Peupler les cieux – Dessins pour les plafonds parisiens au XVIIIe siècle, au musée du Louvre

voute
Maître du demi-plafond (dernier quart du XVIIe siècle) Demi-plafond
Pierre noire, plume, encre brune, lavis gris – 22,3 x 42,9 cm
Paris, Musée du Louvre – Photo : RMN-GP/S. Maréchalle

Aujourd’hui, nous partons du côté des arts graphiques. Le musée du Louvre vous présente à travers quatre-vingts dessins et estampes, de nombreuses études, ne manquant pas de les mettre en relation avec le résultat final quand celui-ci est toujours présent aujourd’hui. Quatre chantiers majeurs du Paris du XVIIIe siècle sont également mis en valeur : les Tuileries, le palais Mazarin, le Louvre et l’Hôtel Lambert. Certains édifices disparus aujourd’hui, mais qui revivent à travers ces travaux préparatoires, exposés au sein de ces trois salles de l’aile Sully.

Des plafonds ouverts vers le ciel

Il faut bien avouer que le plafond peint est à première vue paradoxal. Alors que celui-ci couvre une pièce, il fut maintes fois recouvert d’une véritable représentation céleste, ouvrant littéralement la pièce et désirant faire disparaître ce plafond cloisonnant la pièce. Parfois, cette ouverture sur le ciel est saturée de figures, qui prennent place et s’agitent au cœur de scène célestes, citons le plafond peint de Pierre de Cortone au Palazzo Barberini, véritable prouesse artistique qui ne laisse aucun visiteur insensible. Mais il n’est pas nécessaire d’aller jusqu’à Rome pour observer de sublimes plafonds peints, il suffit de se rendre au musée du Louvre pour se surprendre à passer de longues minutes à élever notre regard en direction de véritables chefs-d’œuvre. Plafond peint de la galerie d’Apollon, précédée par sa rotonde où se présente au dessus de nous La Chute d’Icareplafonds peints des salles constituant l’ancien musée Charles X, jusqu’aux décorations contemporaines, évoquons le plafond peint de Cy Twombly qui domine les bronzes antiques.

louvre plafond peint
Anonyme, Le Maître du demi-plafond, Projet de plafond
Plume et encre brune et grise, lavis gris — H. 260 ; l. 423 mm
© RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle
Le plafond, élément central du programme décoratif

Le plafond peint connaît une véritable mutation au XVIIe siècle, engendrée en grande partie par l’abandon systématique des supports, pour privilégier des structures beaucoup plus complexes, qui seront systématiquement ornementées. Le plafond peint d’Annibal Carrache pour le Palais Farnèse ne laisse personne insensible, les dessins  préparatoires de l’artiste sont exposés ici et nous montrent à quel point l’étude de la structure est liée à celle du décor. Son influence est considérable et chaque commanditaire va désirer faire du plafond un lieu phare pour le programme décoratif de son hôtel particulier, de son palais. Ainsi, c’est un projet qui réunit à la fois le commanditaire, qui décide du programme iconographique à représenter sur le plafond (le plus souvent à sa gloire) mais également les architectes, menuisiers, sculpteurs et peintres. Si la place centrale revient au dessin, il reste en grande partie tributaire du support et ne peut s’affranchir de l’architecture. Petit à petit néanmoins, la structure reçoit davantage d’ornementation, et elle devient un élément à part entière dans l’ornementation du plafond. À travers les nombreux dessins, études de Charles Le Brun, Michel Corneille, Simon Vouet, l’on ne peut s’empêcher d’être frappé par la construction extrêmement géométrique, extrêmement minutieuse de ces créations s’étalant sur plusieurs mètres parfois. Chaque détail architectural (feint) est représenté avec une précision quasi scientifique, et ce sont des études qui permettent au peintre de feindre une ouverture sur les cieux.

Projet de plafond avec trois compartiments
Attribué à Michel Dorigny Projet de plafond avec trois compartiments
Graphite, lavis gris, aquarelle – 24,4 x 51,4 cm
Paris, Musée du LouvrePhoto : RMN-GP/C. Chavan
Une véritable archéologie de papier

Ainsi, les nombreuses études présentées au sein de cette exposition illustrent à quel point l’attachement des artistes à créer des architectures feintes, permet de donner une véritable illusion de percement de l’architecture. Mais la véritable force de cette exposition réside dans la dernière partie, consacrée aux chantiers majeurs parisiens du XVIIe siècle. Les études de Le Brun pour la galerie d’Apollon du Louvre sont présentées, et il vous suffira de marcher quelques minutes pour observer par vous-même le résultat final. Mais des Tuileries, il ne reste rien aujourd’hui et pourtant, il nous est possible d’envisager une partie du décor de ce palais détruit lors de la Commune en 1871. En effet, les recherches menées dans le cadre de cette exposition ont permis la découverte d’un dessin de Jean Nocret, qui illustre très probablement le plafond de la chambre à coucher de la reine aux Tuileries. De même, de nombreuses pièces du Palais Mazarin ont été détruites lors des travaux entrepris par Labrouste au XIXe siècle, cependant, une grande partie du programme décoratif, dont les plafonds peints, ont été dépeints par Jules Frappaz (image ci-dessous) et nous permettent de nous faire une idée du plafond peint de ces pièces dont il ne reste rien aujourd’hui.

plafond frappaz
Jules Frappaz (1813-après 1876) d’après Giovanni Francesco Grimaldi (1606-1680)
Relevé du plafond de la chambre de l’Audience de l’appartement d’hiver du palais Mazarin, 1853         Aquarelle – 58,8 x 82 cm
Charenton-le-Pont, Médiathèquede l’architecture et du patrimoine

Après avoir arpenté ces trois salles et observé ces quatre-vingt dessins, l’on en vient à méditer sur ces plafonds peints dont on pensait à première vue que seul le peintre en avait la charge. On le voit désormais comme un élément décoratif majeur au service de commanditaires exigeants, désirant élever le regard de leurs invités vers des cieux feints, mais ne dissimulant en rien la grandeur du maître d’ouvrage de ces plafonds peints. Tous ne sont plus observables aujourd’hui, mais ces dessins précieux constituent un formidable témoin d’œuvres détruites, qui survivent désormais à travers ces études et relevés que je vous invite à aller voir au musée du Louvre.

peupler les cieux livre
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Lectures complémentaires : 
Grande Galerie – Le Journal du Louvre N°27
Peupler les cieux. Les plafonds parisiens au XVIIe siècle, catalogue de l’exposition, sous la direction de Bénédicte Gady, coéd. Musée du Louvre Editions/Le Passage, 300P, 200 ill.,35€
« Peupler les cieux – Dessins pour les plafonds parisiens au XVIIe siècle »
Musée du Louvre
Du 20 février au 19 mai 2014
Aile Sully,
2è étage, salles 20-23

2 réponses sur « Peupler les cieux – Dessins pour les plafonds parisiens au XVIIIe siècle, au musée du Louvre »

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