Shakespeare : une nouvelle paternité pour Delacroix

On eut beau dire, la paternité d’Eugène Delacroix (1798-1863) a été largement contestée. Supposé fils de Talleyrand, il est passablement admis qu’il est bien le fils de Charles-François Delacroix, lequel occupa le même poste que Talleyrand, ministre. Force est de constater que le Musée national Eugène Delacroix dans le 6e arrondissement, rue de Fustenberg, entend proposer une nouvelle paternité au peintre – à prendre au second degré, il va de soi.

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Eugène Delacroix, Roméo et Juliette au tombeau des Capulet. © RMN-Grand Palais (Louvre) / Gérard Blot.

Jusqu’au 31 août 2014, « le plus légitime des fils de Shakespeare » tente d’affirmer l’importance de William Shakespeare dans la création de Delacroix. Shakespeare, dont les pièces de théâtre sont largement connues et jouées encore aujourd’hui, n’est plus à présenter. Après Auguste, Joséphine, l’année 2014 marque l’année du 450e anniversaire du poète, auteur et dramaturge anglais. Déjà au XIXe siècle, il fut source d’étude pour Delacroix qui lut ses pièces dans la langue de Molière, mais aussi dans la langue de Shakespeare. Il lut et vit surtout Hamlet (publiée en 1603). La lecture de cette pièce est cruciale pour une bonne appréciation de l’exposition. De Shakespeare, il prit également Macbeth, Roméo et Juliette : autant de tragédies qui témoignent non seulement l’évolution des sujets en peinture au XIXe, mais aussi de l’importance du poète – présumé père de l’artiste. Delacroix, c’est un artiste. Mais c’est aussi un écrivain, pourrait-on dire. Élève du lycée Louis-le-Grand, il reçut une formation classique, passionné d’écriture. Son journal – qui a fait l’objet d’une publication – en est le meilleur témoin. Delacroix, c’est également un homme qui eut l’ambition de créer un dictionnaire des arts. En définitive, un homme de lettre et on comprend sa passion pour les textes et particulièrement le théâtre.

Eugène Delacroix, Le meurtre de Polonius (Acte III, scène 4). © RMN-Grand Palais (Louvre) / Droits réservés
Eugène Delacroix, Le meurtre de Polonius (Acte III, scène 4). © RMN-Grand Palais (Louvre) / Droits réservés

Sur ses cartels complets, la technique, la provenance de l’œuvre, les dates, la scène et l’acte représentés mais aussi le sujet : tout est dit. Bien entendu, ces mêmes sujets ne sont pas choisis au hasard mais ont été sélectionnés selon leur degré de tensions, d’émotions. Ainsi, peut-on voir dans cette longue série de lithographies d’Hamlet, les moments-clés de la pièce : l’apparition du fantôme de Fortinbras ou les meurtres et suicides (pensons à Polonius, Ophélie, Hamlet). Le Delacroix romantique est certainement plus mis en valeur à travers ces lithographies.

Lithographies elles aussi mises à l’honneur, notamment grâce aux explications claires qui y sont faites. Récemment mises au point à l’extrême fin du XVIIIe siècle, c’est par un dessin fixé (plume, crayon) sur une pierre de calcaire passée sous presse pour faire adhérer le motif sur papier, que la lithographie permet une diffusion des œuvres. Delacroix et Géricault ont tous deux compris l’importance de cette technique. On s’étonnera aussi de quitter un temps soit peu la peinture, pour appréhender et apprécier la lithographie.

Il semblerait qu’il ne s’agisse que d’un réaccrochage, dans la mesure où bon nombre de pièces proviennent du musée même. D’ailleurs, certaines œuvres se trouvent mêlées aux pièces de la collection permanente. La fin de l’exposition nous convie dans son atelier bien plus rénové que le parquet craquant (quel bonheur !) de la maison. Après cette découverte saisissante, et quand le dessin des œuvres vous aura touché, il reste le jardin. Si vous ne connaissez pas encore, l’été est le moment idéal, n’en témoigne les tons de roses et violets qui commencent doucement mais sûrement à faire leur apparition dans cet espace clôt. Le jardin du musée a été rénové en 2012, c’est un havre de paix en plein cœur de Saint-Germain…

Jardin du Musée national Eugène Delacroix, Paris, 6e arr.
Jardin du Musée national Eugène Delacroix, Paris, 6e arr.
Musée national Eugène Delacroix
6, rue de Fustenberg, Paris, 75 006
Jusqu’au 31 août 2014
Ouvert tous les jours de 9h30 à 17h sauf le mardi

 


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Damien – Rédacteur
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