De Giotto à Caravage au musée Jacquemart-André : marketing et chefs-d’œuvre

Inutile d’arpenter les salles du Petit Palais et de son exposition les Bas-Fonds du Baroque pour espérer trouver une toile de Caravage, ce sont les portes du musée Jacquemart-André qu’il faudra pousser si vous désirez contempler quelques peintures de cet artiste aussi sulfureux que talentueux. L’affiche de l’exposition donne le ton et ne se contente pas de choisir une œuvre du maître du clair-obscur, il est aussi dans son titre : « De Giotto à Caravage – Les passions de Roberto Longhi ». Dresser un éventail de l’art italien si large à travers la présence exceptionnelle de chefs-d’œuvre comme le laisse entendre l’affiche, la promesse du musée Jacquemart-André est-elle tenue ?

❏ Marketing et chefs-d’œuvre

Connoisseurs du XXIe siècle que nous sommes, jetons un œil attentif sur l’affiche qui accorde une place importante à ces deux grands noms de l’art italien, reléguant au second plan celui de Roberto Longhi qui devrait être pourtant la tête d’affiche de cette exposition. Caravage n’est présent qu’à travers trois toiles, dont les deux autres n’atteignent pas la qualité du Garçon mordu par un lézard, et Giotto s’illustre seulement à travers deux panneaux de bois peints. Pour des artistes « en tête d’affiche », c’est peu. Sur les 35 toiles exposées, réparties sur huit salles, l’on trouve heureusement de quoi satisfaire notre curiosité et notre plaisir de contemplation chez d’autres artistes, notamment avec Masaccio, Piero della Francesca et Juseppe de Ribera. Comme fil conducteur, Roberto Longhi, grand connoisseur et historien de l’art dont l’exposition tend à souligner ses découvertes qui permirent l’attribution des toiles exposées au musée Jacquemart-André, dont la très grande majorité proviennent de la Fondation Roberto Longhi à Florence. Le parcours de l’exposition suit ainsi les recherches entreprises par Roberto Longhi, des émules de Caravage de Rome à Palerme en passant par l’étude des primitifs italiens et l’école de Ferrare. Problème, le travail de Roberto Longhi apparaît clairement comme un prétexte pour accrocher de jolies toiles, au détriment du propos de l’exposition qui s’efface vite à travers des leçons généralistes d’histoire de l’art italien.

❏ Giotto, Caravage, et les autres

Bien entendu, on ne cache pas notre plaisir de pouvoir admirer le Garçon mordu par un lézard, qui semble déjà contenir tout le savoir-faire de l’artiste à travers cette nature morte virtuose magnifiée par cette carafe qui joue à la fois avec la transparence et les reflets lumineux qui se dessinent sur sa surface. Non loin de là se trouve l’Amour endormi (ci-dessus), œuvre plus tardive qui nous présente un putto avec un naturalisme propre à Caravage, et rarement vu dans la peinture de cette époque. Soulignons l’effort d’accompagner chaque œuvre d’un court texte explicatif dessinant les grandes lignes des toiles, pour donner les principales clés aux visiteurs pour comprendre chaque œuvre. Si le Saint Jean l’Évangéliste (ci-dessus) et le Saint Laurent de Giotto, de l’abbaye royale de Chaalis, attirent toute l’attention des visiteurs, c’est une œuvre de plus petite dimension qui mérite l’admiration : La Vierge à l’Enfant dite Vierge de la Chatouille, (ci-dessus) de Masaccio, des Offices à Florence. Attribuée au maître de la peinture florentine par Longhi en 1950, cette œuvre de petit format est exécutée avec une facture extrêmement délicate et le rendu extrêmement précieux de l’ensemble ne fait aucun doute sur sa destination, un commanditaire de haut rang. Cette scène la plus simple et la plus intime qui soit, est traitée comme une véritable pièce d’orfèvrerie, des nimbes taillés minutieusement à la bande dorée des draperies, véritable tour de force technique et artistique. Judith avec la tête d’Holopherme est avec l’œuvre de Masaccio, la très bonne surprise de l’exposition. L’on découvre derrière le nom de Carlo Saraceni, les grands emprunts à Caravage : sujet, physionomie des figures sans oublier ce clair-obscur conférant toute la gravité à la scène, même si l’artiste affiche clairement sa réappropriation artistique en éclaircissant légèrement sa palette. L’exposition de termine sur trois apôtres de Juseppe de Ribera : Saint Paul, Saint Thomas et Saint Barthélémy (ci-dessous). Caravage n’eut par le monopole du naturalisme, en témoignent ces trois figures qui semblent avoir été saisies dans l’instant. Le naturalisme, leurs expressions simples mais franches leur confèrent une forte individualité, si bien que dénués de leur nimbes très discrets, ces trois apôtres pourraient être confondus avec trois vieillards issus d’une scène de genre.

Soyons clairs : l’on se rendra à l’exposition De Giotto à Caravage – Les passions de Robert Longhi avant tout pour admirer de très belles œuvres, et non pour son propos purement scientifique qui décevra tous ceux qui désiraient en apprendre plus sur Longhi et ses études. Si Giotto et Caravage sont mis en valeur par l’affiche, ils ne représentent qu’une part minime de l’exposition où seize artistes sont représentés à travers trente-cinq toiles. Si toutefois vous décidez de franchir le pas, ne manquez surtout pas de compléter votre visite par les collections permanentes du musée qui abritent de grands noms de la peinture italienne. Pour les autres, préférez la Grande Galerie du musée du Louvre, vous y trouverez largement de quoi assouvir votre soif de peinture italienne.

De Giotto à Caravage – Les passion de Roberto Longhi
Musée Jacquemart-André
Du 27 mars au 20 juillet 2015

Nicolas

tweet@

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s