Frank Gehry au Centre Pompidou, quand un musée expose un (st)architecte

Depuis le 8 octobre, Beaubourg présente une rétrospective dédiée à l’œuvre de Frank Gehry. C’est pour le public l’occasion de découvrir un peu mieux ce que ce géant de l’architecture a apporté depuis maintenant une cinquantaine d’années mais aussi une manière de rendre à celui qui a élevé les musées au rang de chefs-d’œuvre architecturaux, tout l’honneur qu’il mérite.

Il y a quelque chose de déconcertant dans une exposition d’architecture. Les œuvres dont vous parlent les prospectus, explications murales et autres outils de médiation culturelle ne sont évidemment pas là. Seulement les maquettes réalisées pour les projets et présentées par la muséographie vous permettent de vous faire une idée du bâtiment plus ou moins révolutionnaire dont on vous chante les louanges. Il y a d’autres supports visuels, bien sûr, comme des vidéos, des photos des interviews ; mais l’œuvre, la vraie n’est pas là. Dans le cas de Frank Gehry à Pompidou c’est un peu frustrant même si son univers est assez connu, son œuvre est assez illustrée pour se sentir assez proche du message que l’ar(t)chitecte a voulu donner à l’ensemble de ses productions.

Gerhy c’est surtout l’art et la vie. Deux dimensions qui se rencontrent à travers son travail et ne peuvent vivre l’une sans l’autre. Une interaction, une émulation grandissante qui enserre ses œuvres et anoblissent le rôle de l’architecte quitte à stariser monsieur Gehry. On y pénètre bercé par le son agréable de la voix du maître provenant d’une interview télévisée à l’entrée du cocon muséal et continue de nous suivre grâce à la présence d’un autre écran retransmettant un autre entretient au cœur de l’exposition.

Car oui, Frank Gehry a ravivé l’architecture, il a comme redonné vie à un domaine laissé presque pour compte depuis quelques décennies, manquant alors clairement d’esprit novateur. Trop peu de rapprochements avec le monde de l’art ont été fait à Pompidou et c’est pourtant bien dans cette rencontre avec le milieu artistique que Gehry a su trouver le souffle régénérateur de l’architecture contemporaine. Il n’a pourtant cessé de faire de sa collusion avec le domaine artistique un des tenants du renouvellement esthétique qu’il tendait à apporter par ses formes architecturales qui le distinguent tant dans l’urbanisme actuel. Dès son discours d’acceptation au Pritze Prize, il déclarait ainsi : « J’explorais les nouveaux matériaux de construction pour essayer de donner un esprit et un sentiment à la forme. En tentant de trouver l’essence de ma propre expression, je m’imaginais comme un artiste devant sa toile blanche, et qui va décider de ce que sera son premier mouvement. »

De cette citation qui définira l’ensemble de la carrière de Gehry, il faut également extraire une autre matrice particulièrement caractérisante de ses créations. « Donner un esprit et un sentiment à la forme. » Les façades glaciales et tranchant le ciel comme celles du musée Guggenheim à Bilbao ou encore le Walt Disney Concert Hall inspirent plutôt froideur et distanciation au premier coup d’œil mais il faut pourtant déceler dans ces constructions, des formes presque enfantines. À travers ces œuvres aux apparences très impersonnelles se reflète un véritable humanisme avec comme inspiration des éléments de son imaginaire d’enfant tels que des nuages, des têtes de chevaux comme à la DZ Bank de Berlin. Esthétiquement, si Franck Gehry avait été un artiste, il aurait été au croisement entre l’Arte Povera et le minimalisme. Il aurait été sculpteur plutôt que peintre mais poète plutôt qu’écrivain. Ces véritables Œuvres Vivantes Non Identifiées, produits de tous ces carrefours auxquels se place l’univers de Frank Gehry n’ont cessé d’être novatrices, notamment par l’utilisation de matériaux pauvres qu’il a introduit mais aussi des nouvelles technologies de construction.

« Trop de forme et peu de fond » diront les spécialistes d’architecture comme Le Courrier de l’Architecte. Il est vrai qu’on regrette de ne pas avoir pu observer des coupes de maquettes ni d’avoir pu lire des explications sur les théories de constructions de Gehry plus approfondies notamment l’utilisation de matériaux pauvres mais aussi l’avis des utilisateurs de ces bâtiments. Les bâtiments sont peut-être trop présentés comme des oeuvres et pas assez comme des lieux de vie ; mais globalement, l’exposition est très satisfaisante. Il faut d’ailleurs reconnaître au Centre Pompidou une muséographie quasiment parfaite. Elle est à l’image des œuvres présentées et correspond exactement à l’esthétique de l’artiste. Très ingénieuse comme souvent à Beaubourg, précisons alors qu’elle a été réalisée en collaboration avec Frank Gehry Partners : espaces très ouverts, séparés par de simples murs blancs permettant de retracer un parcours à peine cloisonné. Étape par étape, les dessins et autres supports de travail de Gehry nous amènent vers les différents chefs-d’œuvre qui ont rythmé sa carrière. Du Weisman Art Museum à la Cinémathèque française, c’est finalement pour les institutions culturelles qu’il a réalisé ses architectures les plus saisissantes. La reconnaissance par un musée aussi prestigieux que le Centre Pompidou est donc assez légitime. Gehry fait de ces centres d’art des chefs-d’œuvre à part entière, il était temps que son rôle soit reconnu comme tel.

Point d’orgue du parcours, la maquette de la Fondation Louis Vuitton vient rappeler au visiteur l’actualité de l’architecte en évoquant ainsi la prochaine inauguration de ce musée à la fois tant décriée et tant attendue. Il a aidé l’architecture à retrouver la place qu’elle avait longtemps occupée, celle d’un art majeur. Le 20 octobre, ce sera alors un futur lieu essentiel pour la promotion de l’art contemporain qui sera inauguré mais c’est surtout un bijou architectural sous la forme d’un nuage que le public pourra enfin visiter.

CENTRE POMPIDOU
DU 8 OCTOBRE 2014 AU 6 JANVIER 2015
TOUS LES JOURS SAUF LE MARDI, DE 11H À 21H

marine

Marine
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