Les 36 vues de la Tour Eiffel

tour eiffel construction
Le Chantier de la Tour Eiffel Henri Rivière (1864-1951), 1902. Lithographie en 5 couleurs, 170 x 200 mm BnF, département des Estampes et de la Photographie, DC-422-FOL © ADAGP 2009, pour l’œuvre d’Henri Rivière

 

Un double hommage. A travers ces trente-six planches réalisées et lithographiées en cinq tons entre 1888 et 1902, Henri Rivière comptait bien rendre hommage à la Dame de fer qui s’élevait sous ses yeux au cœur de la capitale, et aux trente-six vues du Mont Fuji d’Hokusai. Si les montagnes d’arbres et la brune japonaise laissent place aux immeubles et fumées des cheminées, le rapprochement est saisissant et difficile de ne se laisser emporter par ces vues si familières mais aux accents si lointains.

Dans le dernier quart du XIXe siècle, le japonisme est bel et bien installé en Europe, et plus que jamais les peintres mais aussi les musiciens s’inspirent de cette esthétique venue de l’Extrême-Orient, pour développer un style nouveau, empreint de l’art de Hokusai, Hiroshige et Utamaro. Henri Rivière (créateur du théâtre d’ombres dont nous parlions ici) ne reprend pas ici seulement l’esthétique des estampes de Hokusai, il reprend le principe d’une série comportant le même motif et c’est véritablement ce qui donne une vraie force à cet hommage rendu au maître de l’estampe décédé en 1849. Dans La Tour en construction, vue du Trocadéro (ci-dessus), Rivière présente un cadrage audacieux où toute la partie inférieure gauche de la planche abrite un parapluie, quelques silhouettes se détachent d’une mer de neige blanche qui dessine les traces de pas des passants qui avancent péniblement par ce temps hivernal. Cette esthétique aussi sobre qu’élégante et ce cadrage si particulier attestent de cette longue observation de Hokusai, et confèrent au fil de la contemplation des planches, une véritable personnalité à cette Tour Eiffel qui n’a pas encore tout d’une grande.

Dans Rue Beethoven, toute la partie supérieure au premier étage se trouve hors champ et l’œuvre de Gustave Eiffel apparaît alors comme gigantesque, et semble enjamber sans mal les bâtiments se trouvant au premier plan. Tandis que depuis Le Boulevard de Clichy, son sommet dépasse péniblement des toits en zinc parisiens, qui accueillent malgré tout ce nouvel arrivant dans le paysage urbain. L’artiste prend des libertés par rapport au « vieux fou de la peinture », et n’hésite pas à se glisser sous les jupons de cette Dame de fer pour représenter de près ses poutres et ses ouvriers à l’œuvre, de l’intérieur. Trente-six vues qui installent véritablement la Tour Eiffel dans le paysage parisien, à l’heure où les contestations face à cette architecture de fer monumentale étaient encore nombreuses. Trente-six hommages rendus à cet édifice qui semble déjà avoir gagné la place qu’il mérite à Paris aux yeux d’Henri Rivière, en témoigne La Fête de la Seine le 14 Juillet, où rayonne la Tour Eiffel qui étincelle de mille feux… pour de nombreuses années encore.

Et joyeuses fêtes à tous !


Nicolas

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