Quand l’unité italienne et la couture ne font qu’un

Dans Art et Politique, Alexandre vous présente un moment clé de l’histoire, un contexte politique trouble, à travers une œuvre d’art minutieusement analysée. Quand histoire et histoire de l’art se retrouvent intimement liées.

Œuvre méconnue en France, cette peinture participe au « roman national » en Italie.

25 aprile 1859, 1861En 1861, Odoardo Borrani peint Le 26 avril 1859 qu’il expose à la première exposition nationale se déroulant cette même année. La toile représente la veille de la révolution sanglante à Florence, à un moment où règne un climat de ferveur démocratique sans précédent qui accompagne les évènements de 1859. Le grand-duc de Toscane, Léopold II de Habsbourg-Lorraine, poussé par la pression populaire souhaitant le contraindre à s’allier au royaume de Piémont-Sardaigne (avec à sa tête Victor-Emmanuel II qui veut réunifier l’Italie !) dans la guerre contre l’Autriche, décidera de quitter Florence le 27 avril 1859. Il n’y aura plus de dynastie régnante en Toscane à partir de 1860.
Dans cette œuvre, on peut y voir une jeune femme, à sa table de travail, en train de coudre. Elle est au dernier étage de ce qui semble être un palais florentin. L’ouvrage qu’elle a entre les mains n’est pas un bout de tissu ordinaire ou une robe qu’elle ébauche pour aller au bal ; elle prépare le drapeau tricolore (pas le nôtre, évidemment, celui des Italiens). Vous remarquerez l’ambiance mystérieuse de ce tableau, la pièce est sombre, la jeune femme n’est éclairée que par la source de lumière venant de la fenêtre entre-ouverte, un volet est fermé. La demoiselle se protège des regards indiscrets, d’un voisin qui pourrait dénoncer ses intentions révolutionnaires. Elle se prépare à un moment historique ! Une hallebarde avec une étole tricolore est visible dans l’angle de la pièce ; elle a une double signification car elle illustre la continuité entre le passé (la hallebarde était l’arme de prédilection de la milice civique florentine) et le présent (avec tout ce qu’elle représente de libertés retrouvées ou acquises ; elle est l’arme révolutionnaire par excellence !). La femme est vêtue d’une robe élégante et est assise dans une chaise sculptée de style Renaissance (une allusion à l’apogée de la capitale toscane). La lumière du soleil dessine des reflets oranges sur son visage et violets sur sa robe, telles des flammes, ces couleurs sont annonciatrices des tensions à venir liées à l’achèvement de l’unité italienne. Il est tout de même intéressant de remarquer le stoïcisme et la concentration de la jeune femme alors qu’elle participe, certes indirectement, à un évènement qui modifiera profondément l’évolution politique et sociale de son pays. Si le tableau est un témoignage historique majeur, il nous donne aussi des indications quant au développement du réalisme italien et notamment de celui des Macchiaioli, soucieux de capturer l’instant présent aux dépens de la figuration de scènes historiques passées, dont cet œuvre est une précieuse illustration.

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