Voyager au Moyen Âge, au musée de Cluny

Au musée de Cluny, l’heure est au voyage. Pas question de partir à l’autre bout du monde et de chercher les destinations les plus exotiques, un bond de quelques siècles en arrière suffira à vous dépayser à travers une exposition qui présente jusqu’au 23 février 2015, le voyage au Moyen Âge. Des villages médiévaux aux confins de l’Europe en passant par les routes médiévales, le Musée national du Moyen Âge s’intéresse à ces nombreux voyages qui animaient les populations de l’époque, et l’on se rend compte très vite que l’appel au voyage pouvait avoir plusieurs aspects, aussi bien sacrés que périlleux.

Découvrir l’exposition, c’est aussi redécouvrir le frigidarium du musée de Cluny, magnifié pour l’occasion. Fermé de nombreux mois, on ne boude pas son plaisir à découvrir ces anciens termes gallo-romains plongés dans une quasi obscurité, qui abritent les œuvres et objets présentés le temps de l’exposition. La scénographie pour cela est parfaite et s’adapte parfaitement au lieu qui pouvait présenter une contrainte à première vue. Le frigidarium est en effet un espace unifié et à moins de cloisonner les différentes parties de l’exposition, il était risqué de présenter les nombreux thèmes au sein d’une seule et même salle. C’est pourtant le pari qui est pris par les scénographes : tout est présenté dans un même espace et pas une seule fois la confusion ne se fait ressentir pendant la visite. Le faible éclairage laisse les œuvres et objets se dessiner au fur et à mesure que l’on approche, si bien qu’elles se laissent admirer une fois la proximité établie avec le visiteur. Ce faible éclairage n’entrave en rien la visibilité et l’appréciation des pièces présentées, chacune bénéficie d’un éclairage individuel suffisamment bien conçu pour que l’on puisse admirer chaque détail. Une grande réussite, qui confère en plus de cela une grande élégance et un certain aspect mystique au lieu.

Voyager au Moyen Âge est le fruit de la première collaboration du réseau des musées d’art médiéval, comprenant le Museo del Bargello (Florence), le Museu Episcopal (Vic), le Museum Schüntgen (Cologne) et le musée de Cluny à Paris. Une collaboration qui permet au musée parisien de nous proposer de nombreuses œuvres exposées à l’étranger habituellement : plus de 160. C’est à travers ce nombre d’œuvres conséquent que le public pourra découvrir une face du voyage au Moyen Âge, à travers son témoignage matériel. Principal axe de visite, il cherche à mettre en lumière ces pièces qui illustrent le chemin parcouru par toutes les populations de l’époque, aussi bien riches que misérables. L’accent n’est alors pas mis sur ces villages et villes qui constituaient un point de départ ou d’arrivée, mais bien sur ces voyages parfois périlleux auxquels se livraient les voyageurs. On pense généralement que les populations médiévales sortaient rarement de leur bourgades, nombreux furent pourtant ceux à quitter la ville parfois au péril de leur vie, pour chercher l’enrichissement, de nouveaux modèles à peindre, le salut de l’âme, ou encore le fer à croiser… Ces motivations multiples nous sont présentées à travers l’exposition et à la façon d’un voyage où il est difficile d’établir un parcours précis, le cheminement de la visite est tout sauf linéaire, libre à vous d’organiser votre voyage au Moyen Âge selon vos envies.

Les voyages constituent un grand risque pour celui qu’il l’entreprend. Ce dernier s’expose aux dangers tels que les aléas climatiques, les agressions, la faim, la maladie voire la mort… Ces voyages peuvent être d’une part dus aux nombreux pèlerinages menés à l’époque. Véritable phénomène universel, se développent alors autour de ces pèlerinages de nombreux objets de dévotion portatifs, plaçant le voyageur sous la protection d’un saint et lui permettant de se protéger des dangers surnaturels, à défaut des dangers matériels. Parmi les nombreux objets liturgiques et précieux exposés, une des pièces les plus remarquables de l’exposition se révèle être le rouleau des morts de Saint-Bénigne de Dijon, datant du milieu du XVe siècle. Lors d’un décès d’un moine, la communauté à laquelle il appartenait envoyait un de ses membres annoncer la nouvelle aux autres établissement avec lesquels il entretenait des relations, afin d’assurer le salut de l’âme du disparu. Ce rouleau nous indique que le porteur voyagea du 4 juin 1439 au 12 août 1441, dans plus de 115 monastères : un témoignage matériel d’une rare précision. Les croisades marquèrent considérablement le Moyen Âge, et constituaient un moteur essentiel dans le déplacement des populations. Néanmoins, si les descriptions de ces évènements sont forts nombreuses, les témoignages matériels eux, sont bien plus rares. Ce qui n’est pas le cas des enseignes de pèlerinage, qui évoquent le lieu saint visité et en plus de faire preuve du voyage, sont de précieuses amulettes qui perpétuent les bienfaits du pèlerinage. Il n’est alors pas étonnant que nombreuses d’entre elles furent enfouies dans les fondations des foyers, ce qui permis la mise au jour de nombreuses d’entre elles bien des années après.

L’exposition frappe par la richesse et la variété des œuvres exposées : des lettres de comptes côtoient des enluminures précieuses, des scelles d’apparat recouvertes d’or et d’ivoire sont exposées à côté de chaussures plus que décrépies, mais qui étaient à la fin du XIIIe siècle un luxe. Moins spirituels que les nombreux objets évoqués auparavant, on trouve entre autres nombreux objets du quotidien médiéval comme des éperons, des chandeliers portatifs, gaines de couteaux, peignes, coffre de jeux ou dans un registre plus monumental, d’importants coffres de voyages gainés de cuir et bardés de fer.

Les échanges commerciaux sont nombreux au Moyen Âge, et ces derniers sont indissociables du voyage comme en attestent les tessères exposées, boîtes à balance et autres coffres destinés à transporter monnaies et documents. Mais les commerçants ne sont pas les seuls à parcourir les routes, et l’artiste lui aussi, voyage afin de perfectionner sa formation et trouver au-delà des frontières de nouveaux modèles, de nouveaux commanditaires. Il est vrai que si les voyages sont bien connus de la vie des artistes, nous possédons essentiellement des sources relatives à leur vie une fois installés, mais pas sur ces voyages mêmes. L’exposition cherche à travers une petite sélection d’œuvres, à nous plonger dans l’intime de l’itinérance de l’artiste, notamment à travers les remarquables dessins anonymes du copiste de Grunewäld, seuls témoignages du voyage de ce brillant artiste.

Au milieu de ces œuvres, les vestiges d’une immense épave n’auront pas échappé aux visiteurs : il s’agit de l’Épave d’Urbieta, prêtée par le Museo de Arqueologia de Bizkaia, et qui est sans conteste la pièce la plus monumentale de l’exposition. Mise au jour en 1998, cette dernière daterait de la fin du XVe siècle, et reste un rare témoin matériel du voyage maritime au Moyen Âge, qui demeurait être le moyen de transport le plus sûr et le plus rapide de l’époque. Des petits reliquaires aux épaves, biens des aspects du voyage médiéval vous seront présentés.

Avec sa dernière exposition temporaire, c’est une nouvelle face du Moyen Âge que nous présente le musée de Cluny. Un Moyen Âge plus intime, qui s’éloigne des tapisseries, vitraux et enluminures que nous admirons habituellement. À travers une sélection d’œuvres aussi riche que remarquable et une scénographie irréprochable, le musée ne nous présente pas uniquement le voyage au Moyen Âge, il vous prend par la main et nous fait prendre part à un voyage fascinant, à travers le temps et les routes de l’Europe médiévale.

Voyager au Moyen Âge
Du 22 Octobre au 23 Février 2015
Musée de Cluny – Musée national du Moyen Âge
6 Place Paul Painlevé 75005 Paris

Nicolas

tweet@

3 réponses sur « Voyager au Moyen Âge, au musée de Cluny »

  1. Votre article m’a donné envie d’être emportée par les voyages au Moyen-Age, le musée de Cluny est un lieu fascinant.
    Bonne continuation.
    Florence

    1. Merci Florence,

      J’espère que cette exposition vous séduira, n’hésitez pas à nous faire part de vos impressions une que vous aurez vu l’exposition. (Oui, le musée de Cluny est un lieu magique!)

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