Robert Mapplethorpe au Grand Palais, le photographe qui se rêvait sculpteur

Robert Mapplethorpe était un des artistes les plus influents de sa génération. Fauché en pleine apogée de sa carrière par le sida, il laissa derrière lui une collection incroyable d’œuvres et une vision assez sombre d’un monde dans lequel il cherchait inlassablement à mettre un peu d’ordre à travers ses photographies. Longtemps résumé au triptyque portrait, fleur et sexe, il se révèle pourtant être un artiste très classicisant, proche même de l’idéal des maîtres de la Renaissance. Le Grand Palais invite ainsi le spectateur à se plonger dans cet univers avec une volonté d’apporter une vision plus large de l’œuvre de ce virtuose de la photographie.

Self-Portrait (Autoportrait), 1988 © Robert Mapplethorpe Foundation. Used by permission
Self-Portrait (Autoportrait), 1988
© Robert Mapplethorpe Foundation. Used by permission

            Dés le début du parcours, l’exposition met le spectateur face à l’Autoportrait à la canne. Une manière de donner une tonalité spécifique à cette rétrospective, parfaitement résumée par cette image. Sombre n’est-ce pas ? En effet, la tête de mort concentre l’idéal qui animait la production de Robert Mapplethorpe. Hanté par une recherche constante de la perfection visuelle, ce symbole synthétise parfaitement cette tension entre vie et mort qui animait l’artiste, mais aussi entre poète et documentaliste.

            Le photographe était en effet avant tout amoureux de l’image. Les inscriptions muséales viennent ainsi brillement nous rappeler le côté plasticien de l’œuvre de Robert Mapplethorpe. « Si j’étais né il y a cent ou deux cent ans, j’aurais été sans doute sculpteur, mais la photographie est une façon rapide de voir et de sculpter » le confit-il ainsi à Janet Kardon dans un entretient en 1987. La ressemblance avec cet autre domaine de création est réellement frappante. Les muscles sont définis, la forme est mise en valeur et accentuée par des contrastes très marqués dans ses photographies en noir et blanc. Utilisant les techniques les plus avancées dans le domaine, Mapplethorpe a ainsi fourni un répertoire incroyable d’études sur le corps humain avec une exactitude et un rendu quasi cliniques. Ces œuvres pourraient nous donner une image assez froide et documentaliste du photographe mais il n’en est rien. L’exposition s’attache à rendre les différentes influences et périodes de créations que l’artiste a pu traverser.

Lisa Lyon, 1982 © Robert Mapplethorpe Foundation. Used by permission
Lisa Lyon, 1982
© Robert Mapplethorpe Foundation. Used by permission

            La muséographie extrêmement épurée laisse ainsi place à toute l’étendue du répertoire esthétique de celui qui fût un des photographes les plus admirés de sa génération. Profondément inspiré par le contexte socio culturel des années 70 dans lequel il développe la majeure partie de son œuvre, Mapplethorpe essaye ainsi d’apporter un peu d’ordre dans ce bouillonnement sociétal à travers ses photographies. La violence de la libération sexuelle est un des thèmes favoris de l’artiste. Brutales, crues et frontales, ses photographies ne manquent pas de déboussoler le spectateur. La salle qu’accorde l’exposition à la partie SM de sa carrière photographique, entre intimité et documentation, est témoin de cette volonté de la part de l’artiste. Car en cherchant éperdument la perfection et en éradiquant les impuretés de ses compositions, c’est un regard assez direct et surprenant que nous imposent ses photos de sexes.

            Mais au delà de ce dernier aspect bien connu de la personnalité de cet artiste atypique, c’est bien différentes facettes de son travail qu’il faut réexaminer pour saisir la complexité du personnage. Le Grand Palais met alors un point d’honneur à mettre en valeur ses deux muses féminines : Patti Smith et Lisa Lyon. Mais là encore, les références sculpturales ne manquent pas. Comparées aux figures de femmes musclées de Michel-Ange, ces modèles sont ici, encore une fois, le sujet d’une référence classique chez le photographe des années 70. Portraitisant la plupart des figures fameuses de cette époque, il propose alors une vision assez figée de ses personnages ; très loin de l’idée maîtresse de la photographie de capter un instant. Mapplethorpe ne manque pas de l’évoquer à travers ses œuvres, et la rétrospective le met en avant de façon évidente : il faisait de la sculpture à travers ses photographies.

Ken Moody, 1983 © Robert Mapplethorpe Foundation. Used by permission
Ken Moody, 1983
© Robert Mapplethorpe Foundation. Used by permission

            En déambulant à travers cette exposition, on serpente en quelque sorte à travers la vie de cet artiste génial. Il s’est inspiré de la religion catholique, aussi surprenant que ceci puisse paraître. Il construisait même ses œuvres comme des petits autels. Malheureusement la rétrospective n’accorde qu’un tout petit espace à cette partie assez surprenante de son œuvre mais ce mur nous éclaire sur un épisode quasiment inconnu de sa production. Cette exposition réserve donc quelques surprises aux visiteurs habitués aux photographies de fleurs de Mapplethorpe.

Le Grand Palais laisse ainsi le spectateur se faire sa propre idée de cet artiste assez décrié. Mais en sortant, une seule pensée nous habite : Robert Mapplethorpe était un sculpteur classique parmi les photographes contemporains.

Pour les plus curieux, l’exposition continue au musée Rodin du 8 avril au 21 septembre 2014.

MAPPLETHORPE
GRAND PALAIS, PARIS
26 MARS 2014 AU 13 JUILLET 2014

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