Découverte du musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme à Paris

Mardi 24 juin 2014, peu avant 10 heures du matin, le quartier du Marais est déjà bien réveillé. Les commerçants ouvrent peu à peu leur boutique, les touristes parcourent le quartier à une vitesse qui semble frustrer les travailleurs déjà au pas de course. Au loin, l’architecture de Renzo Piano qui surplombe les ruelles médiévales, où se trouve au 71 rue du Temple l’Hôtel de Saint-Aignan devant lequel un petit attroupement est en train de se former. Un mois, jour pour jour après les tristes évènements qui frappèrent le musée Juif de Belgique, une petite partie de la twittosphère culture, musées et institutions culturelles, comptait bien rendre hommage aux victimes de cet attentat, qui laissa de nombreuses personnes bouleversées et encore sous le choc. Bernard Hasquenoph, fondateur de LOUVRE POUR TOUS, fut à l’initiative de ce projet qui fut mené d’une main de maître, grâce à l’aimable autorisation du MAHJ qui nous fit un accueil des plus chaleureux, et nous permis exceptionnellement de prendre des photos. L’occasion de vous faire (re)découvrir le musée, en attendant votre prochaine visite.

Situé en plein cœur du Marais, le premier contact avec le MAHJ séduit inévitablement, et ravira les amateurs d’architecture, puisque l’Hôtel de Saint-Aignan, qui abrite le musée et ses collections, est un des plus grands hôtels particuliers de la capitale. Elevé en 1650 pour le compte d’Avaux, surintendant des finances de Mazarin, l’édifice marque par sa monumentalité et ses caractéristiques particulières, comme son mur renard, véritable façade en trompe l’œil. Une copie de la statue du capitaine Dreyfus s’élève dans la cour du musée. Si son apparence vous est familière, c’est normal : l’originale est élevée Boulevard Raspail, non loin de la station de métro Notre-Dame-des-Champs.

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Et cet hôtel Saint-Aignan en lui même, est une des plus belles pièces du musée et peut être relié à l’histoire des communautés juives françaises. L’Hôtel, après la Révolution française, devient après de nombreuses reventes un édifice consacré au commerce et à l’industrie. Il abritera au XIXe siècle des artisans juifs immigrés d’Europe de l’Est. En 1942, les habitants et artisans juifs des lieux, subiront la rafle de Paris et seront arrêtés et déportés vers les camps de concentration. L’œuvre de Christian Boltanski, évoque dans une petite cour de l’hôtel, les noms des juifs déportés qui vécurent à cette adresse. Un hôtel traversé par l’histoire, dans ses heures les plus sombres. L’édifice subit une importante restauration en 1978, qui lui redonna son apparence du XVIIIe siècle, effaçant de nombreuses traces de l’histoire… Boltanski en laissa une nouvelle. Il est temps de pénétrer dans le musée, mais avant de découvrir les collections, on ne peut s’empêcher de s’arrêter sur l’escalier monumental dominé par son plafond en trompe l’œil, ainsi que les magnifiques fresques qui se trouvent aux alentours de la riche librairie, et qui valent le coup d’œil.

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Il est grand temps de parcourir les collections du musée, en compagnie de Anne-Hélène Hoog, conservatrice du musée qui pendant près de trois heures, présenta le MAHJ et ses œuvres avec une passion et un enthousiasme sans limites. Une véritable performance, et une passion communicative qui plus est, je me suis surpris le soir même à lire les livres qu’elle ne manquait pas de citer au cours de la visite. (Vivre dans la rue à Paris au XVIIIe siècle, d’Arlette Farge pour les curieux.) Alors, que trouve t-on au MAHJ ? Le musée retrace l’évolution des communautés juives, à travers leur patrimoine culturel et artistique. Tout amateur d’histoire de l’art y trouvera pléthore de peintures, sculptures, objets d’art ainsi que de nombreux costumes. Une importante collection composée de nombreux vestiges médiévaux provenant des fonds du musée de Cluny et de la baronne Nathaniel de Rothschild, qui fit don de sa collection d’art cultuel juif à l’état. Des œuvres allant de l’ère médiévale aux artistes du XXe siècle, en passant par la Renaissance et l’affaire Dreyfus, le musée présente plus de 1500 pièces retraçant l’histoire de la communauté juive, et autant vous dire qu’il vous faudra plus d’une visite pour apprécier pleinement la richesse de cette collection.

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Le début de la visite présente aux visiteurs les objets symboliques et fondamentaux de la culture juivre. Rouleaux de la Torah datant du XVIe siècle, bas-relief illustrant La Terre Promise, le spectateur se familiarise petit à petit avec la culture juive, pour découvrir dans la salle suivante « Les Juifs en France au Moyen Âge », où sont exposées de nombreuses stèles funéraires juives, mais également des objets précieux comme une lampe de hanouca, témoignant de la richesse culturelle du judaïsme médiéval qui sera troublée par l’édit d’expulsion de France de Philippe le Bel au début du XIVe siècle. Un parcours chronologique qui nous emmène progressivement à la rencontre des Juifs en Italie, de la Renaissance au XVIIIe siècle, ainsi qu’à celle des juifs de Hollande dont les gravures de Bernard Picard soulignent l’importance des relations intercommunautaires au cœur de cette région. Une soukkah du XIXe siècle, véritable œuvre phare du musée, nous plonge au cœur d’une Jérusalem idéalisée, et souligne son importance chez les Juifs du monde entier : ici, l’Autriche ou le sud de l’Allemagne, en témoignent les architectures présentes sur les parois peintes. Notons qu’il est normalement impossible de pénétrer à l’intérieur de cette très belle pièce, mais Anne-Hélène Hoog ne résista pas à l’envie de nous faire pénétrer au sein de cette œuvre phare, jusqu’à fermer la porte derrière nous afin de renforcer l’immersion et profiter davantage de cette œuvre. Passionnée, passionnante, la conservatrice nous présenta avec toujours autant d’énergie la suite des collections : il est temps d’avancer dans le XIXe siècle, et de poursuivre avec le XXe.

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Non loin des nombreuses maquettes de synagogues, une toile de Samuel Hirszenberg, Le cimetière juif, nous présente trois femmes pleurant les nombreuses victimes des pogroms de l’Europe de l’Est. Si une grande théâtralité se dégage de la composition, elle renforce par son réalisme saisissant et l’expression des figures, l’intensité de ce drame. La galerie suivante, nous plonge dans le monde sérafade, à savoir les Juifs du pourtour méditerranéen. Orfèvrerie, costumes, arts graphiques : la collection de cette galerie est aussi riche que diversifiée. Le fonds Dreyfus quant à lui, présente à travers de nombreux documents officiels l’un des plus grands scandales de la fin du XIXe siècle, marqué par la monté de l’antisémitisme en France. Pages de journaux, photos, affiches, les archives sont nombreuses et le musée les doit en grande partie grâce à la donation des petits enfants d’Alfred Dreyfus, en 1997. Notre visite se termine par un cabinet d’art graphique illustrant l’importante présence culturelle juive en Europe au XXe siècle, à travers de nombreux portraits d’artistes. Parmi eux, nombreux sont ceux qui ne purent jamais terminer leur carrière… Des stèles médiévales aux arts graphiques du XXe, l’histoire du judaïsme nous est présentée à travers ses nombreuses œuvres d’arts, à travers de grands artistes tels que Chagall, Modigliani, à travers tout un savoir faire qui confère aux collections du MAHJ, une grande richesse.

Ce mardi, avec moi pour visiter le MAHJ, le musée Carnavalet, l’INRAP, le Musée de l’Histoire de l’Immigration, les amis de chez Je Beurre ma Tartine, Exponaute, Gonzague Gauthier du Centre Pompidou, le musée Victor Hugo, Paris-Musées, et nombreux autres twittos et « blogueurs » culture étaient présents pour cette visite de soutien un mois jour pour jour après l’attentat au Musée Juif de Bruxelles. Je tiens avant tout à remercier chaleureusement Bernard Hasquenoph qui fut à l’origine de ce beau projet, Richard Metz et l’ensemble du MAHJ pour son accueil et la découverte de ce lieu riche en œuvres et en histoire qui gagne à être connu. Un grand merci également à Anne-Hélène Hoog, qui nous présenta avec passion l’ensemble des collections permanentes du musée et ne put cacher son émotion à la fin de la visite. Tous, nous étions réunis pour rendre un hommage aux victimes de ce triste évènement qui toucha le Musée Juif de Bruxelles, tous, nous étions réunis pour vous faire découvrir le Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme. Conquis, nombreux d’entre nous reviendrons rendre visite au MAHJ. Vous pouvez également retrouver la matinée résumée en tweets ICI. Quant à moi, je vous laisse avec de nombreuses photos prises au sein de ce musée, en espérant que tout comme moi, vous franchirez bientôt les portes du Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme.


Nicolas – Rédacteur en chef
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4 thoughts on “Découverte du musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme à Paris

  1. J’ai découvert le MAHJ lors de la nuit des musées le 17/05 dernier, visite très interessante et calme malgré la gratuité de l’évènement. Exposition Gotlib passionnante et emblématique.

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