Le jardin du Quai Branly

Le printemps arrive et pour vous donner des idées de promenades instructives, Point Culture ouvre sa rubrique consacrée à l’art des jardins. Aujourd’hui, allons donc nous ballader du côté du jardin du Quai Branly, prenons le temps de flâner plutôt que de nous engouffrer si vite dans l’enceinte même du musée ! Le jardin est une œuvre totale, un microcosme à lui seul.

 093« Le Jardin évite au musée de se montrer de façon triomphale : on doit au contraire le découvrir, caché dans la verdure, émergeant d’une prairie d’herbes hautes, en suspension au niveau des arbres. Le jardin envahit tout, et passe même sous le bâtiment. Il prend une autre dimension, pour représenter un sas entre la ville et le musée. C’est une des caractéristiques fortes de ce projet que d’avoir créé cette synergie optimale : le jardin ne vient pas en complément du musée, il est le musée. » Pour Jean Nouvel qui réalisa à la demande de Jacques Chirac, l’architecture du musée du Quai Branly, inauguré en 2006, l’idée de pourvoir ce haut lieu des Arts Premiers d’un jardin sauvage et foisonnant s’est imposée comme une nécessité, partie intégrante du musée. Il en confie la conception au paysagiste Gilles Clément, qui s’est déjà illustré dans divers projets et a notamment collaboré aux serres du Parc André Citroën où nous avons aussi prévu de vous emmener.

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Exceptionnel par son ampleur, un terrain de plus de 2,5 hectares le long de la Seine et original par sa forme, le jardin du Quai Branly est à la fois arboré, valloné, non domestiqué, ce qui le rend unique. Le célèbre paysagiste a voulu concevoir un jardin autonome, s’épanouissant avec le temps, prenant vie sans qu’il soit nécessaire de le vouloir, se faisant sauvage, même si l’homme accompagne son développement. Dans cet espace où le gazon est sacrifié au profit des grandes herbes, rien n’est orthogonal, chaque chemin est sinueux. Avec sa végétation autour des sentiers, ses collines ponctuées de bassins et plus de 169 espèces d’arbres représentées, il suscite un véritable sentiment de foisonnement.

En son cœur, on voit émerger cette immense passerelle habillée de bois, suspendue au milieu des arbres, le musée, constitué d’un unique volume posé sur pilotis à plus de 10 mètres du sol. La nature qui l’entoure semble protéger les œuvres des collections et depuis le quai, l’étage de la galerie et ses boîtes colorées ne sont discernables aux beaux jours qu’à travers le filtre des feuillages. Ils se fondent avec les sérigraphies sur la surface réfléchissante de la galerie derrière les croisillons de bois. Le long du trottoir, une palissade de verre semble intercallée, sur laquelle sont projetées de nuit, les empruntes et les écorces d’autres arbres.

151MQB.MQB. Le bâtiment Musée. Les boîtes scénographiques. Juin 2007.

Reprenons notre marche, très vite, on quitte des yeux l’immense structure, pour aller explorer ce jardin, havre de paix, aux multiples facettes, aux différents visages. Au nord, le jardin comporte de grands arbres – chênes chevelus, érables, charmes rythment nos pas –, mais au sud, le long de la rue de l’Université, les plantations retenues sont les plantes graminées de sous-bois, les avoines, clématites, et fougères et les arbres à fleurs, magnolias, cerisiers ou pruniers de Mandchouri. On n’oublie la trame urbaine, immergée parmis les fleurs, traversant les sentiers, contournant les îles. Le tracé même des allées évoque le hasard de ce paysage aléatoire. Aucune perspective directe, ni de gazon réglé pour diriger le regard et organiser l’espace, n’ont été retenus. Au contraire, la recherche d’un apparent désordre, ménageant les effets de surprise, est manifeste. Le jardin s’impose, met à distance le visiteur vis à vis de ses certitudes pour le laisser découvrir une nature luxuriante, originelle.

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Nous en arrivons au jardin d’eau, ce bassin à la forme aléatoire, planté de massettes et de joncs dans lequel serpente la grille conçue comme un enchevêtrement de roseaux métalliques. Enfin, pour se ressourcer, on peut s’arrêter à la terrasse-café, et parce que ce jardin est conçu comme lieu de vie, ouvert à tous, il se dote également d’une médiathèque, d’un restaurant, d’ateliers et d’un superbe théâtre de verdure, en plein air. C’est un lieu de rencontre entre différents publics, un univers fréquenté par les enfants, les touristes et visiteurs, les étudiants et les chercheurs. Vous pouvez aussi monter en haut de la terrasse, à hauteur des toits, pour surplomber le jardin. On y jouit d’une vue extraordinaire sur les bassins, le jardin et la ville. Dès lors on se rend compte que le chemin d’eau imaginé par Jean Nouvel, fait écho à la courbe harmonieuse du fleuve.

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Si vous venez à la tombée de la nuit, vous aurez peut-être l’occasion d’admirer l’installation de Yann Kersalé. Des éclairages soignés, constitués de bâtons de lumière verte et bleue vont évoquer dans l’obscurité, un univers hors du temps et de l’espace et illuminer un monde nocturne empli de mystères et de légendes, enfouis derrière les feuillages. Le Jardin devient ce « bois sacré »« le musée se dissout dans ses profondeurs » sous la baguette de Kersalé, invitant alors le spectateur à la méditation.

Poétique, exotique et foissonant le jardin est propice à de tels voyages imaginaires. Dépaysant, il est un environnement privilégié, passerelle vers le rêve, à la méditation, avec ses paysages enchevêtrés qui renvoient à l’univers animiste selon lequel chaque être de la nature, de l’herbe à l’arbre, de l’insecte à l’oiseau, se présente face à l’homme comme son égal, digne de respect. En effet, selon les civilisations animistes, tout être de l’univers est l’objet d’une méditation sacrée, d’où l’importance accordée par Gilles Clément aux plantes minuscules commes aux arbres, lianes, chênes et érables. D’ailleurs, vous ne l’avez peut-être pas remarqué, mais vu du ciel, le plan général de ce jardin d’art s’apparente à une tortue, animal mythique des cosmogonies animistes et polythéistes dont le musée accueille les œuvres. L’animal n’est pas représenté de façon littérale mais l’ovale de la carapace apparaît çà et là, pour tracer les contours des clairières, puis les roches à mousses d’un chemin l’évoque à nouveau.

Désormais, notre ballade, s’achève, vous franchissez à nouveau cette porte centrale étonnante, sur laquelle vous ne vous étiez pas questionnés à l’entrée : c’est un Aling-Aling, construction ordinaire des enceintes de maisons à Bali où la chicane frontale est destinée à empêcher les mauvais esprits d’entrer. Vous longez la paroi pour remonter vers la Tour Eiffel, et soudain, une nouvelle surprise s’offre à vos yeux, une immense façade végétale, prodige du paysagiste Patrick Blanc, chercheur également au laboratoire d’écologie tropicale, animé par la conviction que certaines plantes peuvent s’adapter autrement qu’en pleine terre. Mouvante au gré des saisons, elle cache des godets où se plongent les racines des plantes nourries par un arrosage régulier. Tout ce dispositif compose un paysage luxuriant, élevé vers les cieux, le végétal s’est subsitué au minéral sur cette surface de 800 mètres carrés. Ce jardin suspendu part à la conquête de Paris ; insolite, il rivalise avec l’immensité des immeubles haussmaniens…

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Musée du Quai Branly
37, quai Branly, 75007, Paris
Tél. : 01 56 61 70 00
mardi, mercredi et dimanche de 11h à 19h
jeudi, vendredi et samedi de 11h à 21h

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