H. Craig Hanna, à la Laurence Esnol Gallery

L’heure est aux confessions. Voilà deux ans que j’écris pour pointculture, je me dois maintenant de crier à la face du monde ce terrible secret enfoui au plus profond de moi : je ne me suis quasiment jamais rendu en galerie (j’entends d’ici le hurlement de @berpasc). Concentrant tout mon temps libre à arpenter les salles des musées, de préférence ceux au parquet craquant et sentant bon la cire fraîche, ajoutez à cela une connaissance plus portée sur les XVIIIe-XIXe siècles que sur l’art contemporain et mon appréhension à entrer dans ces galeries souvent vides, craignant de subir le regard agacé d’un galeriste attendant un acheteur et non un curieux, mon expérience dans ce monde est quasi nulle. Mieux vaut tard que jamais me direz-vous, découverte aujourd’hui de la Laurence Esnol Gallery, et de l’œuvre de H. Craig Hanna.

craig hanna

Ici, au 7 et 22 rue Bonaparte, H. Craig Hanna est un peu chez lui. Il faut dire que la galerie expose les toiles de l’artiste en permanence, chose qu’il est très rare de retrouver dans le paysage des galeries parisiennes. Tout est parti d’une peinture sur bois, Girl with Red Suitqui marqua le début d’une rencontre entre le couple de collectionneurs Laurence Esnol et Daniel Aidan et du peintre, jusqu’à la fondation de la galerie que nous visitons aujourd’hui. Au fil de notre visite, on ne peut s’empêcher de souligner de nombreuses références à l’histoire de l’art à travers les œuvres : les nombreux portraits de face nous plongent au cœur de la Renaissance italienne, les paysages nous renvoient tantôt à Boudin pour l’agitation du ciel, tantôt à Rothko tant les superpositions de couleurs tendent à transformer une marine en paysage abstrait. L’artiste produit de nombreuses huiles sur toile, dont Mother and Child – Chagrin River (œuvre ci-dessous) qui nous plonge ici tout droit dans une composition qui aurait pu trouver sa place au sein de la peinture du XIXe siècle. Mais H. Craig Hanna cherche sa voie et surtout à se démarquer de ses prédécesseurs, et une composition aussi classique que celle de Mother and Child – Chagrin River en apparence, présente des caractéristiques propres à l’artiste. Observez l’état d’inachèvement dans la partie inférieure droite du tableau, volontairement laissé par l’artiste, qui se représente d’ailleurs au sein de la toile. Mais où donc ? À travers le regard de son épouse, qui posa pour le peintre, ce dernier apposant son regard sur le visage de la mère tendant un linge à son fils.

mother and child
MOTHER AND CHILD – CHAGRIN RIVER, Huile sur toile, 216 x 220 cm, 2013

Mais cet inachèvement de la toile volontaire, ne rattache-t-il pas davantage l’artiste à la tradition des œuvres inachevées telles que le concevaient Michel-Ange ou encore Monet ? Et quel sens donner à cette œuvre ? Faut-il voir dans ce drap blanc, une symbolique religieuse, du linceul propre à l’iconographie du Christ ? H. Craig Hanna s’exprime très peu quant au sens à donner à ses toiles, mais insiste davantage sur l’aspect plastique de ses œuvres. Il est en tout cas bien difficile, voire impossible de rentrer l’artiste dans une case, tant son travail apparaît diversifié à la fois dans le sujet ainsi que dans son traitement. Encore un exemple ? Voici Ladimir Reclining (œuvre ci-dessous). Si à première vue, la composition paraît traditionnelle et se rapproche davantage d’un gisant, un élément ne peut s’empêcher d’attirer notre attention et nous ramener en moins d’une seconde au XXIe siècle. Vous l’avez ?

vladimir reclining
LADIMIR RECLINING, Huile sur toile, 96 x 204 cm, 2013

Difficile de faire rentrer le peintre dans une case, nous l’avons dit plus haut mais il est temps d’illustrer notre propos en évoquant maintenant les peintures sur persplex. L’artiste appose le plus souvent sur des panneaux de bois peints, des plaques de « plexiglas » peintes. Ces deux supports comprennent des éléments de compositions indissociables, si bien que les éléments peints sur persplex renforcent la proximité avec le visiteur et accentue leur présence au premier plan de la composition. Le rendu également, est bien différent d’une peinture sur toile ou sur bois, et suggère très facilement un mouvement. Très rarement utilisée pour des représentations figuratives, H. Craig Hanna affirme à travers cette superposition de supports, sa modernité et sa différence. L’encre sur persplex, on la retrouve sur les nombreux portraits réalisés par l’artiste et il est d’ailleurs temps de se pencher dessus.

Capture d’écran 2014-07-09 à 01.12.08

L’étage de la Laurence Esnol Gallery nous confronte à deux genres que le peintre oppose totalement. D’un côte, des paysages, le plus souvent des huiles sur toile. Pas une présence humaine, pas la moindre trace de civilisation dans ces marines où paysages nocturnes, tendant vers l’abstraction. De l’autre côté, les portraits, sur un fond le plus souvent neutre, effaçant toute profondeur ou volonté d’inscrire la figure dans un paysage. Ces portraits sont le plus souvent réalisés avec une palette chromatique audacieuse, allant des tons les plus vifs aux plus sombres. La touche est rapide et épaisse, mais les nombreux visages ne perdent en rien leur humanité, bien au contraire : tout passe par leur expression. Des chairs aux tons bleus, des nez excessivement rouges. Si la frontalité et les nombreux portraits réalisés de face ou de trois quart, tendent à inscrire ces portraits dans la continuité des portraits de la peinture traditionnelle, le peintre coupe court à tout cela par sa palette chromatique audacieuse et unique.

craig hanna portraits

Des portraits aux paysages, des dessins aux encres sur persplex en passant par la sculpture, des références à l’histoire de l’art aux représentations les plus contemporaines, H.Craig Hanna aime se lancer constamment des défis, pour nous surprendre d’œuvres en œuvres. Il arrive à insuffler à ses figures une grande humanité malgré sa palette chromatique plus qu’audacieuse, et leur donne du mouvement par le jeu des supports. Sur toile, il s’inspire des grands peintres des siècles précédents, mais toujours en ajoutant à ses compositions des caractéristiques propres à son art : Inachèvement, éléments contemporains etc. Une véritable polyvalence artistique et une inspiration qui semble sans faille, l’artiste n’a pas fini de nous surprendre. En vous rendant au 22 rue Bonaparte, vous pourrez admirer les quelques 85 dessins qui ornent les murs de la galerie, dont la scénographie évoque au premier coup d’œil la présentation des œuvres telle qu’on le faisait dans les salons d’art au XIXe. Encore une fois, tradition et modernité semble cohabiter à merveille à la Laurence Esnol Gallery.

LAURENCE ESNOL GALLERY
Mardi-Samedi : 11h00-19h30
7 et 22 Rue Bonaparte
75006 Paris
Site de la galerie

Nicolas – Rédacteur en chef
> Tous ses articles
> Twitter

One thought on “H. Craig Hanna, à la Laurence Esnol Gallery

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s