Gustave Doré (1832-1883) – L’imaginaire au pouvoir, au musée d’Orsay

Depuis le 18 février, le musée d’Orsay a mis en place une vaste exposition consacrée à un artiste parfaitement éclectique qui méritait d’être mieux connu du grand public. Gustave Doré fut l’un des artistes les plus prolifiques du XIXe siècle, commençant sa carrière à l’adolescence. De ses travaux, il acquiert très vite une immense notoriété internationale. 

Gustave Doré, Souvenir de Loch Lomond, 1875, huile sur toile, 131 x 196 cm., New York, collection particulière.  © French & Compagny, New York.
Gustave Doré, Souvenir de Loch Lomond, 1875, huile sur toile, 131 x 196 cm., New York, collection particulière.
© French & Compagny, New York.

Le musée d’Orsay, vous le connaissez, est parfois un peu complexe de parcours – cela étant, bien moins que le musée du Louvre ! Ainsi, le scénographie d’une exposition est très largement imposée par le lieu d’origine. C’est pourquoi, l’exposition débute au niveau 0 par un parcours relativement simple et se poursuit au niveau 5. Quant à la muséographie, elle devrait inspirer d’autres musées. Certains des cartels éclairés comme « sous les feux des projecteurs », double cartels pour les œuvres importantes (afin d’éviter l’encombrement pour découvrir le titre) ; ce qui se fait d’ailleurs dans tout le musée. Une exposition qui se veut bilingue, ces mêmes cartels sont en français et anglais ! Et pour finir, les œuvres majeures sont bien pensées et mises en valeur, isolées comme notre mystérieuse Joconde. Cette première partie de l’exposition expose théâtralement les grands chefs-d’œuvre de l’artiste. Le 5e étage, peut paraître moins impressionnant.

Revenons à notre sujet : Gustave Doré. Cette exposition est épatante. Huiles sur toiles, bronzes, plâtres, aquarelles, dessins à la plume, à l’encre, au fusain, à la gouache, estampes, lithographies, xylographies, caricatures ou encore livres authentiques, on continue ? Cette exposition a donc le mérite d’être extrêmement diversifiée, mais qui, somme toute, ne veut que réunir l’œuvre éclectique de Doré ; peintre, sculpteur, graveur et illustrateur.

Gustave Doré, Frontispice de L'Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche de Miguel de Cervantès, gravé par Héliodore Pisan. Paris, Librairie Hachette, 1863, in-fol., xylographie, 33 x 44 x 7 cm. Paris, Bibliothèque nationale de France.  © BnF
Gustave Doré, Frontispice de L’Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche de Miguel de Cervantès, gravé par Héliodore Pisan. Paris, Librairie Hachette, 1863, in-fol., xylographie, 33 x 44 x 7 cm. Paris, Bibliothèque nationale de France.
© BnF

Et pourtant, pourrait-on le classer parmi ces peintres maudits ? D’une certaine façon, oui. Effectivement, l’ambition de Gustave Doré fut de participer au Salon de peinture et de sculpture. Il voulait se montrer comme un peintre d’histoire ; accablé par la critique qui n’a cessé de le dévaloriser. Seulement, cette exposition se pose la question : pourquoi sa peinture n’était-elle pas aimée ? Bien entendu, c’est une période transitoire, entre peinture académique et avant-gardistes ; cela dit, il n’y a qu’à voir ses paysages qui sont réunis à la fin de l’exposition pour constater qu’il aurait pu être parmi l’un des plus grands peintres de paysages – mais aussi peintre d’histoire, à sa façon. Gustave Doré c’est un peintre, je ne saurais quelle toile vous montrer, tellement ces dernières saisissent. Il use de la couleur, de l’ombre et de la lumière à des fins surprenantes créant à ses paysages pittoresques, champêtres, dramatiques, nuageux, et surtout dénués de toutes figures. Et pour cause, une courte vidéo présente à la fin de l’exposition l’influence qu’il a eue, notamment dans la célèbre saga Harry Potter ! En sa qualité de peintre d’histoire, Le Christ quittant le prétoire, rappelle très clairement la taille des Noces de Cana, de Paolo Véronèse du Louvre. On pourrait également voir dans Dante et Virgile, les corps d’un Michel-Ange, l’ambiance d’un Delacroix. C’est un art définitivement, très mixte. Michel-Ange, Raphaël, Paolo Véronèse ; puis Eugène Delacroix et Gustave Courbet ses contemporains, et d’autres.

À quoi bon chercher à le classer dans une case comme on a classé abusivement Jacques-Louis David de néoclassique ou d’autres ? Tentons, alors. Naturalisme, réalisme, romantisme, classicisme, avant-gardiste ? Il touche à tout.

Gustave Doré, Le Christ quittant le prétoire, 1874-80, huile sur toile, 482 x 722 cm., Nantes, Musée des Beaux-Arts.
Gustave Doré, Le Christ quittant le prétoire, 1874-80, huile sur toile, 482 x 722 cm., Nantes, Musée des Beaux-Arts.

En sculpture, il se dévoile tardivement, en 1871 en se démarquant de ses contemporains par la liberté qu’il s’amuse à prendre. Son œuvre sculpturale est innovante, et n’en n’oublie pas pour autant l’aspect graphique. La Parque et l’Amour de 1877 dès le début, vous met dans le bain. Monumental bronze d’une des trois Parques (ici Atropos qui coupe le fil avec l’Amour). Cette œuvre qui provient d’une collection particulière n’a encore jamais été montrée au public. Outre le sujet mythologique, la Parque est une œuvre symbolique. Doré représente ici, les complexités d’une relation entre amour et vie. L’amour, par l’Amour ; la vie par le sablier, et la présence même de cette Parque (coupant le fil). On ne saurait être étonné de constater à quel point l’allégorie tient une place essentielle dans son travail. La Gloire, La Défense de Paris, L’Effroi ; toutes ces œuvres sont allégoriques. Toujours, avec cette touche propre à lui. Une qualité d’exécution remarquable, ponctuée de fantaisie.

S’il y a bien un domaine qui l’a mis sur les devants de la scène, c’est bien pour son travail « littéraire », son œuvre d’illustrateur. Et oui, il s’est construit aussi la facette d’illustrateur. Les Cent Contes Drolatiques, de Balzac, L’Enfer de Dante Alighieri, les pièces de William Shakespeare, Atala de Chateaubriand, Don Quichotte de Miguel de Cervantès, les contes de Charles Perrault, Les Fables de La Fontaine, et bien entendu cette Sainte Bible qu’il a illustrée. Et bien d’autres encore… Si bien, que sa peinture s’est vue influencée au point de fournir quelques huiles entièrement en noir et blanc, chose peu ordinaire.

p-9161Œuvres religieuses, allégoriques, mythologiques, littéraires, scènes de genre, paysages. Mais qu’est-ce qu’il n’a pas fait ? Une monographie sur Gustave Doré n’est pas un travail des plus compliqués. Il y a masse à dire sur ce personnage qui a marqué l’imaginaire collectif de son temps et encore aujourd’hui. Pour n’avoir donné qu’un bref aperçu de sa vie et de son œuvre, nous espérons vivement que vous jetterez un coup d’œil à cette exposition adjacente à celle de Van Gogh / Artaud, le suicide de la société, qui ouvrira ses portes le 11 mars. 

Laissez-vous emporter par ce montage vidéo de l’œuvre de Doré, très cocasse.

La Bibliothèque nationale de France a mis en place à cet effet, un programme visant à la numérisation de son œuvre – une sorte de suite à l’exposition, regroupant autour de son travail, des commentaires (et gratuite !).

Gustave Doré (1832-1883). L’imaginaire au pouvoir.
Musée d’Orsay, Paris
Du 18 février au 11 mai 2014
Site du musée d’Orsay

2 réponses sur « Gustave Doré (1832-1883) – L’imaginaire au pouvoir, au musée d’Orsay »

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