Le musée du Louvre, un jour de fermeture

Parcourir le Louvre un jour de fermeture, c’est un peu le fantasme de tout amateur de musée qui se respecte. Cela tombe bien, nous avons pu le réaliser et ce au sein des lieux les plus fréquentés du plus grand musée du monde : la salle Daru, la Grande Galerie ainsi que la salle de la Joconde. L’occasion pour nous de voir le Louvre sous un nouveau jour, et d’approcher les œuvres d’une façon totalement nouvelle. Impressions.

Tableauscopie, la chronique culturelle diffusée sur France Info, cela vous parle ? Il s’agit d’une courte émission recueillant le propos de visiteurs des musées devant une toile, de façon totalement spontanée. S’ils sont les yeux, vous êtes les oreilles et ce n’est qu’au terme de l’émission que vous sera divulgué le titre de l’œuvre, à moins que vous ne l’ayez déjà trouvé par vous même auparavant. Tout l’été, l’émission pose ses bagages au Louvre et propose quotidiennement une nouvelle œuvre aux auditeurs/internautes. Et au Louvre, il existe des endroits fréquentés, très fréquentés si bien qu’il est difficile d’admirer convenablement une œuvre, et rend l’enregistrement d’une émission de radio inconcevable. Or, nous ne pouvions pas ne pas passer à côté de la maîtresse des lieux, et des chefs-d’œuvres monumentaux des plus grands artistes français du XIXe siècle. Une seule solution : nous rendre au Louvre un jour de fermeture.

Les premiers instants s’apparentent à une grande claque qui vient réveiller le visiteur habitué que nous sommes, pour nous présenter le Louvre sous un jour totalement nouveau. Il n’en est pas plus monumental, plus impressionnant, mais l’impression est si surréaliste qu’il est difficile de croire que l’on ne se trouve pas au beau milieu d’un rêve. Un silence, un calme absolu règne au sein des salles, nous faisant presque oublier le brouhaha habituel auquel nous nous sommes habitués maintenant dans ces endroits prisés par les visiteurs. Le regard et le rapport que l’on entretient avec les œuvres est différent, c’est indéniable. Pendant que l’enregistrement s’organise devant Le Sacre de Napoléon de David, je parcours la salle en prenant le temps de poser mon regard plus ou moins longtemps sur chaque œuvre. L’impression est presque pesante. Vide de ses visiteurs, les salles appartiennent à nouveau aux œuvres qui semblent nous dévisager alors que nous parcourons cette salle rouge peuplée de toiles monumentales. Le regard de David dans son autoportrait devient presque menaçant, tandis qu’en face, le sacre de l’empereur semble se dérouler sous nos yeux. Un rapport nouveau avec l’œuvre, qui semble prendre vie sous nos yeux, ou plutôt dans notre imaginaire qui est sans cesse sollicité au musée. Si la salle Daru vide de ses visiteurs est impressionnante, qu’en sera-t-il de la Grande Galerie ? Vous devez déjà avoir votre petite idée…

La Grande Galerie est peut-être l’endroit que je traverse le moins au musée du Louvre. Bruyante, surpeuplée, elle abrite pourtant les plus grands chefs-d’œuvre de la peinture italienne, du XVe au XVIIe siècle. Habituellement, elle se dessine progressivement sous nos yeux, derrière un flux continu de visiteurs qui se dirigent vers le saint Graal de la peinture italienne et il devient alors difficile/impossible d’apprécier l’architecture et encore moins les œuvres du lieu en temps normal. Se trouver au sein de la Grande Galerie vide, c’est être face à trois cent ans d’histoire de l’art italien qui se dressent sous nos yeux, à perte de vue. L’expérience est frappante, l’immensité de la Grande Galerie se dévoile à nous et les œuvres semblent soudain se dessiner à nouveau sous nos yeux. L’espace n’est alors plus un lieu de passage ou l’on s’arrête le temps d’une minute ou deux devant une œuvre mitraillée le plus souvent par les flashs des visiteurs…

On s’y arrête, on prend un plaisir non dissimulé à admirer le sublime Saint Michel de Raphaël où la culottée Mort de la Vierge du Caravage. Ces œuvres, qui investissent les lieux tous les jours, semblent une fois encore affirmer leur présence plus que jamais. La salle de la Joconde vide de ses visiteurs est également une expérience en soi. Impossible en temps normal de s’y trouver seul, les visiteurs les plus matinaux prennent la belle d’assaut, et les plus tardifs passent leurs derniers instants au musée devant. On a beau tout avoir dit sur elle, snober cette œuvre, la considérant désormais plus comme une icône qu’une œuvre d’art, passer la barrière de sécurité et se retrouver à quelques centimètres de cette œuvre que l’on connaît sans jamais véritablement l’avoir vue, cela reste une expérience inoubliable.

Outre Mona Lisa, on profite de ces quelques heures de calme absolu pour véritablement redécouvrir les chefs-d’œuvres de la peinture vénitienne qu’abrite le musée du Louvre. Le portrait le plus célèbre du monde a beau se trouver sous nos yeux, il ne faut pas se priver de lui tourner le dos quelques minutes pour pouvoir admirer la plus grande toile du musée, Les Noces de Cana de Véronèse, qui est rarement visible dans ces conditions idéales nous permettant de prendre beaucoup de recul.

Découvrir le musée du Louvre un jour de fermeture est une expérience aussi fascinante que surréaliste. Je remercie avant tout Antoine Leiris d’avoir permis à quelques chanceux comme moi de franchir un mardi les portes de l’aile Denon quelques heures. Merci également au musée du Louvre et à son personnel pour son accueil et sa disponibilité tout au long de la visite. L’occasion de visiter le Louvre vide de ses visiteurs ne se présente pas tous les jours à nous, mais si comme moi, vous aimez particulièrement parcourir les salles du musée vides, soyez matinaux et pénétrer au sein de la Grande Galerie par la porte des Lions (quand celle-ci est ouverte) : vous vous retrouverez alors au sein de la Grande Galerie vidée quelques temps de ses visiteurs et pendant quelques minutes, le plus grand musée du monde semble vous appartenir, un peu.

Bonus : L’émission enregistrée devant Le Sacre de Napoléon de David, avec la participation de notre cher Damien !


Nicolas – Rédacteur en chef
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