Florence, une cité-État habile en art et en politique

Chaque visiteur de passage à Florence a l’occasion d’admirer la sculpture dont il va être question aujourd’hui. D’une part parce qu’elle est installée sur la place la plus connue de la ville, d’autre part, car la violence qui en émane et sa riche iconographie subjuguent même les néophytes en art. Vous l’aurez deviné, ce bronze étincelant, merveille de cruauté, n’est autre que le Persée de Benvenuto Cellini (1500-1571).

persée
Persée tenant la tête de Méduse, Bronze, 519cm, 1545-1555, Florence.

Un livre entier ne suffirait pas à évoquer l’ensemble des aspects de cette sculpture, c’est pourquoi j’ai fait le choix délibéré de ne m’intéresser qu’à son histoire et ses liens avec le pouvoir. Pour une analyse proprement artistique, je vous invite à lire des articles écrits par des meilleurs spécialistes que moi.
C’est le 27 avril 1554, après neuf années de labeur, que Benvenuto Cellini (1500-1571) inaugure sa statue en bronze figurant Persée que le grand duc Cosimo Ier de Médicis (1519-1574) lui a commandé. Sous l’arc oriental de la Loggia dei Lanzi, tourné vers le Palazzo Vecchio et sur la Place de la Seigneurie, le bronze s’impose comme un pendant à la Judith de Donatello (réalisée en entre 1437 et 1457, elle aussi en bronze et représentant l’assassinat du général assyrien Holopherne par Judith). Cette deuxième se trouve à l’intérieur du Palazzo Vecchio, vous pouvez y voir une réplique sur l’illustre place florentine.
Symbole du pouvoir absolu et autoritaire de Cosimo Ier, le Persée se veut en rupture avec l’expérience républicaine qu’a connue Florence. La grandeur du Persée décapitant Méduse, apportant sur terre l’ordre et la justice, apparait comme une métaphore de la dynastie des Médicis ainsi qu’un avertissement à qui voudrait s’y opposer.
Pour rappel, la légende veut que Méduse soit une des fameuses Gorgones (avec Euryale et Sthéno), les trois sœurs monstrueuses qui vivaient dans le Royaume de la Nuit, au bord de l’Océan. Méduse, la seule des trois gorgones à être mortelle, disposait d’un regard pouvant pétrifier tout mortel qui la regarde. Les versions de sa mort par Persée divergent. Selon certains, en regardant son image reflétée dans le bouclier reluisant d’Athéna remis à Persée, elle se serait elle-même pétrifiée. Pour d’autres, la légende voudrait que Persée la prenne par le cou à un moment où elle avait les yeux fermés. Dans les deux situations, Persée est victorieux et réussit à la décapiter puis à s’échapper de son lugubre royaume avec sa tête dans sa besace.

persée celliniAinsi, on peut dire que Cosimo Ier, dirigeant particulièrement brillant, attribuait à l’art, aux images et à la métaphore un rôle particulièrement important dans sa politique. Durant son règne, il va s’efforcer de promouvoir des chantiers qui modifieront l’apparence de Florence et rejailliront positivement sur son gouvernement alors considéré comme « sage et éclairé ». La ville lui doit nombre de ses monuments les plus prestigieux : les Offices, le jardin de Boboli, le corridor de Vasari…
Persée n’est ainsi qu’une commande parmi d’autres, mais quelle commande ! D’une hauteur de près de 5,9 mètres et d’un poids de 25 quintaux, le Persée est d’une puissance semblable à celle déployée par Cosimo Ier en politique (ce dernier fera plier la cité-État de Sienne un an après l’inauguration de la statue). Avec l’installation du Persée, Cosimo Ier fait de la loggia, à la fois un lieu d’exposition au sens propre mais aussi une célébration du pouvoir des Médicis.
Toujours est-il que glorifier les Médicis a un prix ! Les motifs qui mettent fin à la relation entre Cellini et le duc sont mal connus. On suppose que Benvenuto Cellini ait réclamé dix milles ducats à Cosimo Ier, ce dernier lui aurait répliqué que « la ville et ses grands palais se font avec dix milles ducats ! ». L’artiste n’insista pas, il écrivit de nombreuses lettres dans lesquelles il ne cache pas sa douleur suite à cet imbroglio. Son activité future sera en partie contrastée du fait de projets restés partiellement bloqués, surtout dans la deuxième moitié du siècle, quand s’affirment les sculpteurs Baccio Bandinelli et Bartolomeo Ammannati. D’ailleurs ce dernier aura raison de Cellini en remportant le concours pour la création de la statue de Neptune qui orne la fontaine du même nom sur la Place de la Seigneurie.

À Florence, durant la Renaissance, les artistes défilent mais restent toujours au service des grandes familles florentines dont la première d’entre elles, les Médicis, les utilisent habilement en politique.

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