Les salles de la Révolution française du musée Carnavalet

Après plusieurs mois de fermeture, les salles de la Révolution française du musée Carnavalet sont de nouveau accessibles ! Collection la plus importante d’œuvres et d’objets liés à cette période charnière de l’histoire de France, celle de la capitale est indissociable de celle de la Révolution française : théâtre de la prise de la Bastille, de la fête de la Fédération, de la chute de la monarchie et de l’exécution du roi (liste non exhaustive) : Paris est peut-être le personnage phare de la Révolution française. Si les vestiges sont bien rares aujourd’hui, de nombreux objets sont aujourd’hui conservés derrière les murs du 16 rue des Francs-Bourgeois. Retour sur la réouverture de ces salles et interview de Marie-Laure Deschamps, conservatrice au musée Carnavalet.

Faut-il attendre une révolution dans la présentation des œuvres avec cette réouverture ? Pas exactement. On retrouve les murs ornés de bandes rouges (motif très à la mode sous la Révolution) et cette moquette à qui on aurait bien dit définitivement adieu. Si les changements ne sont pas flagrants en apparence, il y a pourtant de nombreuses petites choses qui frappent les visiteurs avertis, et qui sont pour la plupart les bienvenues. Une fois l’escalier franchi et avant de pénétrer dans la première salle, un plan de Paris (plan de Verniquet de 1791) nous présente les hauts lieux de la Révolution française, de manière à situer très rapidement les événements qui seront évoqués dans les salles suivantes. L’autre nouveauté qui interpelle est l’accent qui a été mis sur la médiation. Les panneaux de salles sont désormais en français et en anglais, mais le principal changement réside du côté des bornes vidéo installées dans les salles, présentant des entretiens avec historiens, conservateurs et universitaires pour offrir aux visiteurs un regard aussi large que possible sur la Révolution. Ces bornes, bien que massives et au volume très faible ont le mérite d’apporter une approche pédagogique et vivante pour aborder de nombreuses thématiques clefs de cette période. L’application mobile (gratuite) se révèle être une excellente alternative comme guide de visite, et propose en plus d’un plan interactif des salles, de nombreuses informations à travers les 18 œuvres emblématiques du parcours, ainsi que des visuels d’oeuvres conservées dans les réserves du musée (un très bon point).

La longue fermeture de ces salles a surtout permis aux équipes du musée Carnavalet de mener à bien les opérations de conservation préventive et de restauration des œuvres. De nombreuses estampes sont sorties des réserves et sont désormais exposées aux visiteurs, bénéficiant d’un éclairage qui n’est pas nocif pour leur conservation. Les habitués des lieux constateront également un réaccrochage sur l’ensemble des salles : la toile de Charles Thévenin, La fête de la Fédération, le 14 juillet 1790, au Champ-de-Mars bénéficie d’une meilleure mise en valeur, dans l’axe du poêle en forme de Bastille, comme si l’œuvre faisait écho au monument pris un an avant cette commémoration, union nationale pour certains historiens, véritable démonstration militaire pour d’autres. Dernière nouveauté et pas des moindres puisqu’une salle est entièrement consacrée à de nouvelles acquisitions, qui ne présente cette fois non plus des œuvres élaborées sous la Révolution française, mais qui illustrèrent cette période au début du XXIe siècle. Il s’agit des toiles ayant servi de décors au film L’Anglaise et le Duc d’Éric Rohmer, adapté des mémoires de Grace Eliott. Elles sont accompagnées d’un film illustrant la prouesse technologique de ce long métrage, dont la force est l’immersion dans le Paris révolutionnaire grâce aux technologies qui permirent l’incrustation des acteurs dans ces décors peints.

Si la réouverture de ces salles n’apportent pas de grande « révolution », elle a le mérite d’inclure tout un lot de petites nouveautés qui sont les bienvenues comme l’effort sur la médiation pour une période si complexe, ainsi qu’un réaccrochage qui met en valeur les plus grandes œuvres sans mettre de côté les objets d’arts qui sont désormais présentés d’une manière plus claire et organisée. Un excellent prétexte pour retourner au musée Carnavalet et redécouvrir l’histoire de Paris à travers des collections riches au sein d’un lieu baigné d’histoire, dans le musée parisien où il est peut-être le plus facile de se perdre aujourd’hui… sans jamais s’en plaindre.


Interview de Marie-Laure Deschamps, conservatrice au Musée Carnavalet

Après de mois de fermeture, réouverture des salles, quels sont les changements ? 

Nous en avons profité pour faire un point sur la conservation préventive des œuvres, un bilan sanitaire. Nous avons regardé chaque œuvre avec plusieurs restauratrices, et l’on s’est très vite rendues compte qu’il y avait beaucoup d’objets en mauvais état qui ont été rangés, restaurés. Vous avez ici l’échelle de corde qui a servi au chevalier de Latude pour s’échapper de la Bastille. Cette échelle, qui était en très mauvais état, a été restaurée, chaque barreau a été consolidé, les éléments textiles qui se décomposaient ont été restaurés. Chaque œuvre a été nettoyée, comme les lames de sabres, les insignes, toiles, cadres : un grand point de conservation préventive. Les objets n’avaient pas été aussi bien mis en valeurs depuis 1989, les collections étaient auparavant exposées au sein de l’hôtel Carnavalet. Autre point très important, la pédagogie, c’est une petite révolution à Carnavalet : nous avons à l’entrée un plan affichant les hauts lieux de la Révolution française à Paris, des entretiens filmés avec des historiens et des conservateurs que l’on peut voir sur des bornes vidéo parsemées à travers les salles, ce qui peut permettre différents points de vue, différentes approches sur cette histoire dont nous avons du mal à avoir du recul encore aujourd’hui.

Justement puisque nous parlons médiation, comment parler aux visiteurs d’une période historique si trouble qu’est la Révolution française, comment garder un regard objectif ? 
C’est très difficile. On sent que le sujet est délicat… Il faut trouver un juste milieu qui ne défende ni trop la monarchie, ni trop les révolutionnaires, il faut dire que la Révolution n’est jamais stable, il y a eu des hauts, des bas, des moments pleins de bonnes attentions et certains où nous sommes allés peut-être trop loin…

Conservation préventive, travail sur la médiation : et un réaccrochage ? 
Oui voici le troisième point. Certaines œuvres ont été déplacées, l’œuvre de Charles Thévenin, La fête de la Fédération, le 14 juillet 1790, au Champ-de-Mars a été déplacée et est désormais beaucoup mieux mis en valeur, les tableaux sont les mêmes, mais ont été placés différemment. Nous avons sorti beaucoup de gravures, beaucoup d’objets, mais peu de changement au niveau du mobilier.

Il me semble que vous n’évoquez pas les Massacres de Septembre dans ces salles de la Révolution française … 
Exactement, vous avez l’œil ! Mais nous avons cette pièce où l’histoire de la famille royale est évoquée dans son séjour au temple, nous tenons à la garder, c’est un reliquaire dédié à la famille royale. Énormément de visiteurs vont voir cette chambre du Temple et tous les souvenirs qui sont autour.

Mais est-ce un pèlerinage ? 
Je crois que dans notre pays, Louis XVI et Marie Antoinette n’ont pas une bonne réputation, mais à l’étranger, Marie-Antoinette est une véritable héroïne. J’ai convoyé une exposition sur Marie-Antoinette au Japon, un manga célèbre sur la reine a même été édité là-bas. J’ai présenté cela à une assemblée de Japonais, et ce phénomène est très émouvant, on observe un grand respect vis-à-vis de la reine au Japon.

Puisque vous évoquez tous ces objets, peut-on parler d’un art révolutionnaire ?
Au niveau de l’art populaire, peut-être plus, en témoignent les céramiques, de nombreux objets comme les paravents, tous dans leur iconographie sont imprégnés de la Révolution, mais de là à parler d’art révolutionnaire, cela me semble difficile.

Petite surprise, nous nous attendions à voir plus d’estampes ou de fac-similés de journaux de l’époque, n’aurait-il pas été plus judicieux d’installer des bornes interactives comprenant des catalogues virtuels pour ces supports ?  
Cela pourrait se faire, il faut dire que les moyens étaient malheureusement limités.

Selon vous, qu’est-ce qui manque aux salles de la Révolution française ? Sérieusement… la baignoire de Marat du musée Grévin ne serait-elle pas mieux dans votre musée ?

Peut-être ! *rires*


Nicolas Alpach

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