Le pont des Arts prisonnier des cadenas d’amour

nicolasParis doit-elle laisser son patrimoine être vandalisé afin de conserver son statut de cité de l’amour ? Les cadenas sur le pont des Arts se sont multipliés jusqu’à la nausée depuis maintenant cinq ans, au point de contaminer les autres ponts et monuments parisiens. Le pont de l’Archevêché est désormais complètement noyé sous la ferraille, nœuds, antivols, graffitis, tous moyens bons pour laisser une trace de son passage avec son âme sœur au sein de la capitale, pour manifester son amour, au détriment de celui pour le patrimoine. Tout comme le pont des Arts, la passerelle Léopold-Ségar-Senghor s’élevait avec légèreté sur la Seine, et nous offrait une vue dégagée sur le fleuve et la capitale. Cette passerelle voit sa silhouette complètement alourdie et encombrée par les multiples cadenas qui s’accumulent jours après jours des deux côtés du pont. Comme un virus, cette mode touche tous les monuments de Paris, et il n’est pas rare de trouver un cadenas accroché sur la robe de la Dame de Fer, voire les statues du pont Alexandre III. Cette mode n’est pas une preuve d’amour mais du vandalisme pur et simple, qui endommage d’une part ces monuments classés au patrimoine mondial de l’UNESCO, et constitue une véritable pollution visuelle pour le paysage parisien. Cette manie de vouloir laisser désespérément une trace de son passage ne frappe pas uniquement Paris et le pont des Arts. Si Rome, Florence et Venise se montrent moins tolérantes envers cette mode des cadenas, difficile de lutter contre les multiples graffitis qui frappent les monuments historiques : ainsi, l’escalier menant au dôme de Santa Maria del Fiore, à Florence, voit ses murs totalement recouverts de graffitis attestant le passage d’un couple, d’une famille au sein de ce monument. Cette pratique, qui s’apparente encore une fois à du vandalisme  pur et simple, rejoint celle des cadenas et est tout autant condamnable à mes yeux.

Si la mairie de Paris commence à évoquer le problème, la lenteur avec laquelle elle agit laisse à présager que ce phénomène est malheureusement loin d’être terminé. Mais outre le fait que ces cadenas endommagent notre patrimoine et nuisent au paysage parisien, c’est véritablement l’image de Paris qui est entachée par cette mode. Ainsi, le pont des Arts et son histoire s’effacent totalement, au profit des cadenas, uniquement des cadenas. Qu’il s’agisse du premier pont métallique édifié sous Bonaparte (remonté au début des années 1980), plus personne n’y prête attention, pas plus que la vue dégageait qu’il offrait autrefois, comme nous pouvons le voir dans les œuvres de Renoir ou Lépine. On me rétorquera alors que la ville ne doit pas rester figée, doit vivre et s’adapter à l’évolution des mœurs. Or, cette mode à mes yeux construit un Paris purement artificiel, qui détourne les touristes de la ville et de son histoire pour s’attarder sur ces modes et attractions nouvelles, qui offrent une image bien vulgaire de la capitale. La ville ne s’apprécie alors qu’a travers ce prisme créé par ces modes et ce tourisme de masse à travers ces cadenas vendus par des vendeurs à la sauvette sur les ponts mêmes ou les bouquinistes en bord de Seine…

Légitimer ce vandalisme au nom de l’amour est inacceptable. Si demain l’envie me prend de sortir armé d’un marqueur, et d’inscrire sur les pierres de Notre-Dame mon nom et celui de mademoiselle entouré d’un cœur, en quoi cela est-il moins grave que d’attacher un antivol sur les grilles du pont des Arts ? Je ne peux pas terminer cet édito sans vous encourager à soutenir l’action lancée par Lisa Anselmo et Lisa Taylor Huff, deux Américaines résidant à Paris, qui ont décidé de faire bouger les choses et de lancer une pétition contre ces cadenas d’amour, qui semblent mépriser nos ponts parisiens.

Une réponse sur « Le pont des Arts prisonnier des cadenas d’amour »

  1. Autant je comprends la nécessité de préserver le patrimoine, autant réagir aussi violemment contre ce phénomène culturel m’interpelle. Plutôt que parler de vandalisme et de critiquer vertement un geste symbolique qui a son charme, pourquoi ne pas faire comme Moscou et installer des arbres à cadenas ? Je trouve personnellement cela très esthétique. J’ai beaucoup voyagé et me suis rendue sur les lieux « cadenassés » (notamment un magnifique pont à Hambourg, faisant la joie des photographes). En Ouzbékistan, pays sous le joug d’une dictature et dont la jeunesse peine encore à sortir des carcans traditionnels, quelques cadenas frondeurs apparaissent, comme un pied de nez pour une société où l’amour ne s’exprime pas en public et où jeunes femmes et jeunes hommes n’ont pas le droit de se fréquenter dans la rue. Bref, que le pont des arts soit endommagé entraîne nécessairement une réflexion sur la question. Mais je crois qu’interdire et condamner ne sont pas des réactions pertinentes lorsque comprendre et adapter (exemple de Moscou) permettrait le dialogue.

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