Martial Raysse au Centre Pompidou, du rire aux larmes

Il est toujours étrange de voir l’effet qu’une exposition peut avoir sur vous. C’est le cas de l’œuvre de Martial Raysse mise à l’honneur au Centre Pompidou. Quand un artiste contemporain joue avec vos émotions.

Si une leçon doit être retenue de l’histoire ce l’art c’est bien celle-ci : un artiste ne peut jamais se résumer à un style. C’est encore le Centre Pompidou qui va nous le prouver. Dans un premier temps, la muséographie nous propose de parcourir la période artistique qui a fait la popularité de Martial Raysse : le pop art.  L’univers de cet artiste est pourtant plus éclectique qu’il n’y paraît, le reste de l’exposition le prouve. D’abord merveilleux, acidulé, sophistiqué, coloré, de quoi donner le sourire aux visiteurs. Réunissant toutes les ingrédients du pop art (couleurs flashy, sourires et éléments de la vie contemporaine) la recette ne peut que fonctionner ; et honnêtement, cette partie de l’exposition rend heureux et curieux.

Made in Japan, 1963 © Connaissance des arts
Made in Japan, 1963
© Connaissance des arts

De plus, Martial Raysse est un artiste qui échange avec ses spectateurs. Avec par exemple une série autour de célèbres figures de l’histoire de l’art comme La Grande Odalisque de Ingres, il crée une connivence avec le public et inscrit réellement ses œuvres dans un rapport d’échange, ponctué de clins d’œil malins. Utilisant les codes de ce qui a fait le succès d’artistes américains comme Andy Warhol, il crée à ce moment des œuvres qui vont rester comme les plus connues de cet artiste. Mais cette période colorée n’est que la partie émergée de l’iceberg, Martial Raysse est bien plus qu’un artiste du pop art qui rend heureux. Car même si on trouve un certain plaisir à se retrouver dans les codes de représentation visuelle que l’artiste utilise, on ne peut que constater la reprise de thèmes déjà exploités par d’autres artistes auparavant.

Cependant, à l’égard d’Ingres, et c’est ce qui en fait un artiste novateur à part entière, il donne l’impression d’être à la recherche de ses beautés personnelles, ce qui justifie les différentes période artistiques qu’il a traversées. Cette exposition présente toutes les expérimentations qu’il a réalisées, donnant ainsi au visiteur la possibilité de se faire son propre avis et de se forger une image de cet artiste pas si bien connu du grand public. Il y a ainsi certains moments où on ne croit pas reconnaître les œuvres de l’artiste. Bien sûr, il reste toujours une harmonie particulière à Martial Raysse mais les productions comme certaines à partir de cordes laissent penaud.

Ici plage comme ici-bas, 2012 © Lemonde.fr
Ici plage comme ici-bas, 2012
© Lemonde.fr

Là où l’inventivité de celui qui s’est déclaré lui-même être le « grand peintre du début du XXIe siècle » se fait ressentir c’est en particulier dans des installations comme Maintenant vous êtes un Martial Raysse dont je ne m’attarde que peu dessus, ne voulant gâcher la surprise. Déjà loué dans sa période pop pour ses tableaux parsemés de néons, ses œuvres interagissant avec la vidéo et son intégration d’objets quotidien dans des œuvres d’art, Raysse réalise l’irréalisable : faire entrer le public dans son œuvre. Est-ce cette inventivité qui en fait un recordman du marché de l’art ? On pourrait le penser, une de ses œuvres a effet été adjugée à 4,85 millions d’euros chez Christie’s en 2001. Mais ne mélangeons pas création et valeur monétaire qui ne font que rarement bon ménage. Car si ses œuvres de la période pop des années 60 ont été particulièrement appréciées par le marché, ce qu’a apporté Martial Raysse à l’histoire de l’art n’apparaît que bien plus tard dans sa production, glissant de l’explosion de couleur au cynisme.

Raysse Beach, 1962 © estrepublicain.fr
Raysse Beach, 1962
© estrepublicain.fr

En effet,  comme souvent, le style de l’artiste évolue à mesure que celui-ci vieillit. Retiré depuis plusieurs années dans sa maison de campagne près de Bergerac, c’est ici qu’il réalise ses œuvres les plus novatrices. Car c’est bien sa production la plus récente qui vient affirmer son statut d’artiste à part entière de l’art contemporain. Si on observe la frise Ici plage comme ici-bas, on y voit le manifeste d’un nouvel art, ce que certains baptiseront Nouveau Réalisme. Martial Raysse y représente avec une certaine brutalité les clichés de ceux qu’il méprise profondément : les coquets, les superficiels tous agglutinés pour se retrouver dans une plage digne des enfers. La coloration acide qui rappelle le maniérisme, les expressions cyniques plongent le public dans une présentation presque tragique d’une situation assez banale. Martial Raysse en 2012 est alors bien loin de la plénitude et la jouissance acidulée qu’il nous proposait dans Raysse Beach cinquante ans auparavant. Et comment ne pas voir dans Poissons d’Avril l’expression même du cynisme ? Avec ces visages aux expressions presque caricaturales dans des poses dignes du théâtre grotesque et cette carnation inhumaine.

C’est dans cet univers dramatique, c’est en se moquant des figures que Martial Raysse a véritablement trouvé la source de son art.

Mais dans cette société si violente, a-t-il vraiment décelé la beauté qu’il semblait rechercher dans ses débuts ? Définitivement oui. Elle réside dans le chromatisme et l’innocence de Beauté.

Beauté, 2008 © lepoint.fr
Beauté, 2008
© lepoint.fr

marine
Marine – Rédactrice
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