La Renaissance et le Rêve, au musée du Luxembourg.

Pâris Bordone, Vénus endormie et Cupidon. Peinture sur toile, 86 x 137 cm. Venise, collection G. Franchetti à la Cà d’Oro
Pâris Bordone, Vénus endormie et Cupidon. Peinture sur toile, 86 x 137 cm. Venise, collection G. Franchetti à la Cà d’Oro

Direction le Musée du Luxembourg, pour une autre exposition qui à pour cadre la Renaissance. Après une exposition incontournable au Musée du Louvre, nous quittons Florence et les prémices de ce renouveau artistique pour nous plonger au coeur du monde du rêve, à travers les oeuvres d’artistes européens du XVè et XVIè siècles tels que Véronèse, Bosch, El Greco. Un thème relativement complexe à traiter, que nous allons tâcher d’étudier maintenant.

La thématique du rêve en elle même est fascinante et soulève de nombreuses questions, éveille de nombreux fantasmes quant à la nature et à la signification de nos songes. Il se trouve que la Renaissance marqua l’émergence de la représentation des thèmes profanes, et l’église depuis maintenant bon nombre d’années n’était plus l’unique commanditaire des artistes qui développèrent bon nombre de thèmes à travers leurs oeuvres, dont la mythologie antique qui connaitra un essor considérable à partir du XVè siècle.  La Renaissance et le le Rêve vous présentera la représentation des récits de rêves, et non pas les rêves en eux mêmes. Ainsi, une part minime de l’exposition est consacrée à une sorte d’explosion créatrice et onirique au sein de toiles improbables nous plongeant au plus profond du subconscient de l’artiste. La majeure partie des oeuvres présentées illustre donc des récits de rêves tirés de la mythologie et de l’histoire sainte, la Bible et la Légende Dorée pour principales sources. Et l’on commence d’emblée avec un bon point, qui sera nuancé par la suite, qui revient à la scénographie de l’exposition. Le rapprochement entre le rêve et la nuit est inéluctable, et la scénographie nous le rappelle avec brio. Nous sommes ainsi plongé dans une sorte de pénombre duquel semblent émerger les toiles, telle une vision, tel un rêve. La visite est relativement agréable à effectuer, les salles sont assez vastes et le parcours ne reproduit pas celui de l’exposition précédente, consacrée à Chagall et qui était sinueux au possible.

le reve de raphael
Jan Ier Bruegel, dit Jan de Velours et Hans Rottenhammer, Le Rêve de Raphaël ou Allégorie de la vie humaine, 1595. Peinture sur cuivre, 35 x 51 cm. Toronto, Collection Art Gallery of Ontario

Le rêve apparait comme une porte ouverte vers l’Au-delà, et les forces divines et démoniaques qu’il abrite. Mais il peut aussi de révéler être une source d’inspiration profonde, comme l’illustre l’Apollon endormi  de Lorenzo Lotto, ou dansent les muses une fois la divinité endormi. La force majeure de ces oeuvres, mélangeant songes et songeur est justement celle de permettre à la personne face à la toile, de chercher la part du rêve représentée dans l’oeuvre. Prenez par exemple La Vision de Sainte Hélène de Véronèse, en tête de cet article, ou le rêve apparait ici au côté de la figure en train de rêver. Quel est la part du rêve dans cette scène ? Et si la scène entière en était un ? Cette frontière volontairement brouillée entre rêve et réalité est passionnante, et plus ou moins perceptible à travers les 80 oeuvres exposées au Musée du Luxembourg. Les représentations de récits rêves sont nombreuses, et constituent facilement les deux tiers de l’exposition. Mais la dernière partie de l’exposition tranche radicalement avec les précédentes thématiques. Ne cherchez plus de sources littéraires ou bibliques systématiquement à travers les toiles exposées, cette dernière partie s’intitule « Rêves énigmatiques et visions cauchemardesques. »

vision de l'au dela bosch
Hieronymus Bosch, Visions de l’Au-delà (Partie) : Le Paradis terrestre, La Montée des bienheureux vers l’empyrée. 1505-1510. Huile sur bois, 88,5 x 41,5 cm .Venise, Palazzo Grimani.

Se succèdent les représentations de l’enfer, de l’Apocalypse, où la seule limite de ces scènes est l’imagination des artistes, représentant damnés, grotesques et monstres par centaines sur des toiles imprégnées d’une vision aussi troublante que cauchemardesque. Un remarquable quadryptyque de Bosch, dont une partie est présentée ci-dessus, nous présente d’une part la montée au Paradis et ce Paradis terrestre en lui même, tandis que l’autre moitié de  l’oeuvre est consacrée à la chute des damnés, ainsi qu’à la représentation de l’Enfer. Ce jeu d’opposition entre chute et montée, séparant le Paradis et l’Enfer, à travers une vision complètement rêvée mais plaçant le spectateur au coeur de la scène, confère à cette toile une dimension onirique toute particulière, c’est d’ailleurs celle qui attira le plus mon attention au cours de cette exposition. Partie bien distincte du reste de l’exposition, c’est peu avant l’introduction de ce thème que la scénographie devient légèrement plus brouillonne, les thèmes se succèdent sans une séparation bien claire et distincte, et cette homogénéité trouble complètement l’approche que l’on se fait d’une oeuvre et du thème auquel elle se rattache. Et, comme si notre sommeil en venait à s’agiter avec toutes ces représentations cauchemardesques, la figure d’Aurore apparait sur les dernières toiles, divinité de l’aube ouvrant à Hélios les portes du soleil, et concluant cette exposition, qui s’ouvrait sur le thème de la nuit et se conclue sur celui de l’Aube.

Avec une majeure partie consacrée à la représentation de récits mythologiques ou tirés de l’histoire sainte, ne vous attendez pas à plonger dans une vision onirique et hallucinatoire du rêve, cette vision ici, mis à part la dernière partie de l’exposition, se révèle assez classique. Néanmoins, la scénographie efficace et la frontière brouillée entre rêve et réalité mise en valeur par les oeuvres, laisse le spectateur pensif, parfois songeur, et c’est tout ce qui fait la force de cette exposition.

La Renaissance et le Rêve
Musée du Luxembourg
Du 09 Octobre au 26 Janvier 2014
Tous les jours de 10h30 à 19h30
Nocturne : Lundi et vendredi, jusqu’à 22h
Site de l’exposition

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