New Frontier IV : fastes et fragments – Aux origines de la nature morte américaine

Depuis quatre années, le musée du Louvre organise avec des institutions américaines (Terra Foundation for American Art, High Museum of Art et le Crystal Bridges Museum of American Art) une série d’expositions « New Frontier : l’art américain entre au Louvre », permettant au public français de découvrir l’art américain des XVIIIe et XIXe siècles. Trop peu représenté en France, l’art américain est donc mis en avant chaque année au fin fond de la Grande Galerie.

Suivant un schéma relativement académique, donc français, les quatre expositions ont mis en lumière le paysage, puis les scènes de genre et le portrait. La dernière exposition qui se tient au Louvre porte sur la nature morte. Genre en essor au XVIIe siècle en France et dans la peinture flamande, ses origines sont cependant à chercher au XVIe siècle. Par définition sans vie, on peut en avoir peur : le manque de vie et de narration mais aussi la symbolique qu’elle  peut avoir paraît souvent trop subtile pour notre XXIe siècle.

Dix tableaux sont présentés non pas chronologiquement, ni par taille ou par foyer régional puisqu’un Chardin s’est glissé au milieu des toiles américaines ; ce même Chardin qui a relevé le statut de la nature morte en plein XVIIIe siècle, comme pour montrer l’importance qu’il eut dans ce développement un peu tardif de la nature morte aux États-Unis. Développement tardif oui mais dans un siècle où la peinture s’est comme libérée du carcan académique. De fait, les natures mortes présentées ont toutes un accent symbolique, humoristique ou exotique pour des Occidentaux.

Une nature morte est en apparence banale, celle de William Sidney Mount, Pomme sur des pichets en étain (1864, Terra Foundation). Enlevée de son contexte historique, on pourrait la rapprocher d’une Nature morte aux pommes de Cézanne (1890), et où l’attention n’a guère été portée à la symbolique. Mais la comparaison n’est pas pertinente pas dès l’instant où l’on accorde une portée symbolique à l’œuvre américaine. Pourquoi deux pommes auraient-elles besoin d’être mises sur des écuelles et surélevées ainsi comme sur des podiums ? En 1864, les États-Unis sont en pleine guerre de Sécession et l’on a voulu voir dans les écuelles, celles des soldats, et dans la marque de la pomme du premier plan, l’éraflure d’un coup reçu. Plus fort encore, elle est le fruit le plus cultivé du pays et par conséquent son symbole.

Une une autre morte non plus avec des allégories de la Vanité, mais un buste de Dante, dans l’œuvre de William Michael Harnett, Still Life with the Bust of Dante, 1883. La référence à la nature morte du XVIIe siècle est indéniable : objets inanimés posés ici et là autour d’un cadrage serré. Les objets semblent à la fois unifiés en bloc car rassemblés, mais en même temps, tous ont été posés au hasard pour ne pas dire balancés. Le mobilier est inspiré du Moyen Âge : la charnière de l’armoire, le tissu aux motifs orientaux mais aussi le casque d’acier ; tout semble nous poser dans une nature morte dans la maison florentine d’un Dante du XIVe siècle.

Oui, les États-Unis accusent d’un certain retard. Deux siècles séparent la nature morte en tant que spécialité française et hollandaise, de l’adaptation du genre par les artistes américains. Néanmoins, la nature morte au XIXe siècle est truculente, jouant avec des symboles actuels, références historiques… Vous avez jusqu’au 27 avril 2015 pour découvrir ces natures mortes telles qu’on ne les faisait probablement pas en France, au XIXe siècle.

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Damien

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