Plages à Paris selon Daumier, Parisiens en Seine d’hier à demain

Tout le monde connaît Honoré Daumier. Caricatures politiques, lithographies politiques : son œuvre n’est plus à présenter. Quoique… Il y a un Daumier qui n’est pas celui que l’imaginaire collectif a véhiculé. Un Daumier qui aime les Parisiens, un Daumier ami de Balzac, un Daumier qui s’intéresse à la Seine. La discrète maison de Balzac, juchée à Passy dans le 16e arr. de Paris, propose jusqu’à la fin septembre une exposition centrée sur les Parisiens et les berges de la Seine du temps de Balzac – lithographié par Daumier. Pourquoi ? 

Paris Plages – édition 2014

Sable, palmiers et transats parisiens semblent peu conciliables. Seulement, depuis une dizaine d’années, vous n’avez peut-être pas manqué Paris Plages. Paris Plages n’est pas une idée si neuve que veut bien l’entendre sa notice Wikipédia. Parisiens et Parisiennes y trouvèrent au début du XIXe siècle, un lieu de refuge pour se détendre, une canne à pêche à la main ou bien y prendre des bains comme les bains à quat’sous. Où est le lien avec Paris Plages 2014 ? La maison de Balzac fait partie des musées de la Ville de Paris (Paris Musées). À ce titre, elle a l’occasion d’organiser une table ronde (le 6 juillet 2014) portant sur la place qu’occupait la Seine d’antan et la place qu’elle pourrait occuper à l’issu du projet du Grand Paris qui sera fondé le 1er janvier 2016. Autant dire qu’il s’agit d’un projet plutôt unique. Le commissaire de l’exposition, Yves Gagneux, propose aux Parisiens de retrouver les berges du XIXe siècle.

Honoré Daumier (1808-1879), Le Vieux pêcheur, lithographie, Le Charivari 10 juillet 1841, Paris, Maison de Balzac. © Maison de Balzac / Roger-Viollet.
Honoré Daumier (1808-1879), Le Vieux pêcheur, lithographie, Le Charivari 10 juillet 1841, Paris, Maison de Balzac. © Maison de Balzac / Roger-Viollet.

De Paris Plages à Plages à Paris, l’expo

La grande littérature nous présente la Seine comme un lieu de suicide. On pense à Léopoldine Hugo, morte noyée dans la Seine (la fille d’un grand homme qui fait actuellement l’objet d’injures sur Twitter…). Pour Balzac aussi, la Seine est le lieu des enfers (La Peau de chagrin). En réalité, la Seine est un lieu de plaisirs : baignade (interdite, réglementée), pêche à la ligne, canotages. Et l’exposition illustre cela en trois parties. La première, présentant le rôle et la place de la Seine, quelques peintures et lithographies. Les deux autres salles présentent ces baigneurs caricaturés par la main de Daumier.

Daumier excelle dans l’art qu’est la lithographie. Non seulement, il a su sortir de Paris, des Salons, des clivages classiques-romantiques. Il s’est installé sur les berges de la Seine tel un Monet quelques décennies plus tard. Ensuite, il n’y a qu’à s’approcher au plus près des lithographies pour se rendre compte de la qualité d’exécution. Des largeurs de traits de la plus fine qui soit à la plus épaisse, des hachures là où il faut, des zones fortement contrastées et d’autres à peines touchées par l’encre. Bref, ses œuvres en deviennent impressionnantes. Toutes issues du Charivari vers 1840, le journal tend quelque peu à caricaturer voire ridiculiser la bourgeoisie – cette bourgeoisie du dimanche, avons-nous dit.

Honoré Daumier (1808-1879); Bains de femmes, lithographie, Le Charivari 13 juin 1841, Paris, Maison de Balzac. © Maison de Balzac / Roger-Viollet.
Honoré Daumier (1808-1879); Bains de femmes, lithographie, Le Charivari 13 juin 1841, Paris, Maison de Balzac. © Maison de Balzac / Roger-Viollet.

Entre humour et amour

Sous chaque lithographie se trouve un texte, une phrase, deux répliques… Elle reprennent l’image et permettent leur compréhension – en théorie. Eh oui, les images se suffisent à elles-mêmes. On parvient très bien à comprendre La Leçon à sec, où l’homme accroché apprend à nager hors de l’eau. Il s’agit bien d’humour. Le nez, élément qui, je pense, est indispensable à la caricature, est bien traité. Parfois proéminent ou vraiment exagéré, il se remarque plus que comme le nez au milieu de la figure. Cependant, il est essentiel de soulever cette once d’humanité et d’amour. Le vieux pêcheur de 1841 s’ennuie, est lassé, mais attend patiemment que le poisson morde. Pardonnez-moi amis pêcheurs, mais cette expression n’est pas si caricaturale qu’elle y paraît. Puis, Bains de femmes ? Deux femmes se baignent entourées d’enfants :

« Oui Madame, c’est comme j’ai l’honneur de vous le dire, je l’ai porté onze mois, qu’on croyait que j’étais hydropique. Dirait-on que ça n’a que six ans, il tient de son père, Tambour major de la 6ème Légion, chantant la Marseillaise par cœur et buvant la goutte le matin comme un petit pompier. Oh ! n’amour, baisez vot’ mère tout de suite. »

Bains de femmes, Le Charivari, 13 juin 1841.

Honoré Daumier (1808-1879), La Leçon à sec, lithographie, Le Charivari 30-31 mai 1841, Paris, Maison de Balzac. © Maison de Balzac / Roger-Viollet.
Honoré Daumier (1808-1879), La Leçon à sec, lithographie, Le Charivari 30-31 mai 1841, Paris, Maison de Balzac. © Maison de Balzac / Roger-Viollet.

Vous l’aurez compris, n’amour est alcoolique et cette lithographie évoque subtilement les ravages que cause l’alcool. Difficile de trancher. Humour il y a, c’est Daumier, mais sympathie de l’être humain. C’est un objet d’étude qui l’intéresse. Si vous ne me croyez toujours pas, lisez Baudelaire :

« Feuilletez l’œuvre [de Daumier] et vous verrez défiler devant vos yeux, dans sa réalité fantastique et saisissante, tout ce qu’une grande ville contient de vivantes monstruosités. […] Les misères ridicules du ménage, toutes les sottises, tous les orgueils, tous les enthousiasmes, tous les désespoirs du bourgeois, rien n’y manque. »

Baudelaire, « Quelques caricaturistes français », Le Présent, 1er octobre 1857.

Quelques anecdotes…

  • La baignade dans la Seine se faisait totalement nu. Les lithographies présentent des hommes et femmes portant parfois des bouts de tissus qui ne sont en réalité, qu’imaginés…
  • Les bains à quat’sous étaient des bains où s’entassaient les hommes ou femmes. Ils étaient les bains les plus accessibles du fait de leur prix (quatre sous : vingt centimes).
  • À travers les lithographies, vous pourrez peut-être remarquer les lignes écrites. Il s’agit de notre Charivari, car elles n’étaient pas destiner à devenir des œuvres comme elles le sont aujourd’hui. Elles étaient des illustrations pour le journal.
  • En 1830, l’eau de la Seine était parfaitement pure et propice à la baignade !
Plages à Paris selon Daumier, Parisiens en Seine d’hier à demain
Du 20 juin au 28 septembre
Maison de Balzac
47, rue Raynouard, 75016

damien
Damien – Rédacteur
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