[Lieux inexplorés du Louvre] Le fronton du palais des Tuileries

Le XVIIe siècle fait davantage parler de lui pour ses peintures que pour ses sculptures. Ses artistes demeurent relativement peu connus à côté de noms tels que Simon Vouet, Nicolas Poussin ou encore Charles Le Brun. Et pourtant, le musée du Louvre a bien son département de sculptures. Et c’est précisément de sculptures dont nous allons parler aujourd’hui. Cela étant, celles-ci se trouvent un peu excavées des salles puisqu’elles se trouvent hors du musée à proprement parler, dans le Carrousel du Louvre, à un endroit où les visiteurs n’ont aucun intérêt à passer sinon à prendre une sortie qui amène dans le jardin des Tuileries. Elles sont malheureusement oubliées et leur état fragmentaire « justifie » que certains n’y prêtent même pas attention. 

Hall du Carrousel du Louvre où sont exposées les sculptures sur un fronton reconstitué. © Damien Tellas
Hall du Carrousel du Louvre où sont exposées les sculptures sur un fronton reconstitué. © Damien Tellas

Le titre vous aura mis sur la piste : ces sculptures sont les vestiges du grand pavillon du palais des Tuileries ; projet dont les historiens de l’art du XVIe au XIXe siècle ont forcément eu à étudier. Sa construction débute par Catherine de Médicis en 1564, largement reprise par Louis XIV, et évolue jusqu’au XIXe siècle, un peu avant sa destruction. Les Tuileries étaient la résidence des plus grands noms de France d’Henri IV à Napoléon Ier et bien après. Il fut incendié lors de la Commune de Paris, en 1871 et détruit en 1883. Le pavillon qui nous intéresse est un pendant au pavillon de l’Horloge du palais du Louvre (par Jacques Lemercier).

Le pavillon des Tuileries est coiffé d’un fronton lequel est surmonté de figures allégoriques sculptées qui sont conservées dans notre si grand musée. Elles étaient à l’origine sur (et non dans) le fronton du pavillon central. Les sujets sont allégoriques : de bonnes allégories aux qualités ineffables censées représenter la personne qui habite le lieu. Couchées sur les pentes du fronton : la Valeur et la Prudence, reconnaissables à leurs attributs respectifs, un casque, un bouclier et une égide pour l’une, un miroir autour duquel est entouré un serpent. De part et d’autre, le Conseil (tenant un livre) et la Religion voilée. En réalité, la configuration actuelle de figures n’est pas conforme au fronton des Tuileries. Elles constituent des vestiges des frontons est (sur cour) et ouest (sur jardin). Les trois sculptures de gauche viennent du fronton est et les trois autres du fronton ouest. Tout en respectant un hiérarchie : les allégories allongées sur les frontons sont les plus importantes ; les sculptures debout étant « secondaires ». On remarque tout de même une classification de ces mêmes allégories entre les deux frontons. Certaines évoquent le guerrier qui sommeille en la personne du roi, sur le fronton est : le Conseil, la Valeur, la Prudence, mais aussi d’autres absentes comme la Constance, la Vigilance, la Magnanimité… D’autres représentant davantage le roi souverain et garant de l’ordre de son royaume, sur le fronton ouest : la Religion, la Sincérité, la Justice, la Piété, la Clémence, la Concorde, etc.

De gauche à droite : La Religion (Philippe de Buyster), La Sincérité (attr. à Louis Larembert) et Le Conseil (Thibault Poissant). © Damien Tellas.
De gauche à droite : La Religion (Philippe de Buyster), La Sincérité (attr. à Louis Larembert) et Le Conseil (Thibault Poissant). © Damien Tellas.

La réalisation de ces sculptures (entre 1666 et 1668) est assez surprenante. Plusieurs sculpteurs ont contribué à leur réalisation. Pourtant, le groupe de figures se présente de façon assez unifiée et l’on ne devine pas forcément qu’elles sont d’artistes différents. D’autant plus que leur cohérence autant thématique que stylistique témoigne sans doute d’une étroite collaboration entre les sculpteurs que sont Michel De La Perdrix, Louis Lerambert ou bien Thibaut Poissant. Sur une mode antique, elles sont toutes drapées dans des tuniques, aux déhanchements plutôt forcés, adoptant un curieux profil à la grec.

Palais des Tuileries, pavillon de l’horloge, état en 1871, façade est, côté cour. À droite : reconstitution de cette même vue.
À gauche : palais des Tuileries, pavillon de l’horloge, état en 1871, façade est, côté cour. À droite : reconstitution de cette même vue.

On remerciera au XIXe siècle l’invention de la photographie pour avoir des témoins aussi précis et précieux sur l’état des Tuileries que ce soit avant 1871 ou après sa démolition en 1883. Et alors qu’on ne savait pas encore s’il fallait se servir des ruines pour reconstruire ou démolir, on finit par démolir le palais. Fort heureusement, de nombreux vestiges sont disséminées un peu partout. Ces sculptures, mais aussi des arches comme celles dans la cour Marly, dans le square George Cain (derrière le musée Carnavalet)…

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Damien

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