modern Art (SFMOMA) ainsi que la Collection Fisher, consolidant fortement les collections du musée, veulent se présenter comme les ambassadeurs de l’année de l’art américain à Paris. Après l’excellente rétrospective Roy Lichtenstein au Centre Pompidou et en attendant Shadows, exposition consacrée à une série d’Andy Warhol au musée d’Art moderne de la Ville de Paris en octobre 2015, l’art américain pose ses valises dans la galerie sud-est du Grand Palais, et s’expose à travers 49 œuvres disposées dans 14 salles, chacune dédiée à un artiste. Aux sculptures de lumière de Flavin répondent les créations minimalistes de Donald Judd, aux acteurs sérigraphiés sur les toiles de Warhol, répondent les points Bendays des créations de Lichtenstein. Si l’on trouve très vite ses repères face à des œuvres emblématiques vues des centaines de fois à travers des reproductions, rien ne vaut le plaisir de pouvoir les contempler par ses propres yeux et c’est ici que demeure le point fort d’Icônes américaines, malgré une scénographie plus simpliste que minimaliste, nous renvoyant à ce bon vieux concept du white-cube des années 1960 qui est loin de faire honneur aux œuvres exposées.

Après avoir franchi la première salle consacrée aux sculptures de Calder, le visiteur contemplera les toiles de Ellsworth Kelly, puis celle de Twombly jusqu’a celles d’Agnes Martin qui ferment l’exposition. Chaque artiste reste cloisonné dans une salle, si bien que l’on comprend difficilement en quoi l’exposition « tisse un dialogue entre les oeuvres qui n’ont jamais été réunies ensemble ». À quoi bon vouloir faire dialoguer des œuvres entre elles si c’est pour les cloisonner dans une salle consacrée à leur auteur une fois exposées ? Aucune prise de risque de la part des commissaires et scénographes, un propos scientifique inexistant pour une exposition à laquelle l’on se rendra uniquement pour admirer des œuvres qui franchissent rarement l’océan Atlantique. Mais là encore un élément reste fâcheux, le prix de l’exposition. Comptez 12 € plein tarif,  9€ en tarif réduit, un prix cher, trop cher pour une exposition qui se boucle en moins d’une heure et demie. Cela ne remet en rien en cause la qualité de certaines œuvres exposées, mais je vous conseille fortement de consulter la liste de ce qui s’y trouve avant de mettre la main au portefeuille. L’effet de surprise se dissipera certes, mais cela pourrait aussi vous en éviter de très mauvaises.

Le voyage des œuvres est toujours une excellente chose, il permet d’ouvrir de nombreux horizons chez les visiteurs qui pourront admirer certaines toiles et sculptures emblématiques de l’art américain de la seconde moitié du XXe siècle, et permettra aussi aux amateurs de pouvoir contempler de leurs propres yeux ces œuvres vues la plupart du temps à travers des reproductions. C’est d’ailleurs tout ce qu’il faut attendre de l’exposition Icônes américaines, admirer une poignée d’œuvres phares accompagnées de textes de salles qui se résument à une simple biographie de l’artiste exposé. On attendait bien mieux d’une exposition dont le potentiel était pourtant énorme avec un fond si conséquent. Ne vous laissez donc pas séduire par le regard trompeur de la Liz #6 d’Andy Warhol, et préférez l’exposition Les clefs d’une passion à la Fondation Louis Vuitton. Pour un prix sensiblement identique, vous y découvrirez non seulement des œuvres incontournables de la peinture du XXe siècle mais aussi la fascinante architecture de Frank Gehry.

Icônes américaines
8 avril – 22 juin 2015
Grand Palais

Nicolas Alpach

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