La dynastie Brueghel à la Pinacothèque de Paris

Jan Brueghel l'Ancien, Allégorie de l'Ouïe, 1617-1618, Madrid, Museo del Prado.
Jan Brueghel l’Ancien, Allégorie de l’Ouïe, 1617-1618, Madrid, Museo del Prado.

Aujourd’hui nous allons à la Pinacothèque de Paris. Elle accueille trois expositions liées par la chronologie : la dynastie Brueghel ; Goya et la modernité et Chu Teh-Chun.

Pour vous placer dans le contexte, nous sommes dans les Flandres – et plus généralement le Nord de l’Europe – entre la fin du XVIe et le dernier tiers du XVIIe siècle. Pieter Brueghel l’Ancien eut deux fils : Pieter le Jeune et Jan l’Ancien (qui lui est le père de Jan Brueghel le Jeune et d’Ambrosius Brueghel). Dynastie qui ne s’arrête pas là, car à moindre mesure, c’est après Jan le Jeune que se perpétuât la dynastie. L’appellation de l’exposition « la dynastie Brueghel » paraît donc entièrement cohérente bien qu’elle ne soit pas à l’image de la dynastie Romanov.

Pieter Brueghel l’Ancien (1525/1530-1569) n’adopte pas le maniérisme tel qu’il naît en Italie au XVIe siècle. Il développe un style personnel qui sera repris par sa descendance, le « style Brueghel ». Un post-gothique tardif qui évoluât et se diffusât par ses enfants et petits-enfants. Ce style porte toute son attention sur l’humain, le monde contemporain, le monde réel en somme et tel qu’ils le voient ; incluant donc les vices et folies du monde campagnard et précaire qui l’entoure.

Il est vrai que la publicité parisienne n’a pas été développée pour cette rétrospective à l’inverse de Désir et voluptés à l’époque victorienne (n’en témoigne les bus, métros, etc.). En conséquence, c’est un rêve qui se réalise pour moi aujourd’hui : une exposition dénuée de visiteurs. Une vingtaine au plus déambulaient dans les salles, permettant la plupart du temps de se retrouver seul, appréciant les moindres détails des toiles sans être dérangé par quiconque. Oui, en plein Paris !

Du même coup, la scénographie apparaît très claire. Différentes pièces aux peintures sombres occupant chacune un thème rappelé plusieurs fois. Mais aussi, ces pièces… dont aucune logique ne répond, certaines longitudinales, d’autres très étroites, des pans de murs ici et là, finalement très intéressant car cela rompt avec la monotonie de certains musées.

Pieter Brueghel le Jeune, Le Piège à oiseaux, 1605, huile sur bois, 50,5 x 61 cm, Genève, Collection Torsten Kreuger.
Pieter Brueghel le Jeune, Le Piège à oiseaux, 1605, huile sur bois, 50,5 x 61 cm, Genève, Collection Torsten Kreuger.

En voici les thèmes : monde réel, place hégémonique de la nature, scènes sacrées, allégories et enfin le triomphe de la beauté (des natures mortes de fleurs que je n’aborderai pas, par manque cruel d’intérêt).

Le monde réel est pour ainsi dire un réel reportage sur les classes populaires flamandes du XVIe siècle. Aucune idéalisation ni exagération n’y est faite. Il y est représenté les hommes, les femmes. Les corps sont trapus, les nez arrondis : chose caractéristique de toute l’exposition, exceptée pour Jan l’Ancien dans lequel on voit la présence de Pierre Paul Rubens. De multiples scènes de genre, mariages, de jeux. Puis délicatement nous basculons dans la partie consacrée à la suprématie de la nature dans la peinture flamande. Les Brueghel « inversent les codes de l’iconographie de la Renaissance italienne mettant en avant la nature ; ce qui influencera les romantiques. »

Il est souvent surprenant de se rappeler que les toiles ne sont pas du même artiste. Effectivement, celles de Pieter Brueghel le Jeune ressemblent beaucoup à celles de son père. C’est plutôt son deuxième fils Jan l’Ancien qui se démarque de son père – de façon légère. Plus élégant, il a donc collaboré avec Pierre Paul Rubens. Néanmoins, ses figures ne sont pas lourdes. Bien que ses nombreuses allégories soient assez chargées, elles n’en sont pas pour autant denses. Non, elles sont même savamment organisées et harmonieuses. Ce qui est plus surprenant encore, c’est la taille de ses toiles. Plus elles sont petites, plus les détails sont nombreux, c’est épatant.

Une fois n’est pas coutume, la chrétienté est présente. Cela étant, sous d’autres formes. Pas de Vierge à l’Enfant, mais plutôt une série sur Adam et Ève (chose moins commune). Dans une pièce carrée, les toiles parlent entre elles, et sont toutes liées, dans le même monde. Mais aussi Les Sept Œuvres de Miséricordes ou encore Les Sept Péchés capitaux.

En voici un exemple parlant (ci-dessous), La création d’Adam, Adam appelant les animaux, La Tentation d’Adam, L’Expulsion du Paradis, Adam au travail dans le champs, La Mort d’Abel. Les toiles signées Jan l’Ancien sont intéressantes. Plus qu’une toile religieuse, c’est une visite zoologique (qui se poursuit d’ailleurs durant tout le parcours) qui est proposée. Les Brueghel représentent sans hésiter des animaux de la ferme, oiseaux exotiques, et autres espèces.

lot-45
Jan Brueghel le Jeune, La création d’Adam, Adam appelant les animaux, la Tentation d’Adam, l’Expulsion du Paradis, Adam au travail dans le champs, la Mort d’Abel, huile sur cuivre.

Puis viennent les allégories. L’eau, le feu, la terre, l’air. Leur identification est évidente ; prenons l’Allégorie de l’odeur de Jan l’Ancien et Rubens. La profusion de fleurs de multiples variétés est claire, les deux personnages à l’instar de Vénus et Éros représentent par leurs chairs pures et  accompagnés de ce monde fleuri, l’odeur.

Cette exposition répond conjointement à celle du Petit Palais, Jordaens 1593-1678. Ainsi donc, même période, même aire géographique mais un art très différent ; bien qu’ils soient liés par Rubens.

L’exposition sur Goya et la modernité est quant à elle, plus décevante. Certaines salles ont une mosaïque de gravures, gravures et encore gravures. Seulement quelques toiles sont présentées, de personnages historiques n’accrochant pas réellement.

La dynastie Brueghel
11 octobre 2013 – 16 mars 2014
Pinacothèque 2
8, rue Vignon, 75009, Paris
www.pinacotheque.com

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s