Impression, soleil levant : l’histoire vraie du chef-d’œuvre de Claude Monet

Claude Monet, Impression, soleil levant, 1872, Paris, musée Marmottan Monet.
Claude Monet, Impression, soleil levant, 1872, Paris, musée Marmottan Monet.

Claude Monet. Ce nom résonne dans toutes les têtes. Tout le monde le connaît. Il représente même, pour certains non-connaisseurs d’art, LE peintre d’antan. Inspiré par ses prédécesseurs, Delacroix, Turner, Boudin, Jongkind – et donc par ses voyages –, Monet bâtit sa manière de peindre. C’est d’ailleurs par son oeuvre que l’un des courants le plus connu du monde a été inventé : l’impressionnisme. À l’origine de ce mot, une peinture : Impression, soleil levant, qui a été peinte en 1872. Cette œuvre conservée au musée Marmottan-Monet – qui est à l’initiative de l’exposition – est considérée comme la pièce maîtresse de l’impressionnisme, comme un chef-d’œuvre que l’on ne questionne plus. Force est de constater que la toile demeure néanmoins mystérieuse : est-ce vraiment le port du Havre ? Quand a-t-elle été précisément peinte ? Qu’est-elle devenue ? Il s’agit aussi, pour le musée du mobilier Empire, de comprendre pourquoi cette œuvre a-t-elle rejoint ses collections. C’est à l’occasion du 140e anniversaire de la présentation au public de l’œuvre (ce qui nous fait remonter en 1874) que des recherches approfondies ont été menées pour y voir plus clair…

Rencontres, voyages : Monet crée son style

Le début de l’exposition jette l’ancre. Eugène Boudin et Johan Barthold Jongkind : voici les deux peintres qui ont certainement le plus influencé Claude Monet. La suite nous apprend que d’autres peintres ont aussi leur importance dans l’œuvre de Monet : Eugène Delacroix, Gustave Courbet et William Turner. Pour comprendre quand et comment ces peintres ont participé à l’élaboration du style de Monet, l’exposition replace clairement les différentes étapes de la vie du peintre avant la création d’Impression. Les évènements de 1870-1871 ont amené le maître à Londres. Il y rencontre Pissarro et Durand-Ruel – qui fera l’objet d’une autre exposition au musée du Luxembourg – mais surtout, il voit du Turner et ses paysages aux perspectives atmosphériques et parfois à la vue brouillée. Il fit ensuite un détour par les Pays-Bas et rencontre là, les paysages hollandais. En admettant que l’on fusionne un Turner et une peinture de paysage hollandais, nous pouvons aisément comprendre comment s’est bâtie l’œuvre de Monet. Mais ce n’est pas tout ! Il rentre en France et s’installe à Argenteuil en 1871. Bien avant, il a connu les paysages normands de Courbet et de Boudin – les influences de Monet ne s’arrêtent évidemment pas là, les plus pertinentes pour Impression sont donc traitées.

Et l’on comprend mieux la synthèse qui s’est opérée. Il semblerait que, sans volonté de créer ce qui deviendra un chef-d’œuvre (ou du moins une œuvre symbolique), Monet peignit son Impression, soleil levant en 1872. Puis vient la Société anonyme des artistes peintres, sculpteurs et graveurs en 1874. Coopération permettant d’organiser parallèlement au Salon, une exposition des peintures bientôt « impressionnistes », dans l’atelier de Nadar. Voilà l’« impressionnisme » que l’on doit à Louis Leroy, un critique qui a utilisé le titre d’Impression, soleil levant, pour tourner en dérision les artistes et leurs œuvres.

« Impression, j’en étais sûr. Je me disais aussi, puisque je suis impressionné, il doit y avoir de l’impression là-dedans… Et quelle liberté, quelle aisance dans la facture ! Le papier peint à l’état embryonnaire est encore plus fait que cette marine-là… » Louis Leroy, Le Charivari, 25 avril 1874.

Nouvelles recherches : nouvelles données ?

Durant toute cette première partie de l’exposition, je n’ai cessé de me demander quand verrai-je Impression, soleil levant. Comment le musée avait-il choisi de la présenter ? J’imaginais déjà la voir clore l’exposition comme la robe de mariée à la fin d’un défilé de mode, puis non. Elle est présentée avec sa consœur, Le port du Havre, effet de nuit, 1872. Qu’il s’agisse ou non d’un chef-d’œuvre, je regrette que la toile n’ait pas été davantage mise en valeur, d’autant qu’elle intervient à la moitié de l’exposition. D’un autre côté, on peut facilement comprendre ce choix muséographique. L’autre toile : il s’agirait presque d’une version nocturne, qui plus est un prêt exceptionnel.

Quoiqu’il en soit, l’exposition veut nous apprendre de nouvelles informations. Informations issues des recherches menées pour avancer le dossier Impression, soleil levant, dans la mesure où la toile n’était plus vraiment étudiée en profondeur depuis plusieurs décennies. C’est une équipe franco-américaine qui s’est mise au travail. Analyse iconographique (afin d’essayer d’y voir plus clair), étude topographique du port du Havre, n’en témoignent les documents anciens du port qui sont sous vitrines. Analyse météorologique, pour déterminer à quelle période le soleil était visible à tel endroit du port à telle heure de la journée. Et enfin, analyse astronomique, rien que cela. Passons les données techniques ! Il en résulte que l’œuvre aurait donc bien été peinte au lever du soleil. La première « impression ! » avait bien été la bonne. Au terme de l’étude, il semblerait également que le 13 novembre 1872 au petit matin, Impression, soleil levant ait été peinte depuis l’hôtel de l’Amirauté sur le grand quai du Havre. Il est bien rare d’avoir des données aussi précises pour une œuvre, même si l’on peut douter un temps soit peu de leur exactitude. Et la Joconde, elle a été peinte quand ? La suite du parcours présente les œuvres ou plutôt chefs-d’œuvre qui eux, ont créé l’émoi lors de l’exposition de 1874 : Le Boulevard des Capucines, Le Déjeuner

Une toile emblématique est née

Ce qu’il est intéressant de noter, c’est que notre toile n’a pas un succès fulgurant. Achetée 800 Francs en 1874 par Ernest Hoschedé (dont quelques œuvres présentées proviennent de sa collection). Puis par Georges de Bellio, 250 Francs en 1878. Sa valeur commence à baisser. D’ailleurs, lors de la quatrième exposition impressionniste, en 1879, elle passe totalement inaperçue où elle est d’ailleurs présentée comme « Effet de brouillard, impression ». C’est dans la dernière partie de l’exposition que les recherches se précisent. Comment la toile est-elle devenue une œuvre emblématique ? Comment est-elle arrivée à Marmottan-Monet ? Autre preuve de sa non-valeur, pour beaucoup d’évènements organisés à Paris, la toile n’est même pas demandée (on pense à la Centennale du Grand Palais. Aussi, en 1920, la toile vaut 15 000 Francs.

Elle est enfin « reconnue » pour la première fois le 15 avril 1924. À l’occasions de l’étude d’Adolphe Tabarant sur « L’impressionnisme a cinquante ans d’âge », Le Bulletin de la Vie artistique, n° 8, Paris, 15 avril 1924. L’œuvre est illustrée dans un ouvrage pour la première fois, et décrite en tant que telle. Ainsi, passé 1930, sa valeur grimpe à 125 000 Francs. Étonnants d’abord, ces chiffres doivent être comparés avec ceux des œuvres qui ont marqué les visiteurs des expositions impressionnistes et dont les prix sont parfois plus du double… Son histoire a ensuite tenté d’être raccommodée durant la Seconde Guerre mondiale. Avec les collections du Louvre, la toile a été envoyée à Chambord. En attendant, le musée Marmottan Monet est créé en 1938 pour y entreposer les œuvres de Georges de Bellio qui deviennent la propriété de l’Académie des beaux-arts en 1940. Impression, soleil levant s’y trouve et ne quitta plus le musée.


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Damien – Rédacteur
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