De Rome à Paris : le séjour de l’empereur Auguste au Grand Palais

« La beauté de Rome ne répondait point à la majesté de l’Empire : elle était exposée aux inondations et aux incendies. Il [Auguste] l’embellit tellement, qu’il se vanta avec raison d’avoir trouvé une ville de briques et d’en avoir laissé une ville de marbre. » Suétone, Vie d’Auguste, XXVIII.

33-02-08De l’antique et du marbre aujourd’hui sur Point Culture ! Les Galeries nationales du Grand Palais fêtent cette saison l’anniversaire du bimillénaire de la mort du premier empereur l’Empire romain. Octave naît en 63 av. J.-C. Son père est de rang équestre comme Pompée et sa mère Atia est la nièce de Jules César. Il jouit d’une jeunesse sympathique et privilégiée à Rome, malgré les conflits entre son grand oncle Jules César et Pompée le Grand. N’ayant pas d’héritiers présomptifs, César adopta Octave en 45 av. J.-C., dans son testament. Jules César mourut en 44 alors qu’Octave n’avait que 19 ans. Après la fameuse bataille d’Actium en 31 av. J.-C., vient en 27 la nomination d’Octave Princeps Senatus, premier du Sénat romain, et à ce titre baptisé Auguste. À sa mort, Auguste fut divinisé.

« J’ai fait reconstruire le Capitole et le théâtre de Pompée, à grands frais dans les deux cas, sans du tout faire mentionner mon nom sur ces deux édifices. J’ai fait reconstruire les canaux des aqueducs qui en de nombreux endroits menaçaient ruine du fait de leur vétusté. J’ai achevé le forum Julien et la basilique qui se trouvait entre le temple de Castor et le temple de Saturne, travaux commencés et avancés par mon père ; cette même basilique ayant été détruite par un incendie, j’en ai entrepris la reconstruction en agrandissant sa surface au sol au nom de mes fils. […] Durant mon sixième consulat, conformément à la décision du sénat, j’ai fait restaurer quatre-vingt-deux temples des dieux, soit tous ceux qui à cette date devaient être restaurés. » Auguste, Res Gestae, XX.

Auguste de la Via Labicana, dernière décennie du Ier s. av. J.-C., marbre, H. : 225 cm. ; L. : 70 cm., Roma, Museo Nationale Romano di Palazzo Massimo alle Terme.
Auguste de la Via Labicana, dernière décennie du Ier s. av. J.-C., marbre, H. : 225 cm. ; L. : 70 cm., Roma, Museo Nationale Romano di Palazzo Massimo alle Terme.

Dans son testament politique, les Res Gestae Divi Augusti (les Actes du Divin Auguste), l’empereur a résumé toute son œuvre au sein de Rome, entre constructions et rénovations, il laisse l’image d’un empereur romain, l’image du bon empereur qui a transformé la Rome républicaine pour la laisser en Rome de « marbre », une Rome à l’image de l’immensité de l’Empire romain. Ce même testament restitué sur un large pan de mur, et fort heureusement traduit, encadre l’une des plus populaires statues d’Auguste : l’Auguste de la Prima Porta. Ce même testament ainsi que l’exposition, replacent l’œuvre de Augusto en Gaule romaine. Cette Gaule qui est romanisée petit à petit : il n’y a qu’à voir ce temple qu’est la Maison Carrée de Nîmes (dédiée à ses petits-fils) dans un parfait état de conservation à côté de certains des temples gréco-romains.

Accueillis donc par ce magistral Auguste, l’atmosphère est étonnamment onirique. Un blanc immaculé pour les murs desquels se détachent les marbres jaunis par le temps. L’accord semble judicieux, étonnant et convaincant. Cependant, c’est le parti pris pour toute l’exposition. Par conséquent, l’ambiance peut paraître un peu froide par moments. Nous voilà plongés entourés de frises de plus de 2 000 ans, de statues, bustes, monnaies, camées, verreries, bronzes en tout genre. Certaines salles étonnent par leur forme : faisant penser à des tholos grecques, leur forme circulaire accueille une série de portraits en marbre, lesquels sont soutenus par des inscriptions en or, créant ainsi un arbre généalogique au mur. Le nez… On pourrait parfaitement s’amuser à regrouper au sein d’un même ouvrage ces pauvres bustes auxquels le temps a volé les nez.

Une fois n’est pas coutume, l’exposition est subdivisée en plusieurs salles, regroupant chacune un thème annoncé. Un petit hic est à soulever. L’anniversaire de la mort d’Auguste est-il un prétexte à regrouper autant d’objets et faire une exposition assez générale sur la Rome antique ? Certaines salles accordent le doute. « Le cadre privé à l’époque d’Auguste » n’a aucun lien direct avec l’empereur si ce n’est qu’il regroupe du mobilier – soit dit en passant, très étonnant –, qui est représentatif de la période de l’empereur. Le lien avec Auguste apparaît un peu « tiré par les cheveux ». On se pourrait se croire simplement dans un département de la Rome antique d’un musée. Cela étant, c’est une découverte totale de la Rome impériale qui veut franchir les portes du Grand Palais, dont la façade s’est parée d’un déguisement pour donner l’illusion d’un Grand Palais antique, œuvre de Pierre Delavie ! Des peintures antiques ! C’est un art extrêmement précieux pour nous. On pense alors à Théodore Géricault qui a mal préparé Le Radeau de la Méduse, qui se trouve dans un état de conservation triste, il s’éteint. Ce tableau est un radeau de la Méduse à lui seul. Quoi qu’il en soit, une peinture romaine, cela impressionne. D’autant plus qu’elles sont pour certaines, curieusement bien conservées.

Balsamaire en forme de colombe, 1ere moitié du Ier siècle ap. J.-C., verre soufflé bleu transparent, H. : 8,9 cm. ; L. : 21 cm., Adria, Museo Archeologico Nazionale © Soprintendenza per i Beni Archeologici del Veneto.
Balsamaire en forme de colombe, 1ere moitié du Ier siècle ap. J.-C., verre soufflé bleu transparent, H. : 8,9 cm. ; L. : 21 cm., Adria, Museo Archeologico Nazionale © Soprintendenza per i Beni Archeologici del Veneto.

On le sait, les bronzes furent fondus pour être remployés en monnaies, armements, etc. Si bien qu’aujourd’hui, il en reste peu dans les musées. Certains, comme L’Apoxyomène de Croatie, ont été miraculeusement trouvés dans la mer (certainement « tombé du bateau » lors de leur convois vers Rome). In fine, l’exposition en a peu. Cependant, on pense bien entendu à ce beau Portrait Auguste du British Museum. Mais que d’expressions dans ce visage ! On ne saurait être qu’émerveillé également devant ce mobilier en bronze, qui, selon Pline l’Ancien, était très à la mode. Bien répartis derrière des vitrines, tabourets, braseros…

L’art augustéen est très raffiné mêlant des références au passé, des références érudites dans un nouveau système pacifique qu’est le princeps. C’est pourquoi, l’exposition compte quelques décors de terre cuite déroulant des scènes de piété. Ce siècle d’Auguste le « saeculum » d’Auguste et le retour de l’âge d’or. Un saeculum correspond dans l’Antiquité romaine à un cycle, et non pas à un siècle de cent années comme nous l’entendons aujourd’hui. Ce siècle d’Auguste semble une sorte d’apogée dans l’histoire de Rome. Il reflète bien l’image que nous nous sommes constituée aujourd’hui à travers les différentes époques qui ont toutes repris un peu l’antique. Un Antiquité parfaite ? Auguste a instauré la Pax Romana, la Paix romaine, et son temps a été synonyme d’éclectisme, de richesse et d’élégance dans les décors et la statuaire. Observons de plus près l’Auguste de la Via Labicana, pour bien saisir cette élégance, si on ne pourrait pas dire ce classicisme augustéen. Auguste est recouvert d’un long drapé, sa tête comprise : il est donc représenté en un Auguste faisant un rite sacré. Le visage doux et presque idéalisé (quoique toutes les représentations d’Auguste tentent à démontrer qu’il devait être un bel homme), les traits sont fins, et ce drapé merveilleux. La multitude des plis qui – il faut le rappeler – ont été sculptés à la main. L’Antiquité frappe aujourd’hui.

Façade du Grand Palais, par Pierre Delavie, © Grand Palais / RMN.
Façade du Grand Palais, par Pierre Delavie, © Grand Palais / RMN.

Ce serait insulter que de dévaloriser ce siècle qui a tant apporté à notre société contemporaine. Le monde grec et la Rome antique ont été une source précieuse et fondamentale de toute notre histoire de l’art. Sans Athènes et Rome, qu’auraient été les XVe et XVIe siècles italiens ? Le classicisme de Poussin ? Celui de David ou Gérard ? Même si l’exposition est plus large qu’elle ne semble l’annoncer, c’est un très bel hommage qui est donné à une période qui semble relativement bien méconnue du grand public.

Une première, semble-t-il, le Grand Palais a décidé de faire revivre ce personnage emblématique du Principat. Auguste, officiellement sur Facebook et Twitter, a également tourné le teaser de l’exposition, dans lequel, il apparaît sur son vélib. Un Auguste somme toute, très moderne ! Aller, un peu de divertissement. 

Grand Palais
Du 19 mars au 13 juillet 2014
Entrée Clemenceau

One thought on “De Rome à Paris : le séjour de l’empereur Auguste au Grand Palais

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s