Paris libéré, Paris photographié, Paris exposé, au musée Carvavalet

La Libération de Paris : L'accueil fait aux soldats, août 1944.
Cohen Robert, Agence Internationale d’Illustration pour la Presse (AGIP) – 25 ao˚t ´ L’accueil fait aux soldatsª Photographie originale : © Rue des Archives/AGIP Reproduction : © MusÈe Carnavalet / Parisienne de photographie

1944-2014 : le 25 août, nous avons célébré les 70 ans de la Libération de Paris, lorsque les alliés pénétrèrent dans la capitale, affichant aux yeux des parisiens et du monde entier, la fin de l’occupation allemande sur la ville lumière. Le musée Carnavalet nous présente jusqu’au 8 février 2015, les dernières heures de l’occupation allemande et les grandes liesses de cette Libération. Revivez à travers plus de 250 photographies ce mois d’août 1944, au sein de cette exposition que sera assurément pour vous, un véritable ascenseur émotionnel.

REVIVRE AOÛT 1944

L’exposition à beau s’appeler « Paris Libéré » il est faux de penser que l’exposition ne couvre que les grandes scènes de joies et le défilé du général de Gaulle. Le musée Carnavalet nous présente cette libération, de la préparation de ce dénouement jusqu’au défilé historique. Pour cela, il faut remonter quelques jours avant le 25 août 1944, et se plonger dans le Paris sous l’occupation allemande. On découvre alors un Paris qui n’est plus vraiment Paris : les drapeaux nazis flottent à tous les coins de rues, les panneaux d’indications affichent une typographie gothique (et sont bien entendu, allemands). La ville s’est également vidée de la plupart de ses habitants, tous partis en exode. Pour nous présenter ces évènements, le musée a réalisé un grand effort de médiation, et au delà des nombreuses photographies présentées, nombreuses vidéos sont parsemées au fil de l’exposition, mais ce n’est pas tout. L’exposition prend le parti pris du parcours chronologique, ce qui à l’avantage de nous présenter les évènements au fil des photos accompagnées de nombreux textes nous faisant revivre ces dernières heures de l’occupation allemande. Notons que les cartels et textes sont présentés en français, anglais et allemands.

« On découvre alors un Paris qui n’est plus vraiment Paris »

En plus de la polyvalence des supports exposés, des informations accompagnant chaque photos et leur contextualisation systématique, chaque photographe exposé bénéficie d’une petite mise en lumière qui nous présente son parcours et son rôle au sein de la Seconde Guerre mondiale : on y retrouve ainsi Doisneau, Henri Cartier-Bresson, Schall… On se sent pris par la main, sans pour autant se sentir systématiquement guidé et matraqué d’informations, un très bon point. J’évoquais dans mon introduction une expression que je trouve très caractéristique de cette exposition, celle « d’ascenseur émotionnel ». Les sentiments se bousculent au sein de l’exposition, et le premier est sans conteste l’étonnement, de trouver en 1944, un Paris métamorphosé. Véritable champ de bataille urbain, les nombreuses photos exposées nous montrent à quel point Paris fut le théâtre de nombreux épisodes violents dont nombreux d’entre nous sont encore loin d’imaginer l’existence, plongés dans notre quotidien pas si éloigné d’un passé marqué par la guerre, la misère, la faim, la mort… Les DCA envahissent les toits du palais Bourbon, les barbelés s’étendent sur les boulevards : Paris n’est plus vraiment la même.

"PASSAGE INTERDIT A TOUTES LES AUTOS MILITAIRES ET CIVILES", UN GENDARMES FRANCAIS ET UN SOLDAT ALLEMAND BARANT LA RUE DE RIVOLI, 1ER ARRONDISSEMENT, PARIS       Libération de Paris. 28 août 1944. "Défense Contre les Avions" américaine, place de Varsovie. Paris (XVIème arr.). Place de Varsovie, D.C.A. américaine, le 28 août 1944.

                     1- Schall Roger « Partie de la Rue de Rivoli Interdite »  ●  2-Séeberger Jean, 28 août 1944, D.C.A. américaine, place de Varsovie

De l’insurrection à la libération

Ce Paris transformé va pourtant abriter les premières grèves, les premières insurrections : les Parisiens s’arment, se préparent. Photos à l’appui, le résistant revêt très vite l’habit du héros armé, ce qui n’était pas toujours le cas, loin de là. L’exposition tend à souligner le fait que certaines photographies au point de vue très étudié n’étaient pas toujours moins conforme à la réalité. Qu’importe, en attendant les alliés, les combats éclatent dans la capitale. Aujourd’hui, les combats font rage au Moyen Orient et à travers le monde, mais en 1944, c’est sous nos fenêtres que la violence meurtrière s’affichait au quotidien. Les résistants s’établissent à travers la capitale, et les femmes ne sont pas en reste, comme en témoigne la poignante vidéo d’Anne Marie Dalmaso, qui en âge d’étudier, court arracher un fusil à un soldat allemand alors que les tirs n’ont toujours pas cessé. Le résistant peut être une femme, tout comme les alliés peuvent être nord-Africains, Espagnols, Argentins : tous participèrent à la Libération, mais tous ne furent pas mis sur le devant de la scène, loin de là. Là encore, l’exposition réhabilite le rôle de ces hommes injustement méconnus, malgré que les photographies soient assez rares. Les Américains avaient la volonté de « blanchir l’armée de la libération » et ce triste souhait se traduit assez facilement à travers les photographies : parmi les photos des soldats de la libération, une seule conservée comporte un soldat américain noir… qui était pourtant loin d’être le seul à être présent pour sauver la France.

« […] en 1944, c’est sous nos fenêtres que la violence meurtrière s’affichait au quotidien. »

Les photographies de la première partie de l’exposition nous montraient un Paris transformé sous l’occupation allemande. Le Paris insurgé se métamorphose lui aussi. Voilà que les barricades s’élèvent à nouveau, mais ces défenses ne sont plus révolutionnaires non, elle se dressent face à l’ennemi, qui occupe pour quelques jours encore la capitale. La stupéfaction est encore au rendez-vous quand on découvre des quartiers si familiers transformés en véritable champs de bataille : les arbres tombent, les pavés s’envolent, et tous les Parisiens, femmes et enfants compris, participent à ces constructions. À côté des photographies prises par les grands reporters, des photographies amateurs sont également exposées. Illustrant des récits de guerres, légendées avec des termes parfois péjoratifs pour désigner les soldats allemands (boche), elles nous offrent une vision peu connue du récit de la Libération de Paris. À l’arrivée de la 2e division blindée, Paris se métamorphose à nouveau. Les drapeaux nazis et bannières allemandes tombent, le drapeau français flotte à nouveau dans le ciel. Les Parisiens, eux aussi, semblent métamorphosés et affichent un sourire et une joie qui semble avoir été enfouie en eux depuis maintenant trop longtemps. La Libération est là. Mais elle arriva au prix de nombreuses vies humaines, ce que nous exposent ce triangle noir présent au cœur de l’exposition, comportant les photos les plus dures de l’exposition.

La Libération de Paris. Une jeune femme prénommée Anita dispense des Soins à un blessé Allemand, le 21 août 1944. Soins aux blessés.       Libération de Paris. 22 ou 23 août 1944. Portrait du F.F.I.Michel Aubry dans la préfecture de police, cour du 19 août 1944 (anciennement cour Chiappe)Paris (IVème arr.). Un Jeune F.F.I. Conducteur de chenillette. Préfecture de Police. le 24 Août 1944.

                            3- Zuber René, Anita d’Almeda, soins aux blessés         4- Séeberger Jean, Portrait du FFI Michel Aubry dans la Préfecture de Police

Viennent ensuite les photos de cette Libération et du célèbre défilé du général de Gaulle. À ces images les plus célèbres, l’exposition nous a présentés depuis la première salle, la succession des évènements qui permirent cette renaissance pour la France. À ne pas manquer, le documentaire La Libération de Paris (1944) réalisé par le Comité de Libération du Cinéma Français, qui nous présente des séquences tournées pendant ce mois d’août 1944, de l’insurrection à la libération. « Paris libéré, Paris photographié, Paris exposé » est une exposition riche, une exposition généreuse qui à travers des centaines de photographies et quelques documentaires projetés, vous offre un panorama complet de ces dernières journées d’occupation allemande au sein de la capitale, et ne laissera personne insensible.

Paris libéré, Paris photographié, Paris exposé
Musée Carnavalet
16 rue Francs-Bourgeois – 75003 Paris
10 h à 18 h (sauf lundi)

Nicolas – Rédacteur en chef
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