Pérugin et son « art cristallin » au musée Jacquemart-André

Le 12 septembre marque pour le Musée Jacquemart-André l’ouverture de sa dernière exposition. Une rétrospective sur un artiste remarquable de la Renaissance italienne du XVe siècle, Le Pérugin. Agréable moment qui permet tantôt de flâner d’une toile à l’autre, tantôt qui demande à réfléchir sur l’impact de ces toiles dans l’histoire de  l’art. En effet, quelques chefs-d’œuvre du peintre sont là, Madones qui ont largement inspiré ses contemporains et successeurs, Raphaël entre autres. Le musée a décidé de le rapprocher du divin Raphaël…

Le Pérugin, La Résurrection, 1496-1500, huile sur bois, 40 x 67 cm, Rouen, Musée des Beaux-Arts. © C.Lancien, C.Loisel / Musées de la ville de Rouen
Le Pérugin, La Résurrection, 1496-1500, huile sur bois, 40 x 67 cm, Rouen, Musée des Beaux-Arts. © C.Lancien, C.Loisel / Musées de la ville de Rouen
De Pérouse à Rome en passant par Florence

Pietro Vannucci (1450-1523), appelé Le Pérugin (Il Perugino) provient de Perugia. Après avoir quitté l’atelier de Piero della Francesca, la vingtaine, il se dirige vers Florence et entre dans l’atelier du sculpteur Andrea del Verrochio. Nous suivons le parcours chronologique qui explique des premières années du Pérugin jusqu’à son ascension auprès des grands noms. De ses premières années florentines, il amène à Pérouse une nouvelle manière de peindre – la maniera dolce (la manière douce) – acquise auprès de grands noms tels que Vinci, Lippi ou Ghirlandaio. Dans les années 1480, choisi par le pape Sixte IV, il brille à la Sixtine avec ses confrères, Botticelli ou encore Ghirlandaio. Dès 1490, il dirige désormais deux ateliers à Florence et Pérouse ; tout en travaillant encore à Rome. Mais il ne s’arrête pas là. Touché par l’art vénitien qu’il rencontre à l’aube du XVIe siècle, Le Pérugin transforme sa manière de peindre en jouant avec la lumière et l’expression des émotions comme le font les Vénitiens.

Le Pérugin, maître du XVe siècle
Le Pérugin, Vierge à l’Enfant, 1500, huile sur bois, 70,2 x 50 cm Washington, National Gallery of Art, Samuel H. Kress Collection © Damien Tellas
Le Pérugin, Vierge à l’Enfant, 1500, huile sur bois, 70,2 x 50 cm
Washington, National Gallery of Art, Samuel H. Kress Collection
© Damien Tellas

On découvre (ou redécouvre) un peintre détaché du gothique international qui puise son inspiration chez les premiers artistes du XVe siècle, et même au-delà, contribuant à cet art qu’est la Renaissance. C’est un peinture qui s’approche des règles classiques, où tout le sujet de la scène est concentré en un seul et unique point – art qui s’éloigne des préceptes de Piero della Francesca où plusieurs sujets pouvaient dicter une même toile. La figure est parfois unique ou l’action est réduite à un moment précis. Aussi, le paysage compte pour Le Pérugin. C’est un paysage qui peut paraître familier et pour cause, il évoque de façon assez évidente ceux de Vinci : paysages mixtes, à la fois rocheux mais aussi composés de végétaux ; qui toutefois n’a pas encore de place éminente dans le tableau. Cela étant, l’antique n’est pas des plus flagrantes chez lui. Toutes ces caractéristiques se retrouvent parfaitement dans ses Madones qu’il n’a cessé de peindre tout au long de sa vie ; comme pour reprendre un motif, l’améliorer encore et toujours et en chercher une forme de finalité. La plus connue est sans conteste celle de Washington. Le paysage en arrière-plan accompagne les deux figures réunies, la douleur intériorisée de la Vierge se ressent à travers son regard qui, baissé vers son fils, connaît la suite des évènements. Les influences gothiques ont été transformées, n’en témoigne le vêtement de Marie, d’époque. Mais pour bien montrer en quoi Le Pérugin est l’héritier du gothique, qui se maintient à Pérouse en son temps, Bartolomeo Caporali est présent dans l’exposition.

Oui mais…
(détail), Bartolomeo Caporali, Vierge à l'Enfant, 1484, Naples.
(détail), Bartolomeo Caporali, Vierge à l’Enfant, 1484, Naples.

Il est communément admis que Raphaël soit sorti de l’atelier du Pérugin. Manuels d’histoire de l’art (et même son enseignement) l’affirment. L’exposition se sert certainement du nom de « Raphaël » pour attirer les visiteurs. Cependant, arrivé à l’avant-dernière salle, on est étonnés de voir le titre de l’exposition muni d’un point d’interrogation en guise de titre pour la salle : Le Pérugin, maître de Raphaël ? Le texte accompagnant nous explique clairement que les historiens de l’art sont divisés sur la question. Raphaël, qui est d’ailleurs assez mal représenté dans la dernière salle, n’intervient que de rares fois où il n’est pas réellement comparé au Pérugin. On confirme seulement les choix esthétiques de maître, inspirés du Pérugin. Même s’il y a matière à Paris pour confronter une Madone de Raphaël et la célébrissime Vierge à l’Enfant de 1500 du Pérugin montrée comme pièce maîtresse de l’exposition.

Musée Jacquemart-André
158, boulevard Haussmann
Paris 75 008
Du lundi au dimanche, de 10h à 18h
Tarifs : 12 € / Réduit : 10 €
Raphaël, Retable de Fano, prédelle représentant des épisodes de la Vie de la Vierge : l’Assomption, 1497, tempera sur bois, 28 x 261 cm (cinq panneaux) Fano, Museo e Pinacoteca civica di Fano © Soprintendenza per i Beni Storici Artistici ed Etnoantropologici delle Marche.
Raphaël, Retable de Fano, prédelle représentant des épisodes de la Vie de la Vierge : l’Assomption, 1497, tempera sur bois, 28 x 261 cm (cinq panneaux) Fano, Museo e Pinacoteca civica di Fano © Soprintendenza per i Beni Storici Artistici ed Etnoantropologici delle Marche.

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