Edito noir sur fond blanc – L’art contemporain et moi

nicolas

EDITO – MAI 2014

Tout étudiant en histoire de l’art développera au fil de ses années d’étude, un attrait et une curiosité pour une civilisation, un courant artistique, une tendance, un siècle précis… Je n’échappe pas à la règle et la peinture française des XVIIIe-XIXe siècles occupe une place favorite dans mon cursus. Mais une tranche de l’histoire de l’art peine encore à m’enthousiasmer : parlons XXe siècle, parlons art contemporain. Je m’exprime rarement sur les expositions temporaires organisées au Centre Pompidou, Palais de Tokyo et multiples galeries parisiennes et pour cause, je me sens bien plus à l’aise au sein des salles du musée du Louvre ou du musée d’Orsay, où je passe la plupart de mon temps. Néanmoins, j’ai envie d’écrire sur l’art contemporain, et de vous livrer à travers cet édito, mon ressenti vis-à-vis de cette création et de ces oœuvres qui attisent aussi bien l’amour qu’un profond mépris. Comment définir l’art contemporain dans un premier temps ? Ce terme désigne à la fois tout et rien, voyons ici l’art contemporain comme une création s’éloignant de la vision que nous pouvons avoir des « beaux-arts » pour développer une esthétique radicalement nouvelle, pouvant dépasser le cadre de la toile (performance, art conceptuel, installation…). La première approche est souvent déconcertante, et très vite, la sensation d’être pris pour un imbécile se fait ressentir, à moins que cela soit l’inverse et que le visiteur prenne l’artiste pour un imbécile. Mais ne pas être réceptif à un art doit-il forcément engendrer un rejet et une mauvaise appréciation de ce dernier ? Pas si sûr.

De très nombreux visiteurs du musée du Prado admireront l’Annonciation de Fra Angelico, saisiront les grandes lignes de cet épisode biblique, s’émerveilleront quelques instants sur la finesse du trait et la richesse du coloris, et passerons à l’œuvre suivante. Peu de personnes verront en cette œuvre, la représentation de la Nouvelle Ève, la figuration du jardin d’Eden dans la partie gauche de la composition, tout comme cette architecture dans laquelle s’insèrent la Vierge et l’Ange Gabriel, qui est plus qu’une loggia mais bien une véritable représentation de la Vierge, elle-même. C’est exactement la même chose sur une œuvre contemporaine. Nous les observons, nous les apprécions mais nous n’en comprenons pas toujours le sens. La différence avec un art plus classique est que l’absence de figuration, nous fait prendre conscience de ce manque de compréhension. J’aime contempler les toiles de Simon Hantai et chercher à faire émerger une figure, une objet, un paysage parmi les centaines de formes qui parsèment ces œuvres. Les vitraux de François Morellet au Louvre, font de l’escalier Lefuel, un de mes endroits préférés du musée… nous sommes pourtant bien loin de la peinture de David, Géricault, Delacroix que j’aime tant, bien loin de l’art figuratif. Je suis peut-être passé à côté du sens de certaines toiles de Hantai, des nombreuses significations de tous les néons de François Morellet lors de sa perspective à Beaubourg, j’ai pourtant pris un plaisir monstrueux à contempler ces œuvres.

Un détail semble pourtant me gêner, le certain élitisme que génère cet art, un élitisme qui n’est parfois jamais avéré, et passe plus par l’interprétation personnelle surjouée, voire masturbation intellectuelle que nombreux individus aiment faire autour d’une œuvre. Un élitisme qui transparaît dans les cartels de certaines œuvres, parfois déconcertantes pour un public qui souhaiterait s’initier à cet art, comme si l’art contemporain parlait aux initiés d’art contemporain uniquement, excluant par des tournures complexes et torturées, un amateur d’art en devenir. Et si on accordait davantage d’importance à notre simple ressenti face à une œuvre contemporaine, qu’à cette interprétation systématique, comme si l’on cherchait à montrer à notre interlocuteur que nous sommes loin d’être ignare et maitrisons parfaitement un sujet qui nous échappe parfois totalement ? J’échangeais avec Damien un soir, quelques mots sur IKB B, Monochrome Bleu de Klein, et bien loin de toutes les nombreuses interprétations que l’on peut avoir autour de l’œuvre, en plus de celles livrées par l’artiste lui-même, je trouvais ce bleu très beau, ce monochrome à mon sens, est une belle œuvre d’art. Aucune comparaison avec un autre artiste ne m’était possible. Le Saint Michel terrassant le dragon du Louvre à beau être l’une de mes toiles préférées, je ne pourrais me livrer à une comparaison de ce monochrome avec l’œuvre de l’artiste italien.

Une dernière chose me gêne, et je me tourne cette fois du côté de certains visiteurs, et de cette vision trop réductrice de voir en l’art contemporain un art dénué de créativité et de talent. À en lire les commentaires autour d’une exposition quelconque d’art contemporain sur Internet, ou à écouter les visiteurs autour de nous dans les musées, tout le monde est artiste. Tout le monde se considère capable de faire la même chose, non, tout le monde se considère même capable de faire mieux. Mais à la différence de l’artiste, ces derniers ne l’ont pas fait, et leur critique n’égaleront jamais l’œuvre la plus médiocre qui soit. Après tout, la création n’est-elle par la meilleure critique qui soit ?

L’art contemporain, une tranche de l’histoire de l’art qui attire certes moins ma curiosité, mais que je ne peux dénigrer pour autant. Si j’arpente moins souvent les couloirs du Centre Pompidou et du Palais de Tokyo que ceux de l’aile Denon ou de la Galerie des Impressionnistes, je prends toujours un grand plaisir à m’y rendre néanmoins. La preuve en est, j’ai toujours sur moi la carte annuelle du Palais de Tokyo, et bien que je ne sois pas toujours réceptif aux œuvre exposées, il est parfois agréable de se prendre une grande claque, qui peut être parfois aussi agréable que déplaisante. L’important reste de nourrir sa curiosité, et d’observer simplement les œuvres qui se trouvent face à nous, afin de pouvoir dire sans idées reçues mais bien par expérience, si l’on apprécie ou non, l’art contemporain.

2 réponses sur « Edito noir sur fond blanc – L’art contemporain et moi »

  1. Mais oui! questionner l’oeuvre d’un artiste, ressentir un écho (ou pas), réagir grâce à un art différent, quelquefois hermétique, c’est ouvrir son esprit au monde, voyager!

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