Le 18e aux sources du design à Versailles

« Le meuble porte ses bijoux, ses broches et ses parures. »

À Versailles est présentée jusqu’au 22 février 2015, une exposition sur le mobilier (meuble et fauteuils essentiellement) des années 1650 à la Révolution. Elle veut, par les chefs-d’œuvre qu’elle rassemble, certainement redonner au public le goût pour le mobilier en montrant son évolution, mais aussi ses techniques, ses artistes, sa richesse… Titre trompeur voire un peu joueur qui a été choisi pour cette exposition. Elle est « aux sources du design », mot choisi car il a été utilisé dès 1712, bien qu’il ait pour nous, une toute autre signification. 

Commode, André-Charles Boulle (1642-1732), Paris, 1708. Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon © Château de Versailles, Dist RMN-Grand Palais / Christophe Fouin
Commode, André-Charles Boulle (1642-1732), Paris, 1708. Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon
© Château de Versailles, Dist RMN-Grand Palais / Christophe Fouin

Cette impression d’exposition aux bornes chronologiques larges est quelque peu confortée par la scénographie qui plonge le visiteur dans un univers bien contemporain. L’escalier d’entrée est revêtu de panneaux blancs façonnés par des lignes sinueuses, et les couleurs exclusives de l’exposition : blanc et gris. Un triste gris qui, même s’il contraste bien avec le brun d’un meuble, est assez affreux. Bien qu’il eut été volontaire de cacher le décor habituel de ces meubles, on aurait très bien pu ne pas cacher les plafonds versaillais ainsi que son célèbre parquet. Mais non, il semblerait qu’il soit question de placer ces XVIIe et XVIIIe siècles dans une période contemporaine et non pas dans un passé lointain. Ce, pour proposer de montrer comment le mobilier a évolué, de la ligne légèrement courbée de Louis XIV, à la courbe de Louis XV, pour finir avec la droiture de Louis XVI. Cette évolution est censée aboutir sur l’idée du design. Un mot qui a lui aussi été manipulé car, même s’il apparaît dès 1712, il a une signification tout autre pour nous et paraît un peu anachronique pour l’époque. Ambiguité.

Ce genre d’exposition n’a rien de bien fabuleux, nous en avons un peu l’habitude, n’en témoigne la récente ouverture des Objets d’arts du Louvre qui a été montrée plus comme une exposition. La « nouveauté », pourrait-on dire, réside en fait dans les pièces exposées (venues du Louvre, Orsay, des Arts décoratifs, et même du Getty et de collections privées) ou pour certaines, exposées pour la première fois. Et il est vrai que les pièces sont d’une qualité extrême de la Commode de Louis XIV à Trianon (positionnée sur une plaque tournante pour en apprécier le moindre détail) au célébrissime et malicieux bureau de Louis XV.

Du cabinet d’ébène à la fin du règne de Louis XIV

Dans la France du XVIIe siècle, le mobilier se transforme profondément. L’ébéniste est reconnu pour son travail, et on voit aussi l’arrivée de bois exotiques (l’ébène). Ce parallèle donne « naissance » aux cabinets d’ébène. Même s’ils ont encore l’apparence un peu massive d’un meuble de la Renaissance, en s’approchant, on ne peut que se rendre compte du travail inouï. Eh oui, ce sont des meubles d’apparat assez codifiés, qui retrouvent souvent la même structure et laissant apparaître à l’intérieur un décor qui demande l’intervention de plusieurs corps de métier. Cette forme se perd progressivement – il reste assez peu de cabinets d’ébène – au profil d’un meuble encore plus massif et encore plus riches de matériaux : figures de bronze, petites huiles sur toile, marqueterie…

C’est surtout sous le règne de Louis XIV que naissent des formes qui sont essentielles dans notre quotidien : le bureau, la commode ; en partie grâce aux artistes que sont André-Charles Boulle ou Pierre Gole qui ont excellé autant dans la création de mobilier, que dans leur décoration avec cette marqueterie… Aussi surprenant que cela puisse paraître, le bois est découpé pour être inséré dans d’autre plaques de bois destinées à devenir meuble. Cela peut paraître benêt à dire, mais il n’y a qu’à apprécier les images, qui sont parfois faites d’un dessin extrêmement précis et minutieux. Le tout, fait de courbes aux apparences solennelles.

Le style Régence et le style Louis XV (1715-1730 – 1730-1750)

Il est intéressant de noter que, comme en peinture, l’arrivée d’un nouveau roi au pouvoir transforme la vie artistique. L’idée du classicisme, de la rocaille et du néoclassicisme est grosso modo valable pour le mobilier. Après le style Louis XIV, on distingue un style Régence, celui du règne de Philippe d’Orléans (1715-1723), qui acquiert en souplesse et lyrisme. D’une certaine façon, il prépare le style Louis XV « rococo ».

On aime ou n’aime pas, c’est une question de goût. Il y a quelques années, je trouvais ce style grandement pompeux et « too much ». Puis, j’ai appris à l’aimer. Parfois, c’est très chargé. D’autres fois, il peut être fait avec goût et mesure. Le meuble Louis XV se distingue assez facilement. L’ornementation frivole, les courbes et contre-courbes à répétition, l’opulence des sculptures, la richesse des coloris : c’est un peu l’idée que l’on se fait d’une poésie ou d’un tableau de Boucher. La fameuse courbe dont il était question pour le style Louis XIV est encore plus galbée, plus élégante. Bien que ce style ait duré plusieurs décennies, il continue à se transformer à la moitié du XVIIIe siècle.

Le style grec et le style Louis XVI (1755 à 1775 – 1775 à 1795)

Les découvertes de Pompéi et Herculanum ainsi que le Grand Tour de Marigny (le frère de la marquise de Pompadour) ont largement permis la diffusion d’un style revenant une nouvelle fois aux formes antiques de la Rome antique, pures, simples, dictées par la géométrie et l’harmonie. Encore imprégné par le style grec mais beaucoup plus doux et assagi, faisant appel davantage à la flore, à l’ornementation ; et fait aussi des références à l’Orient.

Une histoire du meuble de 1650 à 1790

En 140 années, le mobilier a considérablement évolué : dans ses formes, dans sa décoration, dans le statut même de l’artiste ou de l’artisan. À chaque style, on a cherché à aller plus loin. Puis, progressivement les formes se sont assagies. Tellement, que sous l’Empire, le mobilier se fait encore plus sobre, lignes droites et la ligne courbe des styles passés s’efface. Bien entendu, cette exposition donnera un aperçu du mobilier sur deux siècles, à travers les chefs-d’œuvre incontournables. Mais aussi, elle permet de prendre conscience du travail colossal qu’est la création d’un meuble. Autant de corps de métiers qui peuvent intervenir dans une commode : ébéniste, marqueteur, ciseleur, doreur, marbrier, bronzier, et j’en passe… Même si je ne suis pas convaincu par cette ambiance grise et froide, elle permet surtout de se rendre compte que, détaché de son décor d’origine, un meuble doit être apprécié pour ce qu’il est.

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Damien

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