Le dernier Empereur romain, en pièces détachées

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© photosderome.fr

Il y a des colosses dont on retient le nom : le mythique Colosse de Rhodes par exemple, d’autres dont la notoriété rejaillit dans notre quotidien à l’instar du David de Michel-Ange (dont la monumentalité est digne d’un colosse). Pourtant, ce n’est ni l’un, ni l’autre qui va nous intéresser aujourd’hui mais plutôt un témoin de la grandeur (voire démesure) de Rome précèdent son déclin.

De ce colosse, il ne reste rien de son gigantisme. Quelques fragments dans une cour du Palais des Conservateurs sur la colline du Capitole à Rome, retrouvés sous le pape Innocent VII  en 1486, qui laissent libre court à notre imagination afin d’imaginer les proportions de cette sculpture romaine tardive. Elle se trouvait dans l’abside de la basilique de Constantin (280-337), aujourd’hui connue comme celle de l’Empereur Maxence (306-312) car commencée sous son règne vers 308 après Jésus-Christ puis terminée par son successeur, Constantin. Le culte des Empereurs était tel à Rome qu’il justifiait la réalisation de sculptures à leur image aussi imposantes que celles des dieux, ainsi, Constantin, le dernier Empereur de Rome, était représenté par un colosse de près de 12 mètres de haut dont le buste, parvenu jusqu’à nous, mesure près de 2,60 mètres. Pourtant, et nous le verrons plus loin, celui-ci était très différent de ces prédécesseurs….

Parmi les autres pièces de ce colosse en pièces détachées qu’on peut encore admirer aujourd’hui la main et le bras droit, les deux pieds et d’autres parties anatomiques moins facilement identifiables. Aujourd’hui d’un blanc immaculé, les parties non recouvertes par des vêtements étaient probablement recouvertes de stucs et de bronze.
Constantin était représenté assis et habillé d’un paludamentum, c’est-à-dire d’un manteau de couleur pourpre que les Empereurs romains abhorraient. Le bras droit tenait un sceptre qui, d’après l’évêque Eusèbe de Césarée, se terminait par une croix. La tête de Constantin était probablement ornée d’une couronne métallique.
La rigidité du visage de Constantin est à la fois solennelle et grandiose, on imagine aisément le sentiment de petitesse des romains face à ce colosse qui les domine et les ignore en regardant vers les cieux (ce qui lui confère une apparence particulièrement austère).

colosse constantin

L’œuvre peut néanmoins être lue d’une autre manière. L’Empereur Constantin est la personnalité qui par essence domine Rome mais elle est aussi celle qui a lâché du leste en cessant de persécuter les chrétiens et en se convertissant elle-même au christianisme en 312. Il inaugure l’Empire Byzantin en fondant via le christianisme une nouvelle idéologie, celle de l’Empereur par la grâce de Dieu : on parlera d’Empereur théologien. En ce sens, la vraisemblance physique perd de sa pertinence et le portrait devient un moyen de transmettre un message qui est essentiellement chrétien et détaché de la nature. Au fond, la simplification des lignes et l’idéalisation du dernier Empereur de Rome (le nez aquilin, les lèvres longues et fines, le menton saillant, les cheveux et les sourcils sont incisés dans le marbre, les yeux sont excessivement grands et la pupille est particulièrement marquée au point qu’elle attire le regard) sont à l’avant-garde de ce que sera l’art paléochrétien. Une manière de figurer longtemps considérée comme décadente car issue de la plèbe, de l’art populaire et qui se détache avec force du naturalisme hellénistique l’ayant précédé. Ce changement ne doit rien au hasard avec l’arrivée au VIème siècle à Rome de fonctionnaire, de sénateurs, voire même d’Empereurs issus de provinces romaines et dont la vision du monde est radicalement différente de ceux qui les ont précédés.

En représentant Constantin comme une émanation divine, l’artiste privilégie l’idéalisation des traits du visage en vue de sacraliser l’Empereur. Constantin déplacera la capitale de l’Empire de Rome à Constantinople, ce qui entrainera le déclin de la première cité. Ce n’est pas par hasard si le style de ce colosse en pièces détachés nous rappelle le Christ figuré dans les icônes byzantines… ou la Basilique Saint Sophie à Istanbul !

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