Henri Cartier-Bresson au Centre Pompidou, « L’instant décisif » autrement

Il a traversé le monde, peint et milité. Un voyageur, un combattant ou simplement un photoreporter ? Comment saisir toutes les facettes de celui qui fut « l’œil du XXe siècle » ? C’est la question que le musée d’art moderne de Paris se pose. Au-delà d’un simple hommage à cet artiste considéré comme un classique de la photographie, cette rétrospective invite le public à voir Cartier-Bresson d’un œil nouveau.

Effigie monumentale de Lénine, Palais d'hiver, Leningrad, Russie 1973  © Point Culture

Le centre Pompidou vous présente ainsi ce personnage plus singulier qu’il n’y paraît à travers un parcours chronologique et thématique. Reflétant toute l’élégance et la justesse de son œuvre, la muséographie simple et raffinée vous entraîne dans un voyage au travers des multiples vies de l’artiste.

« L’instant décisif », voici le concept qui a longtemps défini l’œuvre de Cartier-Bresson. Dès les premières salles, le spectateur est mis face à ce cadrage et à cette capacité à capturer l’éphémère, le transitoire. Le photographe a pourtant d’abord voulu être peintre, c’est ce que nous chuchotent les premières explications murales. Chose qui surprend évidemment l’admirateur d’un des fondateurs de Magnum.

Petit à petit, les préjugés sont bousculés, les clichés du simple photographe humaniste écartés. Qui aurait pu penser qu’il admirait Cézanne à la simple vu de Mai 68 ou de Derrière la gare Saint-Lazare ? Pourtant ses premières peintures nous le révèlent. On y perçoit déjà le souci de la composition et même le nombre d’or. Puis très vite, les œuvres de la période surréalistes arrivent. Heureusement, la muséographie n’en fait pas l’élément majeur de ce parcours novateur. Cartier-Bresson est décrit comme un jeune homme « trop timide et trop jeune pour prendre la parole ». Étonnant quand on envisage tous les milieux qu’il a fréquentés. De cette expérience il gardera les principes majeurs de l’art surréaliste notamment l’inconscient, le hasard et un certain attrait pour la déambulation urbaine.

Hyeres, 1932 ©Magnum Photos
Hyeres, 1932
©Magnum Photos

Le parcours fait de l’artiste le témoin de l’histoire du siècle dernier mais aussi un de ses acteurs. En présentant ses premiers clichés en Côte d’Ivoire ou ceux de Mexico, Beaubourg met en avant le Cartier-Bresson voyageur et curieux. Nourri de ses expériences il deviendra donc un photoreporter aguerrît et passionné. Montrer la foule qui observe de dos le cortège de Georges VI grâce à des périscopes quand d’autres se seraient concentrés sur le monarque, voilà un des éléments qui en ont fait un photographe si particulier.

Humaniste ? Peut-être. Intéressé par les gens et par le comportement humain dirons nous plutôt. Car au-delà de la connotation de grand intellectuel fade que ce terme implique, il faut envisager Cartier-Bresson comme un homme à la sensibilité populaire. Sa série sur les déformations visuelle nous invite d’ailleurs à revoir l’image de la femme et toutes les bizarreries que le corps humain peut produire.

1959 ITALY. Rome © Henri Cartier-Bresson / Magnum Photos
1959 ITALY. Rome
© Henri Cartier-Bresson / Magnum Photos

Poursuivant les idéaux de ses amis surréalistes, il s’engagera en 1934 dans le parti communiste suite à la montée du fascisme en Europe avec cette perspective de « changer la vie ». Cartier-Bresson se radicalise il devient ainsi photoreporter pour la presse communiste, voyage et s’inspire des idées révolutionnaires des personnes qu’il rencontre. C’est d’ailleurs au cours d’un de ses voyages qu’il s’est intéressé au cinéma. Surprenant pour quelqu’un qui aime capter le fugitif ? Pas tellement. Il considère en réalité cet art comme le moyen de faire passer son message militant plus facilement. Car là encore, Cartier-Bresson ne peut plus être réduit à cette simple maxime. Dans un couloir nous menant à sa première rétrospective institutionnelle, des séquences de ses travaux avec le cinéaste Jean Renoir sont ainsi projetées.

Derrière la Gare Saint Lazarre, Paris, 1932 © Lesensdesimages.com
Derrière la Gare Saint Lazarre, Paris, 1932
© Lesensdesimages.com

Après l’engagement vient la consécration. C’est le début de la grande aventure de l’agence Magnum qui l’amène à travailler pour les plus grands magazines internationaux mais surtout à voyager toujours plus. Ses réalisations n’en sont que plus époustouflantes. Au travers d’une image il emmène ses observateurs sur différents continents. Il n’en oublie pas pour autant de questionner le monde de la seconde moitié du XXe siècle sur les problèmes sociétaux qu’il rencontre. Il réalisera donc des séries de photographies se voulant plus anthropologiques et sans contraintes mais surtout absolument passionnantes.

L’exposition présente finalement son travail en tant que légende vivante de la photographie à partir de ses 60 ans. Dessinant, travaillant pour ses archives, visitant des expositions, Cartier-Bresson continue de s’interroger sur le monde. Bien qu’ayant quitté Magnum, il gardera jusqu’à la fin de sa vie son Leica à portée de main.

HENRI CARTIER-BRESSON
CENTRE POMPIDOU, PARIS
12 FEVRIER 2014 AU 9 JUIN 2014
Site du musée Pompidou 

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