Interview : Dominique de Font-Réaulx, directrice du musée Delacroix

La saison des expositions bat son plein, et nombreux sont les visiteurs à arpenter les salles de ces grandes messes culturelles (sur)médiatisées. Mais l’appel du marketing ne doit pas faire oublier aux amoureux des arts les très riches collections permanentes abritées dans les nombreux musées de la capitale. Nous souhaitions aujourd’hui mettre en lumière l’une de ces collections, et c’est vers le musée national Eugène-Delacroix que notre choix s’est porté. L’appartement et atelier de l’artiste transformés aujourd’hui en musée, se situent à quelques minutes du musée du Louvre. Il n’y avait pas meilleure personne pour nous parler du musée Delacroix que sa directrice, Dominique de Font-Réaulx, qui a accepté de nous présenter un musée qui abrite bien plus que des œuvres d’art.

De l’appartement et atelier de l’artiste au musée, pouvez-vous nous raconter son histoire ?
Delacroix s’installe place de Furstenberg en 1857, on a coutume de dire qu’une des raisons qui a conduit ce choix est qu’il voulait être le plus proche des peintures de Saint-Sulpice dont il avait reçu la commande en 1849. Je pense de plus en plus qu’il y avait aussi deux autres raisons : la rue de Furstenberg est très proche de l’Académie des beaux-arts où il fut reçu, au bout de la septième tentative, en 1857, l’année où il s’installe dans son nouveau domicile. L’autre raison est un retour à son quartier de jeunesse. Quand il était jeune homme, il avait partagé dans les années 1820 un atelier avec Thales Fielding, son ami anglais, rue Jacob, non loin de la rue de Furstenberg. La transformation de l’atelier en musée ne fut pas une initiative de Delacroix. Il avait planifié une vente après son décès – elle eut lieu en février 1864 –, il n’a donc jamais envisagé cette transformation. Le musée fut fondé dans les années 1920 par un ensemble de peintres, de collectionneurs, de conservateurs conduit par Maurice Denis qui fonda la société des amis d’Eugène Delacroix en 1929 et qui ouvrit le musée en 1931. C’est donc un musée qui s’est créé en hommage à Delacroix avant tout. C’est une très belle histoire, singulière.

Quelle est la part d’authenticité de l’appartement et de l’atelier aujourd’hui ?
La disposition des lieux, qui est celle de Delacroix, le grand escalier qu’il a fait construire, l’atelier, l’escalier qui descend au jardin. C’est à ma connaissance un des seuls ateliers d’un très grand artiste conçu par lui-même et qui soit ainsi conservé. Comme Delacroix n’avait pas voulu la fondation du musée – et qu’il s’est passé plus de 60 ans entre sa mort et la création du musée –, nous ne possédons pas ses souvenirs comme son mobilier et objets du quotidien. Mais les fondateurs du musée se sont posés une question importante : celle de la collection. Ce sont eux qui ont obtenu, notamment, le don des objets marocains qui avaient été légués par Delacroix à Cournault, ils ont aussi procédé à des acquisitions majeures. Grâce à la disposition des lieux, fidèle à celle que voulut Delacroix, l’esprit du lieu demeure ; la collection s’est construite petit à petit et continue à se construire en réunissant dans un même lieu toutes les facettes de l’art du peintre à la fois les peintures, les dessins, les gravures, ces objets de voyages, ses manuscrits : une vision éclectique – et inédite – de l’art de Delacroix.

Un mot sur votre collection
Notre grand chef-d’œuvre est la Madeleine dans le désert qui était l’œuvre préférée de Baudelaire, un grand admirateur du peintre, une magnifique tête de femme renversée. L’Éducation de la Vierge qui avait été peinte pour George Sand, nous avons aussi le Portrait d’Auguste-Richard de la Hautière, portait d’un jeune homme réalisé en 1827 pour son ami Goubaux qui dirigeait une école et pour lequel Delacroix avait fait des portraits de ses élèves les plus talentueux. Nous avons ses manuscrits de jeunesse, ses lettres, toutes les pièces lithographiques de la suite Hamlet, il est très rare que des pierres lithographiques d’œuvres originales soient conservées. Nous cherchons à valoriser cette collection par le croisement entre ses différents éléments.

Un croisement que vous cherchez également à valoriser avec les différents accrochages ?
En effet, nous essayons toujours de valoriser des éléments du musée : l’exposition Delacroix écrivain était liée à un certain nombre de manuscrits dans la collection, Delacroix, le plus légitimes des fils de Shakespeare était liée au 450e anniversaire de la mort de l’écrivain mais aussi au fait que nous possédions l’intégralité des pierres lithographiques de la suite Hamlet. Pour les grandes expositions que nous réalisons une fois par an, j’essaye aussi de partir des éléments du lieu à savoir les objets marocains pour notre dernière exposition, Objets dans la peinture, souvenirs du Maroc. Delacroix et l’Antique qui commencera le 9 décembre 2015 s’articulera autour des décors de façade. En 2016, nous aurons une exposition autour de Maurice Denis et Delacroix, qui portera sur la création du musée et en 2017 une exposition autour de Saint-Sulpice.

Atelier, appartement et jardin
Ce jardin est un havre de paix au cœur de Paris, il y règne un calme absolu, il est très lumineux, c’est un lieu délicieux pour venir lire quand il fait beau. Nous sommes restés fidèles à l’esprit de Delacroix. Grâce à une facture nous connaissons par exemple les essences qu’il avait dans son jardin. Par ailleurs nous restons fidèles à son esprit même si nous prenons quelques libertés, le jardin a été créé par les jardiniers en chef du jardin des Tuileries, et nous souhaiterions aussi pour l’appartement à l’avenir, conserver son esprit mais aussi retrouver une certaine forme de liberté.

Pourriez-vous vous comparer avec un autre musée ?
Une comparaison serait difficile, l’atelier est le seul à avoir été sauvé par des artistes. Nous sommes proches de l’atelier de Rodin à Meudon, du musée de la Vie romantique, du musée Gustave Moreau. D’une certaine manière nous sommes proches de certaines maisons d’artistes comme celle de Victor Hugo ou de Balzac.

Après La Joconde, La Liberté guidant le peuple est peut-être la toile la plus prisée par les visiteurs du musée du Louvre : Comment expliquez-vous cette fascination autour de Delacroix ?
Pour la Liberté. C’est devenu une sorte d’icône. Elle a personnalisé sous la IIIe République une sorte de vision de ce qu’était non pas seulement la Révolution de 1830, mais aussi la Révolution française. Delacroix a réussi-là une alchimie parfaite entre l’allégorie antique de la Victoire et la représentation de l’histoire de son temps. Mais toute l’œuvre de Delacroix n’est pas contenu dans la Liberté seulement… il faut venir au musée Delacroix pour découvrir ses aspects les plus secrets et intimes.

Musée Delacroix
6 Rue de Furstemberg
75006 Paris
Tous les jours
sauf le mardi
9h30 17h30

Nicolas

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