L’État du Ciel au Palais de Tokyo : Partie 2

pneus

Le Palais de Tokyo est un lieu que j’affectionne particulièrement, et chaque nouvelle exposition organisée au sein de ce temple de l’art contemporain, apporte son lot de claques, surprises, étonnements, émerveillements, déceptions… La seconde partie de l’État du Ciel est désormais lancée, et attendez-vous à découvrir un Palais de Tokyo méconnaissable.

THOMAS HIRSCHHORN – FLAMME ETERNELLE

L’année dernière, Julio le Parc jouait avec nos sens et Philippe Parreno investissait une grande partie de l’édifice, pour transporter le visiteur au sein d’un voyage accompagné de Petrouchka de Stravinski. L’État du Ciel tend à illustrer l’attention des artistes portées aux « circonstances physiques, morales et politiques de notre monde » et pour cette seconde partie, Hiroshi Sugimoto et Thomas Hirschhorn sont véritablement mis à l’honneur. Commençons par ce dernier, qui transforme littéralement une partie du Palais, méconnaissable pour le coup. Des pneus, une montagne de pneus occupe la plupart de l’espace, très difficile de ne pas se sentir plongé au sein d’un ghetto, voire d’une décharge publique… mais est-ce vraiment le cas ? Vous verrez probablement de très nombreuses photos de Flamme Eternelle, l’exposition de Thomas Hirschhorn, j’ai moi même inondé Instagram et Twitter de photos tant l’expérience et le cadre sont ici inhabituels. Mais se contenter de photos revient à passer complètement à côté de cette flamme éternelle, qui se vit avant tout. Le terme exposition n’est même pas approprié à mon goût, nous sommes plus ici dans un ghetto organisé, une véritable petit monde au sein du Palais de Tokyo, qui vit en marge de la vie de l’édifice.

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Et au sein de ce dédale de pneus, l’on trouve une bibliothèque, avec une liste invitant les visiteurs à inscrire leur trouvaille au sein de celle-ci, ainsi qu’un micro, ou chacun est libre de lire quelques vers, voire un livre entiers aux visiteurs de Flamme Eternelle. Des ordinateurs, une buvette, des conférences, conversations, échanges, ce petit monde au sein de ces montagnes de pneus, vit constamment et vous pourrez vous rendre 100 fois dans cette zone du Palais de Tokyo, jamais l’expérience ne sera la même. Que dire de ces multiples bannières arborant des messages jamais terminés, qui incitent constamment chacun à s’impliquer dans ce petit monde. Très vite nos repères se flouent, et l’on se demande si les personnes autour de nous jouant le jeu avec une certaine assurance, réalisent une performance ou vivent au contraire pleinement l’expérience. Quoi qu’il en soit, on échange très souvent avec les autres visiteurs, à propos des trouvailles faites dans certains coins de ce labyrinthe, des questions se posent quant à ce qui nous entoure… Jamais une exposition n’avait à mon goût, autant créé un lien social aussi facilement entre ses visiteurs. Et au milieu de ce véritable dédale plein de vie, des flammes, qui brûlent constamment, entre quelques plaques de tôles ondulées. Une flamme éternelle, qui nous rappelle cette vie incessante, qui habite l’œuvre de Thomas Hirschhorn.

HIROSHI SUGIMOTO – AUJOURD’HUI, LE MONDE EST MORT [LOST HUMAN GENETIC ARCHIVE]

Chez Hiroshi Sugimoto, la flamme éternelle n’est plus, loin de là. « Aujourd’hui, le monde est mort ». Tout semble être dit. En parcourant l’espace investit par l’artiste, on revêt l’habit d’un archéologue, qui découvrirait les vestiges de sa propre civilisation. « Imaginer les pires lendemains possibles me procure de grandes joies sur le plan artistique, les ténèbres du futur éclairent mon présent […]. » Ces mots de l’artiste rejoignent une pensée qui m’habite constamment quand j’arpente les rues de la capitale et les couloirs du métro : quels vestiges laisseront nous aux civilisations futures ? Hiroshi Sugimoto nous livre sa vision de notre monde qui n’est plus, mais qui est vu d’un futur plus ou moins lointain. De nombreux aspects de notre civilisations sont identifiables au sein de cette zone « post apocalyptique » : cadavres de grands-crus, circuits imprimés, œuvres et n’espérez pas trouver de cartel et une scénographie didactique : ici, tout est écrit à la main sur de nombreuses lettres parsemées dans les divers recoins de l’exposition. Sugimoto nous livre également une vision bien pessimiste de l’artiste contemporain, tué par le capitalisme et pour cause, les toiles de soupes Campbell de Warhol, sont devenues dans le monde sans vie de l’artiste, moins chères que les soupes elles-mêmes. Pourtant, parmi ces plaques de tôles ondulées, la rouille et les restes d’une civilisation disparue, la végétation est timidement présente. Aujourd’hui le monde est mort, mais peut-être pas pour longtemps. Chacun y verra ce qu’il voudra, mais cette végétation nous livre à mon sens, un véritable message d’optimisme.

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Cette seconde partie de l’État du Ciel en étonnera plus d’un. On y trouve un Palais de Tokyo méconnaissable, où se confrontent au sein d’un même espace, deux expositions radicalement différentes : l’œuvre de Hirschhorn, pleine de vie, véritable monde miniature vivant où l’interaction avec les murs et les autres visiteurs est omniprésente, et l’autre côté, Sugimoto, nous place face aux fantômes de notre propre civilisation, et répond à sa façon à la question suivante « Quels vestiges laisseront nous aux civilisations futures ? » Pas besoin d’être féru d’art contemporain pour apprécier pleinement ses créations qui se vivent avant tout, au cœur du Palais de Tokyo. N’attendez plus.


Nicolas – Rédacteur en chef
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