Paris 1900 – La ville spectacle au Petit Palais

Nous sommes en 1900 mes amis, approchez, la Belle Époque bat son plein ! La guerre est bel et bien derrière nous, et plus que jamais la France se sent soudée et forte. Paris incarne à elle seule le prestige et le rayonnement de la France de la Belle Époque. Les tacots envahissent les routes de la capitale, transformée par le baron Haussmann. Il semblerait que les premiers essais d’électricité se soient avérés concluants, la radio commence à  faire parler d’elle et vous auriez du voir la réaction du public affolé lorsque les frères Lumière projettaient pour la première fois L’entrée en gare de la Ciotat quelques années plus tôt ! Il se murmure qu’un certain Georges Méliès révolutionne cet art cinématographique, et propose une œuvre de plus de 14 minutes avec des effets spéciaux jamais vus ! Les impressionnistes ont ouvert la voie aux avant-gardistes, citons le fauvisme, l’expressionnisme où encore le cubisme. L’Art nouveau transforme la capitale et ses intérieurs, ses courbes, ses lignes tortueuses sont à la grande mode ! Les cabarets de quartier ne désemplissent pas, le premier métropolitain entre en service, Paris rayonne mes amis, nous sommes en 1900, bienvenue au cœur de la ville spectacle.

De toute la création architecturale de l’exposition universelle de 1900, le Petit Palais est peut-être la plus belle pièce. Et l’exposition que je vous présente aujourd’hui « Paris 1900 – La Ville Spectacle » prend donc place au cœur d’un édifice emblématique de cette année 1900, et va véritablement vous faire faire un saut de cent quatorze années dans le temps. L’exposition tend à dresser un véritable panorama de ces quelques années de rayonnement pour la France, et les aspects les plus caractéristiques de cette Belle Époque.

exposition universelle paris
Porte d’entrée monumentale de l’exposition universelle. © BnF

Plus que dresser un véritable panorama, elle vous plonge littéralement au sein de cette année 1900. Voyons plus large, on pourrait même dire que ce voyage dans le temps débute littéralement quand on franchit les portes du Petit Palais, véritable merveille architecturale. Mais revenons à l’exposition temporaire voulez-vous. L’immense panneau annonçant l’exposition donne le ton, et nous place face à une monumentale photographie de la porte de l’exposition universelle de 1900. Puis, la  pénombre. Nous sommes face à une projection d’un film en noir en blanc, muet. Haut de formes, robes somptueuses et chapeaux à plumes, nous sommes bien en 1900, face à un film des frères Lumières. Mais le lieu filmé nous est familier, et pour cause, nous venons de le franchir quelques minutes plus tôt : il s’agit de l’escalier du Petit Palais, en 1900, franchi par les visiteurs de l’époque. Première interpellation, cette mise en abîme est vraiment bien trouvée, et ce n’est que le début : cette année 1900 ne vous laissera pas insensible, croyez-moi.

Paris, vitrine du monde

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Une vue sur une partie de l’exposition universelle. © BnF

La première partie de l’exposition est donc consacrée à la prestigieuse hôte de cette Exposition universelle, qui rayonne de mille feux : Paris. Elle semble transformée, moderne, radieuse. Elle devient le centre du monde, la vitrine des nations. Elle inaugure (avec trois mois de retard) sa première ligne de métropolitain, voit sortir de terre le Petit et le Grand Palais, et non loin, se dresse le pont Alexandre III. Cette Exposition universelle, vitrine du monde pendant plus de cinq mois, attira plus de 51 millions de visiteurs, et dresse le bilan d’un siècle de création architecturale, artistique, technique… Les nombreux plans, présentations des pavillons et photographies, dessinent petit à petit cet évènement qui transforma la capitale. Le Petit Palais est à l’honneur et quelques dessins du concours d’architectures nous sont présentés. Notez qu’à la suite du concours d’architecture pour la construction du Petit Palais et de ses alentours, aucun dessin ne fut retenu et le chantier fut donc confié à plusieurs architectes : Henri Deglane, Albert Thomas, Louis Louvre et Charles Girault. La salle 25 des collections permanentes du Petit Palais, s’attache plus longuement sur la construction de ce petit bijou architectural.

trottoir roulant
Les trottoirs roulants. © BnF


Pendant quelques mois, tous les yeux étaient rivés sur Paris, elle se devait d’être magnifiée pour l’occasion. Remercions André Malraux d’avoir classé comme monuments historiques les entrées des stations de métro de Guimard, dont celle de la porte Dauphine reste aujourd’hui, la plus remarquable. Car la capitale se dote du métropolitain en 1900, et après des travaux faramineux, qui auront véritablement ouvert les entrailles de la ville pendant quelques mois, la première ligne et en marche, et inscrit Paris dans la modernité ! Et vous seriez surpris de voir que bien d’autres innovations, comme le trottoir roulant, disparu aujourd’hui, faisaient partie du paysage parisien. Comme nous le disions un peu plus haut, une capitale qui se devait d’être magnifiée pour l’évènement, et les projets pour les choses les plus utilitaires comme les kiosques, nous présentaient des architectures complètement démesurées, avec une part artistique remarquable, une fois encore. Vous y trouverez dans cette première partie, les billets d’entrée pour cette Exposition universelle, ainsi que les programmes, nous présentant entre autres, une illumination de la tour Eiffel, un concert instrumental sur le Champ de Mars, un embrasement du Grand Palais de l’électricité, mais aussi la mise en marche des cascades du château d’eau… Le temps était à la démesure, mais qu’importe, Paris rayonnait à cette époque et semblait loin des temps malheureux qu’elle avait traversés tout au long du XIXe siècle. Des pavillons moins connus nous sont également présentés, comme le Paris Médiéval. Au XIXe siècle, le vieux Paris désignait le Paris du XIVe siècle, avec ses nombreuses maisons médiévales et sa « cour des miracles » mise en scène pour cette exposition.

Vous venez de traverser le Paris de 1900, de parcourir une partie de l’Exposition universelle, mais il reste tant de chose à voir, Paris en 1900 ne peut se résumer qu’à son Exposition universelle… Vous revoilà de nouveau plongés dans la pénombre, face à La Danse Serpentine de Loie Fuller. Un nouveau pavillon s’offre à vous.

Paris et l’Art nouveau

Restons à Paris, continuons à revivre la Belle Époque, mais de l’intérieur cette fois. Le second Pavillon de l’exposition nous plonge au cœur d’une variété de création dans un style purement Art nouveau, aux lignes folles, au couleurs criardes, qui semblent affirmer cette modernité qui marque ce début du XXe siècle. Vous y retrouverez de nombreuses création d’Alfons Mucha, véritable fer-de-lance de ce courant artistique, dont du mobilier de la bijouterie Fouquet qu’il conçu, et que vous pouvez aujourd’hui retrouvez intégralement reconstituée… au Musée Carnavalet. Il vous sera indispensable de poursuivre votre visite dans cette sublime boutique conçue dans un style purement Art nouveau, au coeur du IIIe arrondissement de Paris. Guimard, Gallé, Lalique, tous les inventeurs de l’Art nouveau se retrouvent dans cette salle à la scénographie qui tranche radicalement avec le pavillon précédents : la première partie de l’exposition, consacrée à Paris, vitrine du monde, se présente comme une simple rue couverte, tandis que Paris, Art nouveau prend littéralement le spectateur par surprise, en cassant l’habitude qui commençait à s’instaurer chez lui, puisque les œuvres sont ici présentées ici de façon beaucoup moins linéaire : un bazar au sein duquel on se plaît à méditer d’œuvres en œuvres, tortueuses, colorées… Notre visite au cœur de Paris est loin d’être terminée pourtant… vous revoilà plongés au cœur d’une projection en noir et blanc, muette, qui vous transporte au sein d’un Paris du début du XXe siècle, où votre ombre vous transpose parmi ces figures filmées, qui arpentent les rues de la capitale, qui vit là peut-être les plus belles années de son existence…

mucha quatre saisons
Alfons Muchas, Les Quatre Saisons (Paravent)

PARIS, CAPITALE DES ARTS

Albert Maignan, la Muse Verte.
Albert Maignan, la Muse Verte.

La Belle Époque ne fut pas seulement une période d’innovations techniques, elle fut aussi une grande période de rayonnement artistique pour la France, il n’y à qu’a jeter un œil aux œuvres qui se trouveront autour de vous, tous les plus grands artistes de la fin du XIXe siècle y sont (presque). Nous sommes au cœur du Petit Palais, qui fut érigé à la gloire des beaux-arts, et un véritable panorama de l’art français au début du XXe siècle s’offre à vous : Monet, Pissaro, Redon, Vuillard, Degas, Cezanne, Rodin. Ce désordre appréciable que l’on trouvait dans le pavillon consacré à l’Art nouveau se retrouve ici. À des années lumière de la scénographie sobre et minimaliste que l’on retrouve juste en face, pour l’exposition Auguste au Grand Palais, les toiles parsèment les murs, en hauteur, en largeur, et l’œil du visiteur serpente, d’une toile à une autre, dans un sens de lecture complètement desorganisé, qui saura le déboussoler tant les chefs-d’œuvre sont nombreux. Il prendra néanmoins le temps de s’arrêter sur une toile, prenons comme exemple La Muse Verte d’Albert Maignanqui nous présente un artiste victime de cette allégorie de l’abstinthe, qui l’aide un temps à la création, mais se révèle destructrice par la suite, comme en témoignent les écris brûlés à droite de la composition. Il y a encore tant de choses à voir à Paris… Après avoir fait connaissance avec l’Exposition universelle, entraperçu les intérieurs de l’époque et assisté à un véritable panorama artistique de l’art français de l’époque, il est temps de faire connaissance avec les Parisiennes…

LE MYTHE DE LA PARISIENNE

Jean Béraud, La Parisienne.
Jean Béraud, Parisienne place de la Concorde, vers 1890. Paris, Musée Carnavalet.

Damien vous emmenait il y a quelques temps au Musée Carnavalet, pour vous présenter l’exposition Roman d’une garde Robe, et ceux qui avaient été émerveillés par la collection d’Alice Alleaume, seront aux anges au sein de ce quatrième pavillon, consacré au mythe de la parisienne. En effet, dans l’imaginaire collectif et selon le peintre Jules Cayron : « La Parisienne diffère des autres femmes par une élégance pleine de tact, appropriée à chaque circonstance de la vie ; ses caractéristiques sont la sobriété, le goût, une distinction inée et ce quelquechose d’indéfinissable que l’on ne trouve que chez elle, mélange d’allure et de modernisme que nous appelons, le chic. » Une fois encore, la scénographie diffère radicalement avec le pavillon précédent, le désordre du « Salon » précédant, contraste avec une présentation sobre, plus intimiste et élégance de nombreuses robes et tenues illustrant ce « chic » si chère à la Parisienne, comme Jean Béraud savait si bien le dépeindre. Les très nombreuses pièces exposées raviront les amateurs de mode, qui découvriront robes, chapeaux et accessoires de l’époque… mais que les amateurs de peintures ne se sentent pas délaissés, de nombreuses toiles dépeignant la Parisienne de la Belle Époque ponctuent la visite de ce pavillon, et ouvrez bien l’œil, il semblerait bien qu’une œuvre de Degas se cache dans un des recoins de cette partie de l’exposition. La lumière semble se faire désormais plus rare au sein du Petit Palais… la nuit se lève sur le Paris de 1900, mais la vie est bien loin de s’arrêter…

PARIS LA NUIT

Toulouse-Lautrec, Portrait d'Aristide Bruant.
Toulouse-Lautrec, Portrait d’Aristide Bruant.

Paris devient à la Belle Époque, la Ville Lumière, cette ville où l’on ne craint plus de sortir à la nuit tombée. L’électricité commence à éclairer les plus grandes artères de la ville au détriment du gaz : il n’est désormais plus question de rentrer chez soit en évitant les ruelles coupe gorge, l’heure est à la fête. Ainsi sur les grands boulevards, pièces de théâtre, concerts se succèdent, et les spectateurs ont pour habitude une fois le spectacle terminé, de se rendre au café aux alentours, pour prolonger la fête jusque tard dans la nuit. Mais les classes populaires ne sont pas en reste, et trouveront leur bonheur au sein des cabarets, foire aux lutteurs où dans un tour d’une des premières montagnes russes. Le Petit Palais, soucieux de renforcer cette immersion au sein de la nuit, offre une ambiance beaucoup plus sombre que les pavillons précédents, et les murs bleus nuits nous rappellent sans cesse que la vie nocturne parisienne bat son plein. Affiches, photographies, enseigne du chat noir, tous les éléments les plus caractéristiques de la nuit parisienne en 1900 semblent réunis et pourtant, au sein de ce vaste pavillon assez sombre, se trouve une pièce aux couleurs plus chaudes, et aux photographies assez explicites : le visiteur comprendra instantanément qu’il se trouve au sein d’une maison close, que l’exposition illustre à travers de nombreuses photographies présentant les « filles » de l’époque. Plus surprenant, la « chaise de volupté » du Prince de Galles, mais j’en ai déjà trop dit, je vous laisse découvrir tout ça par vous même… Un pavillon surprenant, qui montre la nuit parisienne sous son meilleur jour, ainsi que ses aspects plus crapuleux comme le commerce du sexe ou encore la consommation de drogues qui touchait les noctambules (notamment la morphine chez les femmes, ajoutons que la seringue pouvait être un véritable accessoire de mode, et se vendait en bijouteries).

PARIS EN SCENE

Jean Béraud, Scène de Théâtre.
Jean Béraud, Scène de Théâtre.

Il fait toujours nuit au Petit Palais, et avant de pénétrer au sein du dernier pavillon, prenez donc le temps d’assister à une véritable reconstitution d’une illumination du palais de l’électricité et du château d’eau : la projection est monumentale, une fois encore, nous revoilà plongés au cœur de la Belle Époque, non plus au sein d’images tournées au début du XXe siècle, mais bien face à un évènement majeur de cette Exposition universelle, qui attirait les foules. Nous quittons maintenant les salles sombres de « Paris la nuit » pour pénétrer au sein d’un pavillon à l’ambiance en tout point différente : l’effervescence de la nuit parisienne se fait ressentir, les murs jaunes, vifs, nous plongent au sein de ce Paris nocturne où se bousculent les représentations théâtrales, concerts à l’Opéra Garnier, qui attire la clientèle la plus riche, mais qui subit de plus en plus la concurrence de l’Opéra Comique. De grands noms commencent à monopoliser les affiches, comme Stéphane Mallarmé, Liane de Pougy ou encore Sarah Bernhardt pour le théâtre. À ces représentations et ses manifestations culturelles, les plus grands artistes de l’époque prêtent leur pinceau à la réalisation des décors, des affiches, des programmes, citons Mucha, Vallotton, Vuillard, Toulouse-Lautrec qui illustra la Goulue, incarnant les bals montmartrois, faisant bouger tout le quartier du Moulin rouge. Vous découvrirez au sein de ce dernier pavillon les nombreux aspects de ce Paris en scène, et si vous prêtez l’oreille, vous pourrez entendre les rires de spectateurs… pénétrez dans la salle de projection, il semblerait qu’un certain Voyage dans la Lune de Georges Méliès, est actuellement en train d’être projeté …

UN VERITABLE VOYAGE AU COEUR DE LA BELLE EPOQUE

le balcon
René François Xavier Prinet, Le Balcon, 1905-1906. Musée des Beaux-Arts de Caen.

L’exposition se termine sur cette toile de René François Xavier-Prinet, Le Balcon. Cette toile à elle seule pourrait incarner toute l’exposition que nous venons de voir. Elle illustre ce Paris en scène, cette bourgeoisie à son balcon, regardant la ville comme l’on regarderait une pièce de théâtre. La Parisienne, dont le mythe fait fantasmer le monde entier, est au cœur de la composition, et tandis que la nuit plonge la partie gauche de la toile dans la pénombre, l’effervescence des fêtes parisiennes est bien présente, dans la partie opposée de la toile, avec ce jaune doré qui souligne le prestige de la soirée qui se tient sous nos yeux.  Et les arts ne sont pas oubliés, comme en témoigne le décor peint présent au cœur de la pièce. Une toile qui incarne à elle seule, les six pavillons de l’exposition, et l’esprit qui habitait Paris en 1900. Ce Paris à son apogée, le Petit Palais a fait beaucoup plus que le présenter au visiteur, il le plonge littéralement au sein de cette ville lumière à la Belle Époque. Le ton est donné dès l’ouverture de l’exposition, avec cette présentation des visiteurs pénétrant au sein du Petit Palais, plus d’un siècle avant nous. Tout au long des six pavillons, l’exposition renforce l’immersion du visiteur, imitant tantôt une ruelle de la capitale, tantôt un salon de peinture. On assiste à l’illumination du Palais de l’Electricité, on traverse une maison close, on prend place pour regarder la projection du Voyage dans la Lune… nous n’observons par le Paris 1900, nous vivons le Paris 1900. Le Petit Palais nous offre la une exposition brillante, et je pèse mes mots. Et il n’y avait rien de mieux que le Palais des Beaux-Arts de l’exposition de 1900, pour nous faire vivre cette époque formidable, qui allait marquer l’apogée de Paris. Une apogée, un bouillonnement technologique et culturel, qui nous font oublier que quelques années après, la France connaîtra les pires heures de son histoire…

Paris 1900 – La Ville Spectacle
Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris
2 avril – 17 août 2014

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