Jacquemart-André et ses fêtes galantes : amour, grâce et plaisir

Une fois sorties de leurs caisses, les tableaux du XVIIIe siècle français s’installent à Paris. Dans ce siècle des Lumières, un thème se détache. Ce thème est celui des fêtes galantes. Il a été élaboré par Jean-Antoine Watteau en peinture au XVIIIe siècle consiste en un rassemblement d’amoureux presque pompeux et pomponnés, essentiellement réunis au sein des paysages bucoliques ou champêtres. Après les conférences publiées par André Félibien en 1667, les années 1670 connaissent un bouleversement dans l’histoire de l’art. Le dogme académique qu’est la primauté du dessin sur la couleur se voit contrattaqué par une nouvelle pensée, soutenue par de nombreux artistes, la primauté de la couleur sur le dessin.

Jean-Honoré Fragonard, La Fête à Saint-Cloud, huile sur toile, vers 1775-1780, H. : 211 cm. ; L. : 331 cm., Paris, Banque de France. © RMN-Grand Palais / Gérard Blot.
Jean-Honoré Fragonard, La Fête à Saint-Cloud, huile sur toile, vers 1775-1780, H. : 211 cm. ; L. : 331 cm., Paris, Banque de France. © RMN-Grand Palais / Gérard Blot.

Cependant, il serait bon de relativiser cet effet, car Watteau est un grand dessinateur et a laissé derrière lui, de nombreux dessins, très caractéristiques puis qu’il utilisait trois crayons différents. Chose encore plus étonnante est l’utilisation du dessin dans son art. Même si le dessin préparatoire de certains de nos artistes du XVIIIe siècle est relativement peu exécuté par rapport à David quelques décennies plus tard ; Watteau se sert des dessins qu’il a exécutés pour modèle de sa toile.

De la Renaissance au XVIIe siècle, il n’y a pas à dire. Le dessin domine la scène artistique, même si certains, comme les Vénitiens, favorisent la couleur. Nous passons ainsi d’une peinture dont le dessin est minutieux, impliquant une peinture qui se lit ; à une peinture dont la majeure importance est donnée à la couleur, et dont la lecture devient inutile. Il suffit seulement de ressentir et regarder la peinture. Face à la rigueur des siècles précédents, ce que l’on a voulu appeler « rocaille » ou « peinture rococo » c’est cette peinture du XVIIe et XVIIIe siècle, des sujets somme toute peu « importants » comparés aux sujets historiques, religieux et allégoriques. Les fêtes galantes connurent naturellement un grand succès, auprès d’un public fatigué de la composition rigoureuse et de la couleur austère de certaines toiles. Le Musée Jacquemart-André, boulevard Haussmann, entend remettre en avant ce courant de peinture, et particulièrement ce thème frivole. Autant de figures se dessinent : Jean-Antoine Watteau, François Boucher, Jean-Honoré Fragonard, Nicolas Lancret, Jean-Baptiste Pater.

Jean-Baptiste Le Prince, La Précaution inutile, huile sur toile, 1774, H. : 73 cm. ; L. : 91 cm., Bayerische Staatsgemäldesammlungen, Staatsgalerie Ansbach. © Blauel / Gnamm, ARTOTHEK.
Jean-Baptiste Le Prince, La Précaution inutile, huile sur toile, 1774, H. : 73 cm. ; L. : 91 cm., Bayerische Staatsgemäldesammlungen, Staatsgalerie Ansbach. © Blauel / Gnamm, ARTOTHEK.

La scénographie de l’exposition n’a pas été changée depuis l’exposition précédente, malheureusement. Les couleurs si heureusement, tons clairs et féminins, sur les murs, permettent de déambuler face aux tableaux dans cette ambiance suave quoique imposée par les œuvres. Ces mêmes tableaux montrant plaisirs quotidiens, jouant, se baignant, dansant, déjeunant, lisant, etc. Cette exposition de « Watteau à Fragonard » accorde une place centrale à Antoine Watteau, étant montré comme l’inventeur, le premier à tester le genre des fêtes galantes. Ainsi, apparaît un nouveau thème, loin de la sacrée peinture d’histoire. De plus, la façon de traiter le sujet est novatrice également. Touche large, spontanée, voire floue, compositions où l’Antiquité est moins présente, et costumes contemporains. Tout apparaît clair, si l’on s’intéresse un temps soit peu à la formation de l’artiste. Naturellement, il prit ses paysages chez les Flamands et son traitement de la couleur harmonieusement répartie, chez les Vénitiens.

Watteau, pour entrer à l’Académie royale de Peinture et de Sculpture, dut donner en 1717 son morceau de réception. La hiérarchie des genres mise en place par l’Académie quelques décennies plus tôt, plaçait au sommet de la pyramide, la peinture historique (religieuse, mythologique, allégorique) et au bas de la pyramide, délaissée, la peinture de genre, aux sujets quotidiens. Watteau a l’ambiguité d’avoir été reçu à l’Académie pour Pèlerinage à l’île de Cythère, dans la catégorie de « autre genre », chose étonnante. Watteau ayant posé les bases de ce nouveau genre, Nicolas Lancret, François Boucher et Fragonard ont repris ce thème et l’ont adapté à leur manière, créant ainsi des paysages artificiels, réels, emprunt à de l’exotisme, comme l’atteste Nicolas Lancret et sa Fête galante avec la Camargo dansant avec un partenaire, de 1727-1728. Il allie la ballerine Marie-Anne Cupis de Camargo, donc un portrait, dans une scène galante aux allures d’une pièce de théâtre.

Sans titre - copieC’est cet autre genre qui est mis à l’honneur, et quoi de mieux que de terminer l’exposition sur ce qui est considéré comme le chef-d’œuvre de Fragonard, La Fête à Saint-Cloud ? Cette toile, qui a rarement bougé de sa place dans la Banque de France, est en place depuis 1811. Conçu par une perspective large qui se fond, avec des couleurs posées avec harmonie, l’on doit s’approcher pour apercevoir les figures. Des recherches récentes tendent à montrer que le tableau faisait partie d’un cycle, ou était accroché à d’autres œuvres. La lignée avec Fragonard se veut claire désormais. Enfin, vous ne serez pas surpris de constater que non loin du chef-d’œuvre, une toile a été curieusement installée en hauteur. D’abord surpris de ne pouvoir rien y voir, l’explication est en fait, rationnelle. Tout simplement, car il s’agit d’une toile qui se trouvait sur un montant de porte. Les commissaires de l’exposition ont donc décider de replacer l’œuvre dans son contexte, dans son utilité première.

Le printemps est là, les températures sont remontées, et l’envie de flâner ou d’un lâcher-prise est forte. Les fêtes galantes vous aideront à vous détendre, admirant la peinture verdoyante, sans trop se poser de questions.

Musée Jacquemart-André
14 mars au 21 juillet 2014
158, boulevard Haussman
75 008, Paris
Ouvert tous les jours de 10h à 18h

2 réponses sur « Jacquemart-André et ses fêtes galantes : amour, grâce et plaisir »

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